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Moyen-Orient et Afrique

L’orgueil tunisien, entre liberté d’expression et défense du sacré

Conversation avec Yadh Ben Achour, Juriste tunisien, spécialiste de Droit public et des théories politiques islamiques, actuel Président de la Haute Instance pour la Réalisation des Objectifs de la Révolution.

 

 

L’Assemblée constituante tunisienne est en train d’écrire la nouvelle Constitution. Quel est l’état actuel des travaux ? Quand est-ce que la nouvelle Charte sera approuvée ?

 

 

La Constituante travaille à la Constitution depuis le début de l’année 2012. Elle a six commissions constitutionnelles qui avancent inégalement dans le travail. La commission qui est chargée du Préambule a terminé et présenté un brouillon qui sera donc discuté dans l’Assemblée Plénière, après un passage par le Comité des Relations. Je pense qu’ils ne termineront pas avant octobre 2012, mais normalement la Constitution sera fin prête à la fin 2012, début 2013.

 

 

A propos du brouillon du nouveau Préambule de la Constitution : il ne contient aucune référence spécifique à la shari’a, mais évoque plutôt le primat de la loi civile (qânûn) et insiste sur les objectifs de la révolution. On sait que cela n’a pas été facile d’arriver à un accord sur le thème de la shari’a, notamment entre les islamistes…en général, comment ce brouillon a-t-il été accueilli ?

 

 

En effet il y a eu des réticences. Beaucoup d’islamistes ne sont pas d’accord sur ce point. Il y a encore quelqu'un qui demande l’application de la sharî‘a. Mais le Préambule a été très bien accueilli par les organisations non-gouvernementales, les partis de l’opposition, la société civile, les intellectuels, les artistes. Parce que si on avait inséré la référence à la sharî‘a dans la Constitution, on aurait eu beaucoup de conflits à l’intérieur. Donc c’est bien que le parti au pouvoir ait renoncé à cette disposition.

 

 

En juin dernier, un exposition artistique accusée de blasphème par les salafistes a été a l’origine de violentes manifestations dans tout le pays. Comment évaluez-vous la réaction du parti an-Nahda, parti majoritaire du gouvernement tunisien, aux évènements ?

 

 

Je pense que an-Nahda a très mal réagi, parce qu’il a mis sur un pied d’égalité les violences exercées par les salafistes et la valeur sacrée de la liberté artistique. On ne peut pas tout mettre sur le même plan. Le pouvoir et an-Nahda se sont mis plutôt du côté de la valeur sacrée, que du côté de la liberté de création et de la liberté d’expression. Il faudrait accentuer la liberté d’expression, de conscience etc., ce que par ailleurs a fait le Président de la République Marzouki dans un discours d’il y a quelques jours.

 

 

Par contre, lors d’une Conférence de presse transmise par Al-Jazeera, Rashid al-Gannouchi, le leader d’an-Nahda, a condamné l’action des salafistes. C’est peut-être la première fois qu’un représentant islamiste condamne d’une manière aussi résolue le recours à la violence et plus en général l’interprétation salafiste de l’Islam.

 

 

Effectivement il y a eu une condamnation de la part du chef du parti, de la part du Ministre de l’Intérieur, de la part du Président de la République. Maintenant je pense qu’il y a un consensus autour de la liberté d’expression et surtout de la liberté artistique. Ce qui est dangereux dans cette idée de respecter les choses sacrées, c’est le risque que cela devienne un alibi pour tuer la pensée, pour tuer la liberté de conscience. Donc il faut faire très attention sur ce point et il faut que la société civile défende la liberté de la création artistique et la liberté intellectuelle d’une manière générale.

 

 

A votre avis, de quelles manières les autres pays arabes, qui sont actuellement dans une phase de transition, peuvent-ils s’inspirer à l’expérience tunisienne ?

 

 

Nous n’avons pas le même degré de développement politique, culturel surtout. La Tunisie, comme la Turquie, bénéfice d’une expérience modernisatrice, qui n’a pas eu lieu dans les autres pays arabes, même en Egypte, qui, avant la Deuxième Guerre Mondiale, a connu le mouvement réformiste. Mais l’Egypte, pour des causes sociales, est revenu à des schémas de conviction, de pensée, de religion, qui sont en arrière. Je croix que la Tunisie restera un cas exceptionnel dans l’évolution du monde arabe.

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