close_menu
close-popup
image-popup

Langues disponibles :
close-popup
Paypal
Carte de crédit

Privacy policy

S’abonner
Nos lectures

Si le djihad prend la place de Dieu

Une sociologie historique du phénomène djihadiste

Cet article a été publié dans Oasis 28. Lisez le sommaire

Dernière mise à jour: 25/03/2019 11:58:37

Jihad u akbar.jpg

Compte rendu de Felice Dassetto, Jihad u Akbar. Essai de sociologie historique du jihadisme terroriste dans le Sunnisme contemporain (1970-2018), Presses Universitaires de Louvain, Louvain-la-Neuve 2018

 

Le titre choisi par Felice Dassetto pour son dernier ouvrage, Jihad u Akbar, risque de faire froncer les sourcils aux experts de grammaire arabe – la transposition de la formule Allah u Akbar n’est pas en effet tout-à-fait correcte, la forme exacte serait al-Jihadu Akbar avec l’article – mais il est décidément suggestif. Car il porte l’idée qu’à la grandeur de Dieu, constamment évoquée par les musulmans, mais devenue le cri de guerre terrifiant des djihadistes, ces derniers aient substitué le culte de la violence – une manière, en dernière analyse, de se rendre hommage à eux-mêmes. Mais dans le même temps, affirmer que le djihad est grand signifie prendre en considération non seulement l’extension géographique et temporelle notable du phénomène, mais aussi la profondeur de sa signification et de ses racines. L’objet de ce travail est en effet d’expliquer, comme on le lit sur la couverture, les mécanismes qui, au cours des cinquante dernières années, ont permis au radicalisme djihadiste d’ « imposer son agenda et sa logique d’action violente ».

 

Le parcours que propose Dassetto part de l’histoire du concept de djihad, en tant que tradition consolidée depuis les premiers siècles de l’Islam, pour arriver à l’époque moderne et contemporaine. Déjà durant le processus de décolonisation, les mouvements nationalistes qui luttaient pour l’indépendance de leurs pays appelaient au djihad contre l’envahisseur européen. Mais c’est à partir des années 1970 que le djihadisme se constitue comme un sous-système du Sunnisme, – et c’est cela la thèse forte du livre – acquérant une autonomie de fonctionnement. Dans cette élaboration, à la fois idéologique et pratique, la guerre d’Afghanistan de 1979-1988 constitue un point névralgique. Le célèbre appel de ‘Abdallah ‘Azzam à converger vers le pays asiatique pour défendre les territoires de l’Islam marque en effet l’internationalisation du djihadisme, tandis qu’al-Qaïda, née dans ce contexte, devient une référence symbolique et un modèle.   

 

La pensée djihadiste se structure ainsi en une organisation hiérarchisée, devient un network global et se dote d’une éthique et d’une théologie eschatologique. Le 11 Septembre va engendrer une spirale de violence sans précédent : c’est la décennie du djihad qui se propage et de la stratégie du chaos, qui s’ouvre. C’est ce que Dassetto appelle la troisième génération de djihadistes : une génération qui s’est professionnalisée, qui adopte des stratégies différentes selon les territoires où elle opère, et qui, sur le plan idéologique, s’inspire de la matrice salafiste. La dernière grande phase du radicalisme djihadiste-terroriste a commencé en 2010-2011 (l’après-Printemps arabes), et ne s’est pas encore terminée. Avec l’organisation de l’État Islamique, le djihad se territorialise, remettant en question les frontières héritées du colonialisme, tandis que les « guerriers saints » sont de plus en plus globalisés et influencés par Internet.

 

Pour terminer, l’ouvrage esquisse plusieurs scénarios possibles, allant du moins probable, la défaite du djihadisme due à des forces externes, au plus vraisemblable, son prolongement dans le temps. Parmi les solutions possibles, Dassetto insiste sur la nécessité que le Sunnisme se soumette à une autocritique, en un processus qu’il appelle « autorégulation interne ». (p. 234)

 

Dans les remerciements, l’analyse sociologique se conjugue avec l’expérience vécue de l’auteur. Dassetto, révélant qu’il a dû combattre contre le cancer justement alors qu’il travaillait à la rédaction du livre, compare le radicalisme djihadiste-terroriste à cette terrible maladie, pour laquelle il n’existe pas encore de thérapie définitive et qui va requérir encore des années d’études et de recherches. De même, « un long chemin reste à parcourir pour comprendre l’humanité violente et en sortir » (p. 243).

 

Les opinions exprimées dans cet article n’engagent que la responsabilité les auteurs et ne reflètent pas nécessairement la position de la Fondation Internationale Oasis

Pour citer cet article

 

Référence papier:

Sofia Volpi, « Si le djihad prend la place de Dieu », Oasis, année XIV, n. 28, décember 2018, pp. 138-139.

 

Référence électronique:

Sofia Volpi, « Si le djihad prend la place de Dieu », Oasis [En ligne], mis en ligne le 27 mars 2019, URL: https://www.oasiscenter.eu/fr/sociologie-historique-du-djihadisme.

Abonnez-vous gratuitement à la newsletter d’Oasis

Pour obtenir des informations et des analyses, abonnez-vous à notre revue semestrielle