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Chrétiens dans le monde musulman

La minorité qui ne se résigne pas à l'infériorité

Le regard de l'Orient /1. Au Pakistan les attaques, les agressions, les pressions pour se convertir à l'islam, les discriminations de tout genre, n'ont pas fléchi la conscience et la volonté des chrétiens, qui non seulement ont convaincu les autres communautés minoritaires à l'action, mais qui ont dans plusieurs cas entraîné les musulmans sur leurs positions.

La réaction au 11 septembre a amené à la formation d'une coalition pour mettre fin au régime taliban en Afghanistan et capturer Oussama Ben Laden et le Mullah Omar, considérés tous deux comme impliqués dans les attaques aux Etats-Unis. Tout de suite après le début de la guerre en Afghanistan une église catholique a été attaquée à Bahawalpur, et dix-huit fidèles ont été tués à coups de pistolet ou de grenades. Successivement, un hôpital à Taxila, une école missionnaire à Murree et une église dans un quartier diplomatique à Islamabad ont aussi été attaqués. Le fait que la coalition soit formée de « pays chrétiens » a été la justification aux rétorsions contre les chrétiens au Pakistan. C'est pourquoi le premier défi pour les chrétiens pakistanais a été d'affirmer leur propre identité comme Pakistanais. Comme l'a dit un évêque à une conférence de presse après les attaques : « Notre Président est Parvez Musharraf, pas George Bush ; notre Premier Ministre (d'alors) est Zafarullah Khan Jamali, pas Tony Blair ; notre drapeau est la demi-lune et l'étoile, pas les étoiles et les rayures ! »

 

Une deuxième difficulté qui s'est récemment accentuée est que des chrétiens célèbres au niveau national ont été pris pour cibles et ont subi des pressions pour qu'ils embrassent l'islamisme. Le fameux joueur de cricket Yusaf Yohanna s'est converti et maintenant il s'appelle « Muhammad Yousuf ». Les gens de Lahore qui le connaissaient pensent que sa conversion dépend de trois raisons exprimées dans un proverbe persan :

 

« zar, zan, zamin » qui signifie « argent, femme et terre ». Ils soutiennent que le célèbre joueur a une relation d'affaire (zar) avec la personne qui l'a converti, que l'affaire concerne une propriété (zamin) et qu'il est impliqué sentimentalement avec la sœur de ce dernier (zan). Comme conséquence logique on intime à des chrétiens qui travaillent dans différents domaines avec des musulmans de « se convertir comme Yousuf Youhana ». Le dernier qui ait été pris pour cible a été le fameux chanteur chrétien A.K. Nayyar, brutalement frappé et encore menacé téléphoniquement pour qu'il se convertisse. On a dit à beaucoup d'infirmières chrétiennes : « Vous êtes une si brave (ou si belle) personne que vous devriez devenir musulmane ». Ce n'est évidemment pas la politique officielle du gouvernement, mais le travail d'intégristes inspirés et entraînés par les Tablighi Jamaat (les organisations de prosélytisme musulman). Quelques étudiants chrétiens en médecine et des infirmières se sont récemment convertis à l'islam à Peshawar. Mais le prosélytisme ne se limite pas seulement aux chrétiens célèbres ou qui ont un degré élevé d'éducation. Même dans les quartiers pauvres des villes, dans des familles où le père et la mère travaillent et les enfants ne vont pas à l'école, les prédicateurs vont dans les maisons en sonnant le naat (les louanges du Prophète) qu'ils offrent quelquefois en cadeau aux enfants. Le problème bien connu causé par l'abus des lois contre le blasphème s'est intensifié après le 11 septembre. Les fondamentalistes poursuivent avec vigueur toute accusation (même fausse) et sont prêts à exécuter la peine de mort même avant que la police n'arrête l'accusé et que la cour ne prenne sa décision. Même après l'absolution de la part de la cour, l'accusé reste encore en danger de mort. Les vignettes danoises ont déclenché de violentes protestations, avec des pertes de vies humaines et des dommages aux propriétés. Des écoles chrétiennes et des églises ont même été attaquées à Sukkur, démontrant comment les sentiments anti-occidentaux deviennent des sentiments anti-chrétiens.Comment la communauté affronte-t-elle ces défis ? En premier lieu, les évêques et les membres du Parlement ont pris contact avec le Premier Ministre. Le résultat a été la décision du gouvernement de payer ou de réparer les institutions endommagées (écoles, églises, maisons). Un autre résultat a été la formation de comités pour la paix à tous les niveaux, dont les membres devraient être des fonctionnaires d'Etat, des représentants des minorités et des guides religieux musulmans qui devraient se rencontrer régulièrement pour prévenir les attaques contre les minorités. Au Ministre d'Etat pour les minorités récemment élu, on a demandé, tout de suite après son installation, d'instituer ces comités pour la paix et de les faire fonctionner. On a noté que si les chrétiens pauvres sont vulnérables, ceux qui ont une formation académique ou professionnelle élevée s'en sortent généralement mieux. Mais si les protestants ont cinq collèges au Nord, et les catholiques seulement deux dans le sud du pays, les catholiques de rite latin possèdent seulement des écoles primaires, secondaires et supérieures, ce qui ne suffit pas à les rendre capables de se tenir debout sur leurs propres jambes et d'affronter les défis. En septembre 2006 s'ouvrira le premier institut universitaire catholique romain à Rawalpindi, près de la capitale Islamabad. Les étudiants de toutes les communautés pourront y étudier ensemble et apprendre le respect et la tolérance, travailler pour la paix et l'harmonie, le bien-être et le progrès de tous les citoyens du pays, dans un climat de respect mutuel, en apprenant à apprécier des personnes de foi différente.

 

Après avoir examiné ces défis et leurs réponses une question se pose: que réserve l'avenir ? Le plus grand défi est la nécessité d'une formation complète et solide à la foi en Dieu. Même si le clergé catholique vit loin du peuple et qu'il est entretenu par l'église, les formateurs laïcs vivent et travaillent (ils s'entretiennent tout seuls) aussi bien dans les zones urbaines que rurales. C'est pourquoi ils sont beaucoup plus nombreux et disponibles pour une formation à la foi en tout lieu. Nous avons besoin d'une « Ecole biblique » pour former nos laïcs qui, après une année de cours peuvent rentrer chez eux et renforcer la foi de ceux qui habitent dans leur zone. Lors de l'Assemblée plénière de la FABC (Federation of Asia Bishops' Conferences) à Tokyo sur le thème « Laïcat », l'Archevêque honoraire de Kuala Lumpur Soter Fernandez a dit : « J'ai envoyé pendant un an quelques laïcs à l'école catholique de formation biblique charismatique, et quand ils sont revenus ils prêchaient mieux que certains prêtres ! ».

 

Fragiles en nombre (2% de chrétiens et 2% d'hindous pour cent cinquante millions de musulmans), les minorités ont compris qu'elles doivent rester unies et travailler avec la communauté qui a la majorité. Le 21 avril 2006 les minorités (chrétiens, hindous, parsis et sikhs) se sont réunies et ont formé l'Alliance de toutes les minorités pakistanaises. Leur Charte de requêtes donne une bonne idée des défis face auxquels nous nous trouvons. Les voici :

 

1. Le concept de religion et minorité tel qu'il est exprimé dans la Constitution du Pakistan, y compris les articles 2-A, 31, 227 et 228, devrait être annulé, et les décisions politiques au nom de la religion devraient par conséquent être interdites.

 

2. Le gouvernement du Pakistan devrait garantir une représentation juste et adéquate des minorités religieuses à l'Assemblée Nationale et dans les Assemblées provinciales du pays, sur la base de la croissance démographique et de l'augmentation proportionnelle du total des sièges.

 

3. La représentation des minorités religieuses au Sénat du Pakistan a été totalement niée au moyen du système des sièges réservés. Il s'agit là d'une duperie du système qui reconnaît dans les Assemblées provinciales et nationales la représentation des minorités religieuses, mais qui nie le même droit à la chambre supérieure du Parlement. C'est pourquoi on demande l'amendement nécessaire de la Constitution pour avoir une juste représentation des minorités religieuses au Sénat du Pakistan, sur la base de l'égalité face à la Constitution.

 

4. La Cour fédérale de la Shari'a, qui fonctionne comme un organe supra-constitutionnel devrait cesser de fonctionner vu que ses sentences ajoutent d'ultérieures discriminations à celles qui sont déjà largement institutionnalisées contre les minorités religieuses au Pakistan. Elle rend ainsi nul le concept de Parlement comme Organe suprême du pays.

 

5. La norme de l'alinéa 295-B et C du code pénal pakistanais doit être abrogée immédiatement puisque des citoyens innocents appartenant à des minorités religieuses vivent dans une éternelle frayeur.

 

6. Les peines hudùd (peines établies par le Coran, comme la coupure de la main pour le voleur, N.d.T.) et d'autres lois discriminatoires doivent être abrogées immédiatement. Depuis que les lois hudùd ont été promulguées, cette requête a aussi été avancée par les organisations féministes et pour les droits humains.

 

7. Au moyen de mesures politiques publiques le gouvernement doit faire participer les minorités religieuses aux services publics tels que l'armée, la police, les services secrets et la magistrature, les affaires étrangères, etc

 

8. La législation doit réussir à déraciner la pratique de la discrimination en vigueur au Pakistan contre les citoyens appartenant à des minorités religieuses.

 

9. Les lois du statut personnel doivent être attentivement révisées pour les minorités religieuses et il faut opérer des modifications pour chaque minorité religieuse. Cela doit être ensuite reconnu par la loi et appliqué à chaque communauté.

 

 

Il existe un texte que les fondamentalistes utilisent pour justifier leurs actes de violence. Il revient six fois dans le Coran. On peut lire : « Toi qui as embrassé la foi ! Ne fais pas des juifs et des chrétiens tes alliés ; ils se sont alliés les uns aux autres, et quiconque s'allie à eux devient en vérité un d'entre eux. Voilà, Dieu ne guide pas de tels malfaiteurs ». Le texte apparaît encore cinq fois dans le Coran dans ces termes. Mais le contexte des cinq premiers textes montre que le ressentiment ou l'avertissement n'est pas contre les religions en tant que telles, mais contre diverses formes d'oppression pratiquées par certains chrétiens et juifs. La sixième fois revient en dehors de tout contexte, mais l'usage qui en est fait dans le cours de l'histoire et les commentaires montrent qu'il n'était pas utilisé contre les chrétiens et les juifs, mais seulement contre des oppresseurs.

 

Cette interprétation non-fondamentaliste du texte provient du champ d'action conjointe des Sud-africains (chrétiens et musulmans) durant l'apartheid. L'expérience de travailler côte à côte a fait naître une estime des musulmans envers les chrétiens et vice-versa. Le paradigme exclusiviste a changé en un paradigme pluraliste, où chrétiens et musulmans se considèrent en collaboration dans le but commun de la libération. C'est ainsi qu'est née une nouvelle herméneutique pour interpréter le texte, non pas comme refus de l'autre (religions non-islamiques), mais comme un appel de Dieu (dans les deux Livres sacrés) à refuser l'injustice et à travailler pour la paix et l'harmonie. Il y a quelques expériences semblables au Pakistan. L'une d'elle a été l'action unitaire de chrétiens (et d'autres minorités) et de musulmans pour prévenir une interprétation fondamentaliste de la Shari'a et éviter qu'elle ne se transforme en loi.

 

La proposition de la Shari'a avait déjà passé à l'Assemblée Nationale (c'est-à-dire la chambre inférieure du Parlement). Au début les musulmans pensaient que c'était une bonne chose puisqu'il s'agissait de la Shari'a. Avec la pression que les minorités firent sur les sénateurs, ces derniers comprirent que la proposition aurait élevé le Premier Ministre au-dessus du Président, au-dessus du Chef d'Etat majeur et du Président de la Cour suprême, en un mot que le projet de loi aurait bouleversé toute la Constitution, même s'il avait été présenté comme un simple amendement. Alors les sénateurs musulmans ont réagi et ont refusé le projet de loi au Sénat (la chambre supérieure du Parlement). Le résultat a été que la proposition de la Shari'a n'est pas devenue loi.

 

Un autre exemple d'action commune entre chrétiens et musulmans a été celui de la modification du système électoral. Une fois les élections se déroulaient selon un système appelé « apartheid religieux » : les chrétiens pouvaient voter seulement pour les chrétiens, les musulmans pour les musulmans, les hindous pour les hindous et ainsi de suite. Restant en marge, les minorités ne pouvaient élire que des membres de leurs communautés qui n'avaient pas de pouvoir politique ou économique. En outre à la chambre des députés sur plus de 150 membres, les quatre hindous et les quatre chrétiens étaient les seuls à ne pas avoir la possibilité de faire des propositions qui résolvent leurs problèmes. C'était un cas de « 0+0+0+0=0 ». Les minorités étaient mises hors du cours de la vie nationale. Certains musulmans qui avaient compris l'injustice se sont battus avec les minorités et à la fin le système électoral séparé a été remplacé par un système électoral uni. A partir de ce moment-là les minorités qui n'avaient pas de « valeur » pour les musulmans, (en ce qu'ils ne pouvaient pas tirer bénéfice de leur vote) sont devenues tout à coup importantes et par la suite très recherchées par les musulmans qui ont le pouvoir politique et économique et qui peuvent aider les membres des minorités religieuses en les introduisant dans le débat de la vie nationale.

 

Un troisième exemple d'action conjointe a été celui de la dénationalisation des collèges. Les écoles avaient déjà été dénationalisées, sauf deux collèges catholiques dans le Sindh et quatre collèges protestants au Panjab. Grâce aux efforts persévérants soit des chrétiens soit des musulmans, le collège féminin de Lahore a obtenu un conseil d'administration autonome et une école chrétienne de garçons a été dénationalisée. Il faut noter que le Président Musharaf et le Premier Ministre Aziz ont fait leurs études dans des écoles catholiques de Karachi et dans des collèges protestants du Panjab.

 

Le quatrième et dernier exemple d'action conjointe entre chrétiens et musulmans concerne le travail d'aide et de réhabilitation accompli par des chrétiens de l'endroit et des étrangers. Les gens du Cachemire n'avaient pas une bonne impression des chrétiens avant le tremblement de terre. Ces derniers n'avaient pas de cimetières pour ensevelir leurs morts, pas de place pour construire une église ou une école, pas de terre pour construire des maisons. Mais après avoir vu l'immense travail accompli par des chrétiens de l'endroit et par des étrangers pour offrir des soins médicaux, des refuges, des hôpitaux de campagne, des écoles provisoires, des cuisines, les chrétiens sont appréciés maintenant et on leur a donné le terrain pour le cimetière, l'église, les écoles et les maisons.

 

Quand des personnes de religions différentes se trouvent les unes en face des au-tres devant la peur, l'hostilité et la haine, cela peut amener à la violence et au terrorisme. Mais quand les religions se trouvent ensemble face à l'ennemi commun de l'injustice et de l'oppression, de la pauvreté et de la maladie et qu'ils travaillent ensemble pour l'éducation (au moins pour l'alphabétisation) en réduisant les dépenses pour la défense et les armes nucléaires, en combattant la dégradation écologique et la surchauffe du globe, alors le pouvoir indiscutable et la passion qui proviennent de la foi sont orientés dans la bonne direction et la religion peut s'épanouir en harmonie et dans un respect mutuel. C'est la route qu'il faut parcourir, maintenant et à l'avenir.

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