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Chrétiens dans le monde musulman

La présence publique des chrétiens et leur vocation

Ce qui reste de la visite du Pape au Liban : un premier bilan.

Le dimanche 16 septembre, Beyrouth s’est réveillé envahie par les chants des pèlerins. Des centaines de milliers de personnes sont venues des quatre coins du pays, mais aussi de la Syrie voisine, de la Jordanie et de l’Irak pour participer à la messe avec Benoît XVI. La scène était impressionnante : les rues totalement vidées des voitures (un fait presque incroyable pour la capitale libanaise habituée aux embouteillages), des chorales et des drapeaux du Vatican et du Liban qui flottent au cœur du Central District, la capitale financière du pays, reconstruite complètement après les dévastations de la guerre. Et, pour terminer, un énorme autel en forme de cèdre, élevé à deux pas du célèbre front de mer.

 

 

Cette visibilité des chrétiens est ce qui fait du Liban une exception dans la région. En chiffres absolus, les chrétiens sont plus nombreux en Égypte et en Syrie, mais c’est uniquement ici que leur présence publique peut se déployer dans toutes ses dimensions. C’est là le cœur du pacte national, renouvelé par les accords de Taëf après la fin de la guerre civile : c’est-à-dire que les chrétiens et les musulmans agissent dans la vie politique en condition de parité. Un signe tangible de cet accord est la liberté religieuse qu’un libanais, Charles Malik, voulut inscrire dans la Déclaration des Droits de l’homme de 1948 dans une formulation univoque qui comprenne la possibilité de changer de religion.

 

 

Évidemment le système connaît des hauts et des bas et chaque communauté est toujours tentée de mesurer ses propres forces par rapport aux autres : c’est pour cela qu’il n’y a aucun recensement récent de la population. Le risque que la Messe sur le front de mer devienne aussi l’occasion d’un décompte était bien présent. Mais cela ne s’est pas produit. Les pèlerins ont pris au pied de la lettre le slogan de la visite : « Je vous laisse ma paix ». De leurs gestes et aussi des commentaires de ces trois journées très intenses, il a émergé clairement que c’est là le désir de la grande majorité des libanais, chrétiens et musulmans. « Le Pape unit le Liban et le confie aux jeunes » tel est le titre aujourd’hui du quotidien an-Nahar, tandis que son rival as-Safir parle du fondamentalisme « qui menace tout le monde ».

 

 

Dans ce sens – explique Antoine Messarra, membre du Conseil constitutionnel libanais et depuis toujours engagé dans le dialogue islamo-chrétien – la visite du Pape a été providentielle parce qu’elle a contribué à briser le cercle vicieux « des religions qui font peur et des religions effrayées ». Une vision audacieuse que celle d’Antoine Messarra, étant donné qu’à Tripoli, à une heure de voiture de Beyrouth, les affrontements à cause du film sur Muhammad ont provoqué un mort et une dizaine de blessés ; mais au moins il s’agit d’une vision qui remet en mouvement, en libérant des énergies bloquées. « Profitons de ce moment d’harmonie nationale » lui fait écho Georges Corm, historien et ex-ministre des finances : « dans un moment si sombre ce n’est pas rien ».

 

 

La lettre que le mufti de la républicaine Qabbani, la plus haute autorité sunnite, a remise au Pape va aussi au-delà du simple geste de courtoisie : « Musulmans et chrétiens – telle est le message de la lettre – ont les mêmes droits et devoirs ». Et les représentants chiites ont également adressé un accueil chaleureux au Pape.

 

 

Un succès politique sur toute la ligne, donc ? Oui, mais les lectures du dimanche qui ont inspiré l’homélie du Pape ont rappelé aux fidèles présents qu’on ne peut pas se limiter à cela. Pierre reconnaît en Jésus le Messie, mais il n’accepte pas la croix. « En annonçant à ses disciples qu’il devra souffrir, être mis à mort avant de ressusciter, Jésus veut leur faire comprendre qui il est en vérité. Un Messie souffrant, un Messie serviteur, et non un libérateur politique tout-puissant ». Ainsi – a ajouté le Pape – « La vocation de l’Église et du chrétien est de servir, comme le Seigneur lui-même l’a fait, gratuitement et pour tous, sans distinction. Ainsi, servir la justice et la paix, dans un monde où la violence ne cesse d’étendre son cortège de mort et de destruction, est une urgence ».

 

 

Et durant la prière de l’Angelus Benoît XVI est revenu sur la Syrie, en insistant avec des paroles fortes sur le respect de la dignité humaine. « Qui veut construire la paix doit cesser de voir dans l’autre un mal à éliminer ».

 

 

Puis la foule s’est dispersée en passant à proximité de la mosquée de Hariri précisément alors que résonnait l’appel à la prière de midi. En montant dans les minibus qui les reconduisaient chez eux, les libanais ont pris le temps de faire les dernières photos, après trois jours d’une visite que tous définissent déjà comme “historique”. Ils ont beaucoup de matière à réflexion. Et nous aussi avec eux.

 

 

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