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Chrétiens dans le monde musulman

L’effort et le désir démocratique du Pakistan

Entretien avec Christine Amjadali, Directrice du Christian Study Center de Rawalpindi, Pakistan, réalisé par Chiara Pellegrino

 

 

En Occident nous parviennent de nombreuses informations mettant en évidence la situation difficile des chrétiens au Pakistan. Quelle est votre expérience ? Comment vivez-vous votre foi ? Vous sentez-vous menacée dans la vie quotidienne ?

 

 

Le Pakistan reconnaît la liberté de religion, celle de pratiquer la foi personnelle, de prier et aussi celle de propagande. Cela est écrit dans la Constitution. Il y a de nombreuses communautés chrétiennes et beaucoup de communauté hindoues. Et donc, à un certain niveau, il y a un grand degré de liberté. Les églises sont ouvertes, il n’y a pas de problèmes si on va à l’église ou si on pratique la vie chrétienne de différentes manières. Mais les chrétiens doivent faire face à des discriminations et parfois à des actes de violence.

 

La violence est liée en particulier à la loi contre le blasphème qui, en général, est utilisée de manière instrumentale contre des personnes qui ne sont pas les bienvenues. Une fois que la question du blasphème est soulevée, personne n’est à l’abri.

 

Pour ces raisons il y a de nombreuses difficultés dans ce domaine, mais nous pouvons dire qu’au Pakistan les chrétiens sont en sécurité comme tous les autres citoyens. Parce que le Pakistan n’est pas toujours un lieu sur, c’est un pays violent de différents points de vue. En ce qui concerne la sécurité, je peux dire que les chrétiens se trouvent dans la même situation que les autres citoyens, mais, en plus ils sont discriminés.

 

 

Comment vivent-ils le fait d’être en condition de minorité ? Par exemple : ils doivent fréquenter des écoles qui leur sont réservées, ils vivent dans des quartiers spéciaux, séparés des autres...

 

 

Souvent les chrétiens vivent ensemble dans de petites zones, une situation qui devient de plus en plus fréquente. Je pense que ce processus est dû à une certaine mise à l’écart de la société.

 

En ce qui concerne les écoles, les chrétiens sont libres d’aller dans les écoles de l’état. Ceux qui peuvent se le permettre, préfèrent envoyer leurs enfants dans les écoles chrétiennes, parce que les écoles de l’état sont plutôt de niveau inférieur. Mais, en fin de compte, la majorité fréquente les écoles de l’état. Les écoles chrétiennes sont ouvertes à tous, chrétiens et musulmans, mais elles sont gérées par l’Église.

 

 

Selon la loi pakistanaise, quel est le statut des chrétiens?

 

 

Ils sont reconnus comme citoyens, mais ils sont appelés “minorités” et, en tant que tels, ils supportent les mêmes restrictions qui pèsent sur toutes les minorités du pays. Par exemple : pour devenir Président ou Premier ministre il est nécessaire d’être musulman.

 

Officiellement la Shari’a fait partie de la Constitution mais ces dernières années les aspects de la Shari’a qui frappent davantage toutes les minorités (questions qui en général sont liées aux lois sur le témoin) n’ont plus été utilisés contre les minorités.

 

Le Gouvernement a assuré que les minorités et les femmes sont traitées selon ce qui est prévu par le code pénal pakistanais habituel, et non pas selon la Shari’a. Ainsi les chrétiens sont des citoyens comme les autres. Mais la discrimination augmente toujours davantage : il est difficile de trouver du travail, pour ne citer qu’un exemple parmi tant d’autres. Le sens de l’identité pakistanaise est devenu plus fort : un pakistanais doit être musulman et cela doit être écrit sur son curriculum vitae. Cela est un grave problème. Même si au niveau “officiel” il n’y a pas de discriminations, et de fait le Gouvernement essaye d’assurer que personne ne soit victime de discriminations, au niveau social elles sont présentes et lourdes, et souvent d’origine religieuse.

 

 

Quel est selon vous le futur des chrétiens au Pakistan ? Le combat du ministre assassiné Bhatti contre la loi sur le blasphème continuera-t-il ?

 

 

Jusqu’à maintenant personne ne parle de la loi sur le blasphème, c’est trop dangereux. Beaucoup de musulmans, de chrétiens et d’hindous essayent de changer les choses, mais personne n’ose toucher au thème du blasphème. Il y a, je crois, un mouvement croissant en faveur d’un changement au Pakistan. On espère un changement. Les chrétiens, comme faisant partie de la Communauté pour les Droits de l’homme, peuvent travailler avec la communauté pour favoriser un changement. Je pense qu’ils peuvent travailler aussi avec des musulmans plus ouverts et avec les communautés de musulmans dans cette direction.

 

Cependant, le problème le plus grand qui pèse sur la communauté chrétienne est qu’à cause des difficultés économiques et des discriminations, dès que des chrétiens instruits en ont la possibilité, ils quittent le pays. Et la communauté devient plus petite et est en train de perdre son leadership. Voilà le problème le plus sérieux. Ce qui affaiblit la communauté chrétienne pakistanaise est la perte d’un leadership bien organisé.

 

Du côté politique, je considère que la communauté chrétienne a une grande richesse à offrir au pays. Précisément parce qu’elle est un peu à l’écart, elle peut proposer une perspective différente à la société. Elle apporte aujourd’hui comme elle l’a toujours fait une valeur inestimable à la société pakistanaise. Je veux espérer qu’elle augmentera.

 

 

Ces derniers mois certains pays arabes ont été traversés par des changements. Croyez-vous que le vent de ce qu’on a surnommé le printemps arabe puisse atteindre aussi votre pays ?

 

 

Le vent du printemps arabe n’a pas effleuré le Pakistan. Il est très éloigné et n’a rien à voir avec nous. C’est mon impression. Mais la démocratie a toujours fait partie du Pakistan, même si nous avons combattu contre de nombreuses dictatures. Le Pakistan a toujours été un pays pluriel : pluriel au niveau des religions et pluriel pour les groupes ethniques et les langues. Le contexte est complètement différent du contexte arabe. Il y a un grand désir au Pakistan : que l’Islam parvienne à se définir de manière démocratique. Et ce désir pourrait être encore davantage alimenté par ce qui se produit avec le Printemps arabe. Mais à côté de cela, il faut prendre en considération la présence de groupes d’extrémistes violents et ce qui se produit en Afghanistan avec la talibanisation. C’est un problème sérieux. Qui sait ce qui se produira en fin de compte ?

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