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Classiques

C. Delsol, La nature du populisme ou les figures de l'idiot

Henri Hude

Chantal Delsol

 

, La nature du populisme ou les figures de l'idiot

 

, Les éditions Ovadia, Nice, 2008, 218 pages, format poche.

 

 

Chantal Delsol est Professeur de philosophie politique à l'Université de Paris-Est, où elle a fondé le Centre d'Etudes Européennes, qui a un grand rayonnement, notamment en Europe centrale. Elle vient d'être élue membre de l'Institut de France. Elle a écrit une œuvre importante, traduite en diverses langues. Elle a commencé par l'étude de notions politiques (capitales dans la doctrine sociale de l'Eglise) - subsidiarité, autorité - ; elle a continué par une analyse de l'âme contemporaine en Occident - l'irrévérence, le souci contemporain - ; puis elle a esquissé une politique pure, intérieure et extérieure, avec un essai sur La République, une question française, et sur la justice internationale ; après cela, elle a exploré l'âme en écrivant plusieurs romans ; elle revient aujourd'hui à la philosophie politique avec un des ses tout meilleurs livres.

 

 

Chantal Delsol, esprit émancipé et être enraciné, n'a eu qu'à être elle-même, pour découvrir le modèle anthropologique dont elle se sert pour éclairer l'état et le malaise de la civilisation : rien ne va plus dans le couple émancipation-enracinement, pourtant constitutif de l'humaine condition. La tendance à l'émancipation devient, dans les élites d'Occident, frénésie unilatérale, qui détruit l'humain ; en face d'elle, hors d'Occident, mais aussi en Occident, une pathologie symétrique de l'enracinement ; le monde va-t-il vers l'affrontement entre deux frénésies inséparables et irréconciliables ?

 

 

Elle applique ce modèle au populisme, qui fournit à son essai l'objet autour duquel il pivote, s'élargissant graduellement à une étude de l'état actuel, et futur, de la démocratie, ouvrant une perspective sur la civilisation mondiale, en l'état actuel de son développement.

 

 

La seconde partie du titre (Les figures de l'idiot) renvoie à la distinction en grec entre idion et koinon, propre et commun. Chantal Delsol, suivant ici la pensée classique, définit l'idiotès comme celui qui, intellectuellement, ne sort pas de son trou pour appréhender les ensembles, et/ou qui, moralement, ne se hisse pas au niveau du bien commun. On devient citoyen capable en cessant d'être un idiotès. Une démocratie est un régime dont la rationalité dépend de l'existence d'une suffisante proportion de citoyens qui ne soient pas « idiots ».

 

 

Chantal Delsol explique en quoi consiste la démagogie : flatter la tendance à rester un idiotès. Il n'y a pas de démocratie sans effort d'élévation et d'éducation. Mais c'est le penchant constant des élites, note-t-elle (et elle le documente), de prendre les gens du peuple pour des idiots. L'originalité des élites de notre temps consiste à croire qu'on est idiot, et de surcroît vil et tyrannique (antidémocrate), si l'on n'adhère pas à l'idéologie de l'émancipation déracinée dans ses manifestations les plus extrémistes. La dénonciation du « populiste » va donc au-delà d'une 'juste) dénonciation de la démagogie. Elle est le terme dans lequel s'exprime à la fois la version actuelle du mépris du peuple et de la forme présente de la tyrannie idéocratique.

 

 

« Populisme » est devenu un terme accusatoire, qui impute au peuple, en vertu même de son idiotie, comme à tout partisan d'une formule équilibrée émancipation/enracinement, une pathologie de l'enracinement (dont le nazisme a produit un des types accomplis, cf. ch.6, 'La perversion du particularisme'). Cette accusation inique permet d'exclure du jeu tous ceux qui n'adhèrent pas à l'idéologie d'une démocratie radicale déracinée (les idiots).

 

 

Ainsi, dans la veine jacobine classique, le peuple (sans majuscule) est sommé d'être le Peuple (en soi et pour soi) ou de se taire, et de laisser penser et gouverner à sa place ceux qui savent mieux que lui ce qu'Il est - c'est-à-dire ceux qui ont droit au pouvoir de droit divin à perpétuité parce qu'ils sont par définition les démocrates. Chantal Delsol croit pouvoir démontrer que la consternante impuissance politique de l'Europe, par exemple, serait le fruit du rejet d'une élite intellectuelle arrogante et idéologue, par des peuples demandeurs d'une juste mesure d'enracinement et d'émancipation. Elle décrit en analyses aiguës, et qui font mouche, les expressions de ce mépris ordinaire du peuple, coupable d'aimer l'enracinement et le bien-vivre, au moins autant que l'extrémisme émancipateur et ses délires.

 

 

Ce livre puise aux sources de la Politique d'Aristote, partisan de la démocratie et de la prudence, contre les régimes autoritaires et soi-disant scientifiques, et voit dans les problèmes actuels de la démocratie une répétition de la polémique entre Platon et Aristote. A-t-elle eu tort de poser la question d'une démocratie où l'on respecterait le peuple ?

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