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Projets de recherche

Crise et renouveau dans l’Islam contemporain

Deux femmes à l’entrée de la mosquée Hassan II à Casablanca [Foto Oasis]

Le projet de recherche, mené grâce au soutien de la Fondation Cariplo, se concentre sur deux pôles de production de la pensée religieuse et politique sunnite : les pays du Golfe et le Maroc

Dernière mise à jour: 28/08/2018 12:32:40

logo progetto.jpgL’Islam sunnite – qui compte plus d’un milliard de fidèles et une forte présence en Occident – traverse aujourd’hui une phase profonde de trouble et de renouveau. Face à l’affirmation croissante de l’Iran chiite et à l’échec politique des mouvements djihadistes, le « front sunnite » s’est divisé en deux : d’une part, les partisans de l’Islam politique (Turquie et Qatar), non opposés à un accord avec Téhéran, et d’autre part, l’axe saoudien-émirati, de plus en plus en difficulté stratégique, et pour cette raison prêts à faire des concessions sans précédent. En marge, le pouvoir tranquille du Maroc et son modèle « actualisé » de l’islam traditionnel, qui bénéficie d’un suivi et d’un soutien institutionnel croissants non seulement en Afrique, mais aussi dans l’Union européenne et en Italie, se développe.

 

Comme dans une réaction nucléaire, la scission du noyau sunnite libère d’énormes énergies qui peuvent déclencher une réaction explosive, dont les conséquences se feront également sentir en Europe. D’autre part, cette phase de trouble interne peut aussi ouvrir la voie à un réexamen radical de la relation entre l’Islam et la modernité, capable d’ouvrir une nouvelle voie pour sortir de l’impasse de « l’autoritarisme/Islam politique/djihadiste » en reprenant l’héritage positif des soulèvements arabes de 2011. Un processus à l’échelle globale dans lequel l’Europe est profondément impliquée.

 

Le contexte

 

Une vague de violence tragique fait rage au Moyen-Orient depuis des années, avec d’importantes incursions en Europe et en Occident, en termes de sécurité et de réfugiés. L’émergence du salafisme djihadiste, le rôle possible de l’Islam politique, l’autoritarisme, la condition des couches les plus marginalisées de la population musulmane européenne, ainsi que les conséquences de longue durée du colonialisme, sont quelques-unes des clés utilisées ces dernières années pour expliquer l’exacerbation de la crise.

 

Face à cet ensemble de causes, la tendance à expliquer l’ensemble du phénomène à la lumière du conflit entre sunnites et chiites, les deux courants majeurs au sein de l’Islam, est de plus en plus répandue. Cette explication, complètement omise par les médias à l’époque des soulèvements arabes – mais pas par Oasis qui y a consacré le premier numéro de 2011 – est maintenant devenu le pain quotidien de tous les analystes. Cela pourrait toutefois conduire à une nouvelle erreur d’appréciation, risquant de nous laisser une fois de plus avec une longueur de retard par rapport aux événements.

 

D’un contexte caractérisé par une forte structuration institutionnelle, qui a permis de parler de deux « fronts » (sunnites), on est en train d vers un scénario fragmenté. La véritable nouveauté de la période post-printemps arabe n’est donc pas la rivalité Arabie Saoudite-Iran, mais l’ouverture d’un front intérieur au bloc sunnite, avec l’opposition entre le Qatar (et la Turquie) et un Golfe de plus en plus marqué par les politiques autoritaires du nouveau leadership émirati-saoudien. Ce développement n’est rien de plus que la certification géopolitique d’un fait culturel, religieux et même spirituel : la crise du sunnisme.

 

Mouvement du « compromis noble », né pour résoudre le traumatisme des guerres civiles du premier siècle de l’Islam, à partir de l’idée « la conviction qu’aucune secte n’ait complètement raison » (Suleyman Mourad,  La mosaïque de l’Islam) le sunnisme voit maintenant en son sein des courants de pensée très différents, avec une orientation théologique non uniforme, des ambitions géopolitiques différentes, des conceptions différentes du rôle de la religion dans la société et la relation entre oulémas et pouvoir étatiques. Elle est contestée « à droite » par le salafisme et « à gauche » par les Frères musulmans et par les réformateurs plus ou moins laïcs, tandis qu’elle souffre de la montée des organisations pro-iraniennes, de l’instabilité persistante de la région et de la détérioration de la situation économique. Cette situation délicate affecte également la manière dont les pays sunnites du Golfe persique, de l’Asie du Sud-Est, de l’Afrique du Nord et de l’Afrique subsaharienne se rapportent aux diasporas musulmanes européennes et les orientent dans et leurs relations avec les institutions et la société.

 

En plus de ces signaux, il y a aussi des tentatives de renouvellement. C’est le cas en particulier du Maroc, où, déjà à partir des attentats de Casablanca de 2003, la monarchie a promu une forme traditionnelle mais actualisée du sunnisme, liée aux trois piliers du malikisme comme école juridique, de l’acharisme comme doctrine théologique et du soufisme comme pratique spirituelle. L’attention à la tradition s’est conjuguée à quelques ouvertures, notamment dans le domaine de la citoyenneté et de la liberté religieuse, et a pris de plus en plus les caractéristiques d’une politique religieuse organisée à travers laquelle le Maroc tend se présenter comme un partenaire fiable dans deux directions : vers l’Europe, en prenant en charge la gestion de la diaspora nord-africaine mais pas seulement ; et vers l’Afrique subsaharienne, terre d’une importance géopolitique exceptionnelle déstabilisée par les mouvements djihadistes. Contrairement aux plans pharaoniques des monarchies du Golfe, le Maroc est l’un des rares pays de la région à avoir soulevé la question de la durabilité environnementale à long terme, en lançant d’importants projets.

 

À la lumière de ces considérations, la recherche qu’Oasis entreprend en 2018 grâce au soutien de Fondation Cariplo se concentre sur deux pôles de production de la pensée religieuse et politique sunnite : les pays du Golfe, l’Arabie Saoudite, les EAU et le Qatar en tête, et le Maroc.

 

Les objectifs

 

À travers l’étude et l’analyse de ces deux « pôles », le projet Crise et renouveau de l’Islam contemporain a pour ambition :

 

  1. de définir et d’illustrer la nature du sunnisme contemporain
  2. de comprendre ses divisions internes, également en relation avec d’autres mouvements actifs dans la région
  3. d’évaluer les conséquences pour l’Europe des politiques religieuses des États sunnites

 

Selon la lecture spécifique d’Oasis, qui considère la dimension religieuse comme un facteur primordial, des articles et des contributions seront proposés pour faire la lumière sur l’évolution du monde sunnite et sur les conséquences concrètes que cette évolution peut avoir.

Les principales contributions qu’Oasis apportera dans le cadre de ce projet seront diffusées par l’intermédiaire du site Internet, de la lettre d’information et de la revue semestrielle.

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