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Moyen Orient et Afrique

Considérations directes sur un rassemblement grandiose

Les Frères Musulmans ont eu beau tenter de se la cacher, la vérité est là, éclatante : plus de 30 millions d’Égyptiens sont descendus dans la rue, ont occupé les places et ont renversé le gouvernement des Frères par la volonté du peuple.

Question : peut-on dire que la chute de Morsi ait été un acte de démocratie ? Dans tout système démocratique le Parlement a le droit de révoquer la confiance accordée au président élu avant la fin de son mandat. Dans ce cas, le président démissionne et l’on organise des élections présidentielles anticipées. La tâche du parlement est d’agir pour le compte du peuple dans l’exercice de son autorité. Si le parlement est vacant, c’est au peuple à exercer sa propre autorité de lui-même. Morsi est devenu président grâce au vote de 13 millions d’Égyptiens, la campagne de Tamarrud a recueilli 22 millions de signatures pour lui ôter la confiance, et plus de 30 millions d’Égyptiens sont descendus dans la rue pour lui demander de s’en aller.

 

 

L’assemblée plénière du peuple égyptien avait déjà décidé la fin du gouvernement des Frères : il ne restait au général al-Sîsî, commandant l’armée, qu’à rendre exécutoire la décision du peuple pour épargner à l’Égypte une guerre civile dont les prodromes étaient déjà perceptibles. L’armée n’a donc pas effectué un coup d’état militaire, mais a exécuté la volonté du peuple dans des circonstances exceptionnellement complexes qui risquaient de porter à la ruine de l’État. Le coup d’état militaire est, par définition, une action militaire qui utilise la force pour prendre le pouvoir. Mais dès le début, l’armée a annoncé qu’elle ne visait pas le pouvoir, mais qu’elle intervenait pour mettre en œuvre la volonté du peuple et déposer un président qui avait perdu toute légitimité.

 

 

Sa légitimité, Morsi l’a perdue à trois reprises : quand il a promulgué une déclaration où sa volonté individuelle se trouvait placée au-dessus de la Constitution et de la loi, et qu’il a blindé un Comité constitutionnel nul qui a promulgué une Constitution nulle et le Majlis al-shûra’ (la Chambre haute du parlement égyptien, N.d.T.), en l’utilisant comme un instrument législatif pour émettre les lois que les Frères voulaient. Il a perdu sa légitimité une seconde fois, du fait de la mort de plus de cent martyrs tombés durant son mandat. La troisième fois, cela a été quand des millions d’Égyptiens ont signé la pétition de Tamarrud et ont manifesté dans les places pour lui ôter la confiance. La chute de Morsi, par conséquent, relève d’un processus parfaitement démocratique. Le peuple a affirmé sa volonté et le gouvernement des Frères est tombé. Mais il est utile de rappeler quelques vérités.

 

 

1) Dès le référendum de mars 2011, la Révolution avait déjà pris une mauvaise direction, et avait été vidée de son énergie et éloignée de ses objectifs. À présent les Égyptiens se sont réapproprié leur Révolution et ont constitué le peuple comme source de l’autorité […]

 

 

2) Pendant trente ans, les Frères musulmans ont servi d’épouvantail pour justifier la dictature. Le raisonnement de Moubarak était que le peuple égyptien n’était pas mûr pour la démocratie , et que toute élection transparente allait jouer en faveur des Frères. Et si les Frères arrivaient au gouvernement, personne n’aurait pu les en déloger. Car ils se servent de l’arme de la religion, qui influencera toujours l’esprit des gens simples. Il s’agit là d’une logique qui méprise le peuple, qui le juge ignorant et incapable de discernement et de choix. Mais lorsque les Frères sont allés au gouvernement, le peuple égyptien nous a offert la surprise de l’un de ses splendides miracles . Il a suffi d’un an pour que les Égyptiens comprennent la différence entre l’Islam et l’Islam politique. Ils ont découvert que les Frères se servent de la religion à des fins politiques, qu’ils n’en respectent pas les principes, et que pour eux, tout est permis pour arriver au pouvoir. Le 30 juin, l’épouvantail des Frères a disparu pour toujours […].

 

 

3) Le général al-Sîsî, commandant l’armée, a probablement compris que la critique sévère lancée par les révolutionnaires contre le Conseil militaire n’a jamais entamé leur respect pour leur armée nationale. Le Conseil militaire précédent continuera à être responsable des crimes et des massacres survenus durant son administration, et dont beaucoup de martyrs ont été victimes. Mais notre requête réitérée de faire passer les assassins des martyrs en jugement ne nous empêche pas de soutenir l’armée dans sa fonction nationale fondamentale au moment où elle rejoint les rangs de la volonté du peuple […].

 

 

4) Les dirigeants des Frères n’imaginaient pas que le peuple allait se révolter contre eux avec une telle rapidité. La perte du pouvoir, de par la volonté du peuple, est donc le traumatisme le plus grand qu’ils aient subi dans toute leur histoire, et c’est pour cela qu’ils y ont répondu avec violence. Ils savent que Morsi ne reviendra pas au pouvoir, mais ils envoient leurs partisans agresser les gens et les institutions pour créer le chaos et permettre à leur allié Obama de s’immiscer dans la situation sous prétexte de ramener le calme, et pour en tirer tous les avantages possibles pour eux-mêmes. Les actions criminelles perpétrées et répétées par les Frères et leurs alliés confirment leur nature terroriste, qu’ils ont occultée pendant de longues années par leurs mensonges sur leur refus de la violence […].

 

 

5) Aux élections présidentielles, lors du ballotage entre le représentant du vieux régime Ahmad Shafiq et Muhammad Morsi, candidat des Frères, les Égyptiens se sont trouvés devant un choix difficile et douloureux. Ceux qui avaient pris part à la Révolution n’auraient jamais pu élire Shafiq, qui était un autre Moubarak. Certains se sont abstenus, d’autres ont voté pour le candidat des Frères, non par conviction, mais pour empêcher le retour du régime de Mubarak. Un militant, ‘Abd al-Halim Qandil, a bien décrit leur dilemme en ces termes : « Il s’agissait de choisir entre la honte (en arabe : ‘âr ) de Shafiq, qui allait restaurer le régime précédent, et le feu (en arabe : nâr ) des Frères, dont on connaissait le danger : je préfère le feu au déshonneur ».

 

 

Par ailleurs, pour une partie des Égyptiens, la crainte des Frères était plus grande que l’attachement à la Révolution, ils ont ainsi voté pour Shafiq. Pendant une année entière, les révolutionnaires qui avaient voté pour Morsi ou qui s’étaient abstenus ont été accusés d’avoir provoqué la ruine de l’Égypte et de l’avoir livrée entre les mains des Frères. On a inventé, pour les dénigrer et les ridiculiser, la formule : « ceux qui se sont bouché le nez » (littéralement : « ceux qui ont pressé le citron »). Le sarcasme n’était pas innocent, ni dépourvu de secondes fins. En effet, tous ceux qui se sont « bouché le nez » sont révolutionnaires, et ceux qui les accusent et les ridiculisent sont généralement des Fulûl [restes, NdT) du régime de Moubarak, qui méprisent ceux qui se sont bouché le nez non parce qu’ils ont voté pour les Frères, mais parce qu’ils ont fait la Révolution. Ceux qui ont fait tomber le gouvernement des Frères n’appartiennent pas à une seule catégorie, mais à trois : il y a les citoyens normaux. qui avaient au début une opinion positive sur les Frères, mais sont devenus rapidement victimes de leurs crimes et de leurs mensonges, et ont découvert que ceux-ci se comportent comme les membres d’une bande immorale, irresponsable et dépourvue de principes. Le second groupe, ce sont les révolutionnaires, pleins de colère et d’amertume vis-à-vis des Frères qui ont trahi de façon récurrente la Révolution pour suivre leurs propres intérêts. Le troisième groupe, ce sont les Fulûl du vieux régime qui ont exploité la colère du peuple contre les Frères pour relever la tête et se joindre à la bataille contre eux, mais avec des objectifs propres. Le Conseil militaire avait maintenu intact le régime de Moubarak. Puis les Frères sont arrivés, qui ont décidé, avec leur opportunisme habituel, de s’allier avec les Fulûl afin d’obtenir leur soutien pour s’emparer de l’État. Mais les Fulûl n’ont jamais eu confiance dans les Frères, et du reste ils travaillaient à restaurer le régime de Moubarak. Les millions de livres égyptiennes dont les Fulûl ont abreuvé les medias ont joué un rôle important pour révéler les crimes des Frères musulmans et inciter les Égyptiens à se rebeller contre eux. Mais si l’on examine attentivement les propos de ces medias, on peut voir que, dans leur lutte, appréciable, contre les Frères, ils véhiculaient un message contre-révolutionnaire. Les personnalités du régime de Moubarak sont revenues sur le devant de la scène, et elles sont non seulement hostiles aux Frères, mais aussi à la Révolution : elles l’étaient avant même que les Frères n’arrivent au pouvoir. […] Le vieux régime se refait une réputation et fait ses calculs pour revenir au pouvoir.

 

 

Nombreux sont les bénéfices qu’a générés notre Révolution. Elle nous a enseigné à ne pas avoir peur et nous avons appris que lorsque le peuple est présent, il gagne. La Révolution nous a libérés de Moubarak, du gouvernement militaire, du fascisme religieux, et elle est parvenue à réunir les appareils de l’État et le peuple contre les Frères. Il y a là une occasion pour la Révolution pour édifier avec l’aide de l’armée nationale un État démocratique moderne. Mais tandis qu’elle avance le long de son chemin, la Révolution se trouve devoir mettre en compte deux dangers : le premier est le retour des militaires au pouvoir, le second est le retour du régime de Moubarak au gouvernement. Le premier danger, à mon avis, est improbable, parce que l’armée n’est pas intéressée par le gouvernement, et qu’elle a soutenu le peuple dans la réalisation de sa volonté par un pur élan national. Le second est possible, et tout proche. La Révolution devra adopter dans la nouvelle Constitution des mesures juridiques et constitutionnelles qui empêchent tous ceux qui ont opprimé le peuple, et qui ont participé au pillage dont il a été victime et à son humiliation, de revenir au gouvernement. La Révolution s’est soulevée contre la dictature et la corruption, quelle que soit leur origine. Seule la Révolution détient un projet d’avenir.

 

 

La solution, c’est la démocratie.

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