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Les controverses qui changent l’Europe

La croissance de la visibilité publique de l’Islam augmente, et avec elles les controverses

Cet article a été publié dans Oasis 28. Lisez le sommaire

Dernière mise à jour: 25/03/2019 11:54:23

 

Musulmans au quotidien.jpgCompte rendu de Nilüfer Göle, Musulmans au quotidien, La Découverte, Paris 2015

 

Musulmans au quotidien présente les résultats du projet de recherche EuroPublicIslam, dont il offre un aperçu pour un public non spécialiste. Dirigé par la sociologue turque Nilüfer Göle, l’étude examine les controverses relatives à l’Islam survenues en Europe entre 2009 et 2013. Les chercheurs ont ciblé en particulier une série de cas provoqués dans vingt et une villes européennes par la requête des musulmans locaux de pouvoir suivre les prescriptions islamiques dans leur vie quotidienne. Parmi les grands thèmes qui ont suscité des situations conflictuelles figurent l’exhibition des symboles religieux dans l’espace public, la possibilité de construire de nouvelles mosquées et minarets, la production et la vente de produits alimentaires halal et la notion de sacré.

 

En France, une controverse liée aux prières dans des lieux publics a pris le nom d’une rue, la rue Myrtha, bloquée chaque vendredi par des dizaines de fidèles recueillis en prière. En Allemagne, un cas analogue s’est produit autour d’un étudiant berlinois qui revendiquait le droit de prier dans les couloirs de l’école. Dans les deux pays, qui ont pourtant connu des parcours historiques et politiques différents, les pratiques religieuses islamiques ont été interdites au nom de la neutralité de l’espace public. En 2009, en Italie, au terme d’une manifestation de soutien pour les habitants de Gaza, un groupe de musulmans s’est recueilli en prière devant la basilique de San Petronio à Bologne, suscitant l’opposition de l’Évêque de la ville.

 

La même année, les citoyens suisses ont été appelés à voter pour un référendum contre la construction de nouveaux édifices de culte islamique (remporté avec plus de 57 % de voix en faveur). Le cas avait été soulevé par la requête, avancée quelques années auparavant par une association d’immigrés turcs, pour la construction d’un minaret. Après une longue bataille, la cour fédérale a délivré le permis d’ériger l’édifice à condition qu’il ne soit pas utilisé par le muezzin pour inviter les fidèles à la prière.

 

En 2005, c’est le tour du Danemark avec le « cas des caricatures » : le Jylland Posten, l’un des plus grands quotidiens du pays, publiait une série de douze représentations satiriques du prophète Muhammad, enclenchant le débat sur la frontière (floue) qui sépare la liberté d’expression du blasphème. Ce n’était pas cependant la première fois que l’art devenait une occasion de controverses sur les représentations de l’Islam ; en 1989 les Versets sataniques de Salman Rushdie suscitaient la célèbre fatwa de Khomeini, et en 2004 le réalisateur hollandais Théo van Gogh était assassiné à cause des contenus de son court-métrage Soumission.

 

Musulmans au quotidien montre à l’évidence le fait que dans beaucoup de pays européens, les controverses relatives à l’Islam ont fini par produire des cultures locales fortement identitaires, fondées sur la primauté de la culture dominante au détriment des cultures « étrangères ». En Allemagne par exemple, la notion de Leitkultur connait une révolution : utilisée en 1998 par le politologue syrien Bassam Tibi pour indiquer les normes et les valeurs constitutives des sociétés européennes auxquelles auraient dû adhérer également les musulmans immigrés, l’expression a fini par exalter la culture allemande au détriment du pluralisme. Au début des années 2000, le débat sur la crise du multiculturalisme a été relancé également dans les Pays-Bas par Paul Scheffer, journaliste de gauche et auteur d’un article dans lequel il accusait cette catégorie de menacer la paix sociale. L’opposition entre culture occidentale et culture islamique a été ensuite un thème développé en France où, en 2007, Nicolas Sarkozy a créé un Ministère de l’Immigration, de l’Intégration, de l’Identité nationale et du Développement solidaire, inscrivant ainsi la question de l’immigration au niveau culturel, ainsi que par Michel Houellebecq, auteur des romans Plateforme en 2001 et Soumission en 2015. Ces cas, ainsi que d’autres cités dans l’ouvrage, montrent comment la visibilité de l’Islam dans la vie sociale européenne marque une nouvelle phase dans le processus d’intégration des musulmans, contribuant à un changement significatif dans la sphère publique du continent.

 

Les opinions exprimées dans cet article n’engagent que la responsabilité les auteurs et ne reflètent pas nécessairement la position de la Fondation Internationale Oasis

Pour citer cet article

 

Référence papier:

Chiara Pellegrino, « Les controverses qui changent l’Europe », Oasis, année XIV, n. 28, décember 2018, pp. 130-131.

Référence électronique:

Chiara Pellegrino, « Les controverses qui changent l’Europe », Oasis [En ligne], mis en ligne le 27 mars 2019, URL: https://www.oasiscenter.eu/fr/islam-controverses-qui-changent-l-europe.

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