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Entre Daech et l’Aga Khan, théologie politique de l’Islam

Doctrines religieuses et idéologies politiques se superposent dans l’histoire musulmane

Cet article a été publié dans Oasis 26. Lisez le sommaire

Dernière mise à jour: 27/11/2018 12:10:58

 

islams-politiques.jpgCompte rendu de Sabrina Mervin & Nabil Mouline (dir.), Islams politiques. Courants, doctrines et idéologies, Cnrs éditions, Paris 2017

 

L’idée est assez répandue que pour comprendre les événements du Moyen-Orient, il suffit de les lire à travers les catégories de la géopolitique, de l’économie ou de la sociologie, en faisant abstraction du facteur religieux. Ceci n’est de toute évidence pas possible si l’on considère que le rapport entre sphère religieuse et sphère politique est présent dès la naissance même de la civilisation islamique, et se trouve à l’origine de la scission entre les trois grands courants de l’Islam : sunnisme, chiisme et kharijisme. Au cours des siècles suivants, ce sont encore des dynamiques théologico-politiques – entendues comme l’articulation de notions, symboles et images qui entremêlent le royaume terrestre et le royaume céleste – qui entraînent la division entre duodécimains et ismaéliens, zaydites, druses et alaouites ; et sans vouloir trop remonter en arrière dans le temps, il suffira de rappeler, à l’âge contemporain, la proclamation de la République islamique d’Iran en 1979 ou le hard power déployé sur le terrain par l’État islamique et justifié à la lumière d’une interprétation particulière des Écritures.

 

Islams politiques rassemble onze essais consacrés aux grands débats théologico-politiques qui ont intéressé le monde islamique du début du XXe siècle à aujourd’hui, avec l’objectif de montrer comment s’imbriquent les doctrines et les idéologies et comment elles sont mobilisées par différents protagonistes (p. 10). Le titre au pluriel du volume doit de ce fait être compris en référence aux nombreux courants idéologiques et doctrinaux nés au sein de l’Islam de l’union entre sphère politique et sphère religieuse. Bien que tous les acteurs parlent au nom de l’Islam, ils donnent en fait naissance à une pluralité de constructions identitaires en concurrence entre elles.

 

À côté de thèmes plutôt répétés comme le rapport entre modernité et réformisme, la diffusion du wahhabisme, ou la tentative de l’État islamique de remettre à l’honneur le califat, le volume présente quelques contributions plutôt originales, dont une brève analyse de Loulowa Al Rashid sur l’évolution de la confrérie naqshbandi en Irak des années 1990 à aujourd’hui, qui souligne la capacité du soufisme à surmonter les divergences doctrinales pour s’adapter à une situation politique en constante évolution. Également originale, l’enquête de Samy Dorlian sur les fondements doctrinaux et la trajectoire historique des zaydites du Yémen, une branche chiite qui, à la différence des duodécimains, refuse l’infaillibilité des imams (à l’exception de celle de ‘Ali, Hasan et Husayn), la possibilité de dissimuler sa foi en cas de danger et les pratiques d’automortification corporelle liées à la commémoration du martyre de Husayn le jour de ‘âshûrâ’.

 

Sabrina Mervin, qui a dirigé la publication, est aussi l’auteur de deux contributions, l’une consacrée à l’autorité religieuse et politique dans le chiisme duodécimain, l’autre aux alaouites de Syrie et aux dynamiques qui ont permis à la famille Assad de conserver le pouvoir pendant de longues décennies. Le volume contient également une contribution d’Augustin Jomier consacré à l’ibadisme, seule branche encore existante du kharijisme et aujourd’hui confession majoritaire en Oman, qui se distingue par son interprétation de l’idéal politico-religieux de l’imamat : pour les ibadites, ce n’est pas nécessairement un descendant du Prophète qui doit prendre la tête de la communauté musulmane, mais la personne la plus digne, comme dans le cas des trois premiers califes « bien guidés ». Le livre se termine sur l’essai de Michel Boivin consacré au rôle politique de l’Aga Khan, le 49e imam manifeste des chiites ismaéliens nizârites, dispersés à travers l’Inde et le Pakistan. Homme d’affaires plus qu’imam, la gestion de l’imamat de l’Aga Khan s’inscrit dans la tendance générale vers la globalisation et la bureaucratisation qui semble caractériser l’évolution actuelle du fait religieux.

 

Pensé pour un public non-spécialiste, le volume offre sans aucun doute un panorama intéressant de la théologie politique proposée par les trois « voies islamiques » – sunnisme, chiisme, kharijisme. Mais vu la vaste étendue de ce thème et son actualité, il aurait peut-être valu la peine d’approfondir davantage certains points.

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