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Moyen-Orient et Afrique

Le manifeste d’al-Azhar pour un nouvel État en Égypte, un texte à suivre

En juin dernier, à l’initiative du cheikh de al-Azhar Ahmed al-Tayyeb, certains membres de la célèbre université religieuse cairote ont rédigé avec plusieurs intellectuels égyptiens de provenances culturelles et religieuses différentes un communiqué sur le futur de l’Égypte. Le texte a rencontré un grand écho dans les médias du pays surtout à cause de ses ouvertures en direction d’un état démocratique, mais il a suscité quelques perplexités, principalement parmi ceux qui l’ont commenté en Occident, dont certains n’y voient qu’une opération en vue des prochaines élections.

 

 

En réalité, le manifeste n’est probablement pas réductible à la seule dimension “électoralistique”, ni interprétable à la lumière d’une comparaison, toujours risquée, entre le texte écrit et les intentions réelles de ses signataires. Bien qu’il s’adresse à toutes les forces politiques égyptiennes afin qu’elles reconnaissent le droit du peuple « à la liberté, à la dignité, à l’égalité et à la justice sociale », il doit être lu avant tout comme un document programmatique à travers lequel al-Azhar tente de se replacer sur la scène publique égyptienne après la révolution du 25 janvier. Après les hésitations et le silence du début, la grande mosquée-université a pris position par rapport à la situation historique actuelle, en proposant sa candidature pour l’aiguiller en vertu de son rôle traditionnel de phare religieux, culturel, moral et civil. Les auteurs du communiqué demandent en particulier la restitution à la mosquée de son indépendance du pouvoir politique, particulièrement en ce qui concerne l’élection du cheikh. Ils se réfèrent ainsi à un âge d’or de l’institution, celui justement de la non-subordination à l’État égyptien, selon un leitmotiv de son auto-compréhension, non privée de quelques accents mythiques.

 

 

Dans la relecture de l’histoire égyptienne, le document fait plusieurs fois référence à l’impulsion progressiste et innovatrice que la mosquée a su imprimer par le passé à la société et à la culture du pays, dans le respect de son patrimoine culturel et religieux. Ici, les autorités de Al-Azhar s’insèrent idéalement dans la ligne des grands protagonistes de la saison du réformisme islamique du siècle dernier.

 

 

Mais l’aspect qui a suscité le plus de réactions est sans doute la vision politique contenue dans la déclaration. Les intellectuels d’al-Azhar s’expriment sans hésitations en faveur de l’édification d’une réelle démocratie, fondée sur la «séparation des pouvoirs», sur les «élections libres», sur les «droits et devoirs de tous les individus en condition de parité», «sur l’éthique du dialogue». Quant au rôle de l’Islam, il n’y a pas de silences “stratégiques”. La déclaration fait signe explicitement à la nécessité de considérer «les principes généraux de la charî‘a, source essentielle de la législation» et au devoir de Al-Azhar de clarifier les bases d’une «politique inspirée des principes de la charî‘a (siyâsa shar‘iyya)».

 

 

Bien entendu, on ne dit pas ce que ces formules signifient concrètement, mais la raison d’une telle omission doit être recherchée dans une incertitude plus générale de la réflexion sunnite actuelle après la saison des théories islamistes sur l’État islamique. Il n’y a pas d’ouvertures à propos de la liberté religieuse et le document se limite à invoquer le respect plénier de la liberté de culte.

 

 

On trouve par contre plusieurs ambiguïtés dans la traduction anglaise et française publiées sur le site officiel de l’organisation égyptienne pour l’information, où les termes plus spécifiquement inspirés du langage technique islamique sont exprimés en des termes plus neutres (par exemple siyâsa shar‘iyya, est traduit par “politique légale”).

 

 

Il serait d’autre part irréaliste de s’attendre de al-Azhar précisément à des déclarations en faveur du recul de l’Islam et de la charî‘a de la scène publique égyptienne. Le défi que la mosquée devra accepter n’est pas tellement l’alternative entre l’application et la non-application de la charî‘a, mais plutôt celui d’expliquer en quels termes l’Islam, et sa loi, répondent au désir de liberté et de justice du peuple égyptien.

 

 

 

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