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Chrétiens dans le monde musulman

L’île de Mindanao : entre danger et insécurité

La vague de violences sur l’île de Mindanao (sud des Philippines) n’est pas terminée. À la récente libération d’Eugenio Vanni, volontaire de la Croix-Rouge, enlevé il y a six mois par une bande armée présumée avoir des liens avec le groupe terroriste musulman d’Abû Sayyaf, s’est ajouté le déplorable attentat à la dynamite devant une église de Cotabato City (centre-ouest de Mindanao), qui a provoqué 5 morts et 45 blessés. L’attentat s’est produit dans une région contrôlée par l’armée philippine, mais encore sous l’influence du MILF (Moro Islamic Liberation Front).

 

En soi ces évènements n’ont pas de lien direct entre eux, mais ils nous font comprendre dans toute leur intensité dramatique combien le « business des enlèvements » et la « stratégie de la terreur » intensifient la violence et l’incertitude par rapport au difficile processus de paix en cours entre le MILF et le gouvernement philippin.

 

Dans le premier cas, on ne sait pas encore avec certitude si le groupe qui a enlevé Eugenio Vanni est réellement Abû Sayyaf (groupe terroriste lié à Al-Quaida), ou du moins s’il a des liens avec lui. En effet, dans la zone des îles de Jolo et de Basilan et dans l’ouest de Mindanao, sont à l’action différents groupes, plus ou moins d’inspiration islamique, qui opèrent de manière autonome, en faisant des enlèvements leur principale ressource économique. Les étrangers sont leur cible préférée, qu’ils soient volontaires, missionnaires, entrepreneurs, journalistes ou touristes. Cependant, même les philippins finissent aux mains des ravisseurs, surtout lorsqu’ils sont riches ou qu’ils occupent des fonctions publiques de haut niveau. De tels groupes agissent contre la dignité de la personne humaine et contre les règles internationales pour les raisons les plus disparates comme l’idéologie islamiste, le désir de l’accès à l’indépendance de l’île de Mindanao et sa séparation du reste des Philippines ou plus simplement pour faire face à la misère grandissante qui tenaille des zones frappées par la dépression et le sous-développement. Comme cela se produit toujours dans ces cas, il existe de nombreuses raisons qui conduisent de véritables bandes d’égarés à choisir les voies faciles de la violence et de l’injustice, en ayant l’illusion que de telles voies puissent réellement être rentables. En effet, de nombreux ravisseurs sont ensuite capturés lorsqu’ils ne sont pas tués lors d’échanges de tirs avec l’armée philippine ou des bandes rivales.

 

Dans le second cas, celui de l’attentat devant l’église, nous nous trouvons, à mon avis, face à une situation plus grave qui touche non seulement le problème de la sécurité à Mindanao, mais le procédé de paix lui-même et les relations entre chrétiens et musulmans, en utilisant la violence contre les chrétiens comme élément pour créer de l’incertitude et masquer des intérêts politiques évidents. De quel type d’intérêts s’agit-il ?

 

Comme mentionné plus haut, depuis quelques années un processus de paix est en cours entre le MILF et le gouvernement philippin ; ce processus a connu des hauts et des bas sans jamais parvenir à une solution définitive. Le MILF exige des garanties pour la reconnaissance du mouvement de la part du gouvernement comme étant un mouvement islamique de libération nationale et non comme groupe terroriste. De plus, il demande l’amnistie pour ses combattants et des conditions sociales et économiques meilleures pour les musulmans philippins et pour les familles des membres du MILF. Le gouvernement, de son côté, demande la fin de la guérilla, le démantèlement de l’arsenal militaire du MILF et l’intégration de ses combattants dans l’armée philippine. En se basant pour cela sur le fait que ne peut exister une armée non nationale au sein de la nation philippine. Tout comme ne peut exister une organisation, qu’elle soit ou non d’inspiration musulmane, qui ne reconnaît pas la souveraineté du gouvernement sur tout le territoire national. Pour le gouvernement, le problème en question est donc la démilitarisation du MILF et la préservation de l’unité nationale philippine.

 

Donc, le MILF doit devenir une force politique englobée dans le système politique national, en renonçant à son action militaire et à ses revendications séparatistes. Actuellement, une frange du MILF est favorable à l’abandon de l’action militaire antigouvernementale pour parvenir à un accord sur la possible autonomie administrative des zones sous leur contrôle. Par contre, une autre partie du MILF veut continuer la lutte armée à des fins séparatistes et pour arriver à l’institution d’une république islamique à Mindanao. En ce sens, je crois que l’attentat de Cotabato City doit être inséré dans le contexte plus ample du conflit politique et militaire au sein du MILF, où l’affrontement entre les deux factions ouvre la porte à tous les coups possibles. Attenter à la sécurité des citoyens, en ce cas chrétiens, a voulu signifier l’élévation des prétentions de négociation avec le gouvernement philippin, mais plus encore a mis en évidence la tentative de délégitimisation de la zone « modérée » à l’avantage de la « jusqu’au-boutiste » au sein du MILF. Le fait même que le MILF a confessé la paternité de l’attentat et a institué une commission d’enquête à son sujet, peut vouloir dire que la partie modérée veut récupérer sa légitimité, ou éviter que tout le MILF soit accusé d’être coupable du carnage et donc d’être un véritable groupe terroriste.

 

Au-delà de ces évaluations historiques et politiques, il est évident qu’aujourd’hui comme il y a quarante ans, le danger et l’insécurité règnent encore sur l’île de Mindanao, où les intérêts géopolitiques, colorés d’intégrisme religieux, conduisent les parties adverses à prendre davantage en considération leurs intérêts que ceux de toute la population philippine. En effet, les formations adverses veulent chacune garantir leurs privilèges en laissant le processus de paix dans une impasse depuis presque dix ans. Un tel processus ne représente pas un objectif inaccessible : il peut être atteint lorsque aux intérêts des particuliers ou des partis sera préféré le bien commun de la personne humaine, en plus de la sécurité et du bien national. Ce sont les principes grâce auxquels les chrétiens, musulmans, bouddhistes et les populations tribales, peuvent construire leur intégration sociale, politique et religieuse.

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