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Chrétiens dans le monde musulman

Dans la communion, le témoignage

Benoît XVI a pensé lui-même à faire la synthèse des deux semaines du Synode pour le Moyen-Orient dans l’homélie de la Messe finale. Et il a indiqué la communion comme pivot du travail des 173 Pères synodaux.

 

 

Communion avant tout au sein de l’Église catholique, qui, pour des raisons historiques, s’articule au Moyen-Orient en sept rites, sept modalités différentes de célébrer et vivre le mystère, qui, dans certains cas correspondent aussi à des communautés ethniques. Un patrimoine vraiment riche, mais aujourd’hui en danger, et pas uniquement pour des raisons extérieures. Face au fondamentalisme islamique, la tentation de se refermer sur soi-même est forte. C’est le communautarisme, l’illusion qu’en faisant cavalier seul, on parviendra à mieux sauvegarder les intérêts respectifs. Dans le nouveau scénario global, cette stratégie ne peut que retarder la fin de la présence chrétienne au Moyen-Orient. D’où l’insistance que de nombreux Pères ont exprimée sur le thème de la communion qui ne se réduit pas à une stratégie politique, mais est l’élément essentiel de la vie chrétienne. Si les chrétiens qui vivent au Moyen-Orient sont 20 millions sur un total global d’au moins 365 millions d’habitants, les catholiques n’arrivent pas à 5 millions.

 

 

Voilà pourquoi la communion signifie aussi, et d’une manière toute particulière, œcuménisme, surtout avec les Églises orthodoxes. Quiconque est allé à Jérusalem à Pâques aura remarqué que souvent catholiques et orthodoxes ne la fêtent pas à la même date. C’est une divergence de calendrier très ancienne, mais dont l’impact symbolique est dévastateur, surtout envers les juifs et les musulmans. C’est pour cela que les Pères synodaux ont exprimé le souhait d’arriver bientôt à ce que la date de Pâques soit commune. Une deuxième proposition fut émise par l’Évêque syro-orthodoxe d’Alep qui, après avoir rappelé le génocide perpétré envers sa communauté et la communauté arménienne, a proposé d’instituer une mémoire partagée des martyrs chrétiens du Moyen-Orient. Les problèmes théologiques que cette proposition soulève ne sont pas des moindres, mais l’intuition me semble pertinente.

 

 

« Nous sommes unis avec le Seigneur et ainsi - a déclaré le Pape durant le déjeuner de conclusion du Synode - nous sommes trouvés par la vérité. Et cette vérité ne renferme pas, ne pose pas de limites, mais elle ouvre ». Les chrétiens, comme minorité créative, peuvent devenir artisans de paix dans une région rongée par de nombreux conflits, le conflit israélo-palestinien mais aussi l’opposition entre musulmans chiites et sunnites. On a beaucoup parlé dans les journaux occidentaux des déclarations du Synode autour de la question palestinienne. En réalité, le document final a simplement répété la position du Saint-Siège, qui soutient depuis toujours la solution de deux États. Les fondamentalistes islamiques ne veulent pas entendre parler de ce compromis tout comme certains groupes juifs et evangelical qui cherchent dans l’Ancien Testament la justification d’une politique extrémiste.

 

 

Les fondamentalismes opposés poursuivent depuis des décennies le rêve de la victoire totale, de l’anéantissement de l’adversaire, mais ils ne sont parvenus à assurer ni la paix ni la sécurité. Il est temps de changer et les chrétiens moyen-orientaux peuvent offrir une grande contribution dans ce sens.

 

 

Œuvrer pour un élargissement des espaces de liberté est un deuxième domaine où les minorités chrétiennes peuvent fournir un apport considérable. La question concerne avant tout la liberté religieuse, qui ne se limite pas à la liberté de culte, mais comprend aussi celle de changer de religion. Ce droit fondamental est absent ou très limité dans presque tous les pays de la région. Son extension décisive, nette, contrairement à ce que l’on pense généralement, permettrait de renforcer les nombreux exemples de “convivialité” islamo-chrétienne qui existent déjà.

 

 

En plus du manque de liberté, la situation économique difficile, l’inégalité sociale et l’incertitude concernant le futur sont autant de causes d’émigration, un phénomène qui ne touche pas uniquement les chrétiens, même s’ils en souffrent spécialement parce qu’ils sont minoritaires. La situation en Irak et en Terre Sainte reste particulièrement dramatique, mais le flux migratoire est consistant dans tous les pays de la région. Cependant, il y a des signaux nouveaux comme le flux d’immigrés asiatiques vers les pays du Golfe, Chypre et Israël. Beaucoup d’entre eux sont catholiques et, tout en vivant souvent des situations de précarité extrême, ils contribuent à maintenir vivante la présence chrétienne au Moyen-Orient. On a calculé qu’actuellement leur nombre est égal à celui des catholiques des Églises orientales anciennes.

 

 

Dans un contexte tellement complexe, la seule chose certaine est l’attachement à la foi de ces communautés. Et pourtant, de nombreuses interventions, et en dernier lieu celle du Pape, sans mettre ce fait en doute, ont souligné la nécessité d’une nouvelle évangélisation dans laquelle les mouvements ecclésiaux peuvent jouer un rôle très important, pour autant qu’ils acceptent de s’insérer dans la réalité locale selon ses spécificités. Une des premières soirées, je me suis retrouvé à parler justement de cela à table. Un des experts, pour me faire comprendre que parfois, en Orient aussi, la foi requiert une personnalisation majeure, m’a raconté une blague. C’est l’histoire d’un homme qui a toujours mal à la tête. Il passe d’un médecin à l’autre, sans résultat, jusqu’à ce qu’un spécialiste décide d’essayer de lui ouvrir la tête pour voir ce qu’il y a dedans. Il ne trouve rien, sauf un fil blanc.

 

 

Ne sachant que faire, il essaye aussi de couper le fil blanc. Le mal de tête ne passe pas, mais les oreilles du monsieur tombent... Quelquefois - commentait mon interlocuteur - le contexte social, surtout dans les pays musulmans, pousse les chrétiens à se regrouper, à se serrer les uns aux autres. C’est un fil qui les unit. Mais, là aussi, une rencontre personnelle est nécessaire. Sinon, tôt ou tard, les oreilles tombent. En d’autres mots, pour ne pas émigrer, il faut une conscience du sens de la propre présence qui va au-delà de la simple appartenance communautaire.

 

 

Que reste-t-il du Synode maintenant que les Évêques sont rentrés dans leur pays ? Les propositiones avant tout, 44 propositions offertes au Pape, pour la plupart de nature pastorale. Mais surtout, l’expérience de communion de ces deux semaines.

 

 

Comme le Pape a conclu : « Le don du Synode le plus important que nous avons vécu et réalisé me semble peut-être celui-ci : la communion qui nous lie à tous et qui est aussi en soi un témoignage ».