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Moyen-Orient et Afrique

Egypte : retour à la politique, mais sans arrêt de la violence

Ce qui était prévisible est arrivé. Confrontée à une manifestation hostile d’ampleur, la garde présidentielle a sur - réagi et commis un massacre, tuant plus de cinquante personnes. C’était prévisible, pour deux types de raisons : a) Les militaires ne sont pas formés pour maintenir l’ordre mais pour annihiler l’ennemi. B) La direction frère a opté pour la politique du pire et de la confrontation violente, soit pour déstabiliser et affaiblir le nouveau régime, soit dans l’espoir (irréaliste) d’amener ses adversaires à céder. Ce faisant, elle risque d’intensifier la répression : plus de 600 personnes ont été arrêtées dans le cadre de cet épisode – et on ne sait pas avec certitude si et comment l’opinion a évolué sur son rapport à la Confrérie.

 

 

On ne connaît pas avec certitude les faits, les parties en présence ayant tendance à mentir sans vergogne. Mais, de la confrontation des témoignages des rescapés et des habitants du quartier, il est possible d’affirmer qu’un affrontement violent a opposé, en un premier temps, police et manifestants. La plupart de ces derniers n’étaient pas armés, mais une minorité l’était et a ouvert le feu. On ne sait pas si celle ci est composée de la base la plus radicale des frères ou au contraire d’agents provocateurs, mais je privilégie la première explication – la direction et les cadres frères, présents ou non sur les lieux, ont appelé à la violence armée et au martyre. La police a réagi en ouvrant elle aussi le feu, l’armée est accourue et l’affaire a tourné au carnage. La direction frère a tenté d’exploiter au maximum l’affaire (dire ceci n’implique pas d’affirmer, comme ses ennemis le font, qu’il y a un coup monté par la confrérie) en mentant – selon elle, l’armée a sauvagement attaqué des fidèles pacifiques au moment de la prière, il y a des enfants et des femmes parmi les victimes. Ce faisant, elle a gâché de bonnes cartes (mais la communication de l’armée ne fait pas beaucoup mieux).

 

 

Cet épisode a occulté les multiples incidents violents, la plupart orchestrés par les frères, qui secouent le pays. Troubles dans le Sinaï, affrontements entre partisans et adversaires du président Morsi, attaques contre des centres de police, enlèvements de militants, attaques contre des lieux de culte chrétiens, etc. Cette tactique frère trahit une forme d’impuissance et risque à la fois d’entraîner une répression plus importante et d’aliéner un nombre important de militants islamistes – mais elle atteint son objectif, prévenir toute stabilisation.

 

 

La politique ne disparaît pas. Une déclaration constitutionnelle a été promulguée et elle soulève déjà de nombreuses critiques. Les principales ciblent l’article un – qui retient l’interprétation salafiste de la « shari’a ». Cette importante concession a pour objectif de concilier les salafistes qui ont fait le choix d’appuyer l’armée. On note moins que l’article de la précédente constitution (celle des frères), confiant l’interprétation des dispositions de la shari’a à al Azhar, a disparu – ce qui revient, semble t il, à transférer cette tâche d’interprétation à la Haute Cour Constitutionnelle, plus libérale. L’Eglise copte a émis des réserves, car l’article affirmant que les non musulmans étaient régis par leur propre droit en matière de statut personnel a disparu. Les jeunes révolutionnaires ont émis des réserves sur les autres articles. Quoi qu’il en soit, ce texte sera amendé, pour tenir compte des critiques, mais il est difficile de voir comment il est possible de mettre d’accord salafistes et non islamistes.

 

 

Après une valse de candidatures au poste de premier ministre, incluant le libéral Baradéi, le social démocrate Ziyad Bahaeedine, le technocrate Hisham Ramez (le gouverneur de la banque centrale), c’est le vieil économiste Hazim al Biblawi qui a été nommé à ce poste. Le choix est judicieux : il connaît bien les circuits internationaux, l’univers de la fonction publique égyptienne, est une figure acceptable pour les salafistes et est un très bon économiste. Certains affirment par contre qu’il peut manquer d’esprit de décision – et d’autres pensent le contraire. Quoiqu’il en soit, la composition de son gouvernement sera un processus délicat. Il semble exclu que des frères y participent : ce serait pour eux accepter d’entériner le coup d’Etat. Selon certaines informations, les salafistes n’en feraient pas non plus partie – il est difficile de savoir si c’est par désir de ménager l’avenir, par refus de se mouiller dans une conjoncture difficile, ou parce qu’ils n’aiment pas la place éminente prise par le camp non islamiste (Baradéi vient d’être nommé vice président de la république). Quoi qu’il en soit, les choses peuvent encore changer. Il est clair que, même s’ils affectent d’être en retrait, les militaires et les organismes de sécurité détiennent les clés de la situation et auront souvent à arbitrer.

 

 

Les monarchies du Golfe hostiles aux frères accourent à la rescousse, à coup d’aides se chiffrant en milliards de dollars et de livraisons de gazoil. Les USA, pour l’instant, ne remettent pas en cause leur aide à l’armée. Mais ce répit bienvenu ne fait que repousser les échéances et plusieurs mesures douloureuses devront être adoptées. Douloureuses et risquées car, on l’a vu, la rue égyptienne sait se mobiliser et se faire entendre – la participation n’a pas faibli et il n’y a pas de raisons de penser que cela change, même si, là aussi, le mois de Ramadan offrira, au moins sur ce front, une trêve nécessaire.

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