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Chrétiens dans le monde musulman

La question de toujours, une nouvelle méthode

Cinq ans ont passé depuis le 11 septembre 2001, le jour des Tours jumelles, le jour où tout le monde, même les gens les plus dépourvus, les plus superficiels, les plus distraits, ont sursauté, ouvrant tout grands les yeux, le cœur en tumulte. Qu'est-ce qui se passe ? Dans quel monde vivons-nous ? Personne n'a pu éviter ces questions et personne, aujourd'hui encore, ne peut les éviter. Le 11 septembre n'a pas été une explosion isolée : une histoire l'a précédé, et c'est une très longue histoire. Mais peut-être n'avions-nous pas les yeux ou l'énergie ou l'envie de la regarder. De toute façon il s'est passé ce jour-là quelque chose qui a eu la force d'un commencement, tant son caractère spectaculaire a été effrayant. Ce sont là les pensées et les questions qui viennent à l'esprit quand nous repensons à il y a cinq ans.

 

Personne n'est en mesure d'établir un « bilan », même si beaucoup de monde propose des conclusions ; personne n'est en mesure de donner des interprétations exhaustives, même si beaucoup de monde exprime des déductions et des explications attribuant des motivations et des raisons occultes à cet événement.

 

Notre contribution à la réflexion part de prémisses différentes : la mise sur le terrain d'un sujet qui s'interroge et qui réagit au contrecoup d'un événement extraordinaire. Les chrétiens et le 11 septembre, voilà le titre, le thème de ce quatrième numéro de Oasis. C'est-à-dire : face à la circonstance, même lorsque celle-ci a une face terrible et bouleversante, nous nous demandons ce que Dieu attend de nous, les chrétiens, à travers cette circonstance. Je crois que l'événement du 11 septembre met avant tout en évidence la question du mal dans le monde. C'est une question qui a depuis toujours occupé l'esprit de l'homme de manière aiguë. Avec Leibniz et la Teodicea, l'Occident l'a même transformée en une objection : « Si Dieu existe, pourquoi y a-t-il le mal dans le monde ? ». Et comme dans le jeu de cache-cache, on tente différentes réponses en cherchant les responsabilités du mal. On pense que peut-être Dieu n'est pas responsable du mal, mais que toutefois il ne l'empêche pas et alors, au minimum, qu'il se taise là-haut au plus haut des cieux. Ou bien il n'est pas responsable parce que, tout simplement, il n'existe pas, et que la malédiction de l'homme ne peut en aucune façon être rachetable ; rien n'a un sens.

 

Mais pour se confronter de façon authentique avec la question du mal il faut avant tout remonter à l'expérience originelle de l'homme. C'est de là que nous trouverons peut-être la trace d'une réponse. « Comment suis-je devant le mal ? Suis-je capable d'éliminer le mal ? ». Si l'homme est sincère au moment où il est placé devant son pro-

 

pre mal et celui des autres, son premier acte est de reconnaître qu'il a besoin de salut, d'un salut qu'il ne peut pas se procurer lui-même. C'est ici que l'annonce du Christ devient évidente de façon éclatante : la possibilité de la rédemption du mal et donc du salut dont l'homme sent le caractère indispensable est dans Un qui n'a pas fait de discours sur le mal, mais qui s'est proposé lui-même comme libération du mal, tout en n'ayant pas péché il s'est fait traiter de pécheur, et, innocent, il s'est laissé crucifier en notre faveur. Le salut n'est pas seulement l'explication de l'énigme constitutive de l'homme (« Quel être étrange est un être qui n'a pas en soi le fondement de son être ? Qu'il n'y avait pas auparavant, qu'il y a maintenant, et puis qu'il n'y aura pas ? »), mais c'est aussi l'offrande concrète de Jésus lui-même comme voie eucharistique à la vie et à la vérité. La réponse à la question de la Teodicea n'est donc pas une théorie sur le mal, mais c'est la personne de Jésus crucifié et ressuscité.

 

Or cette clé de salut est confiée à la liberté de chaque homme. Balthasar dit : « En Jésus-Christ Dieu résout l'énigme de l'homme, mais il n'en pré-décide pas le drame ». Le sens est que chacun de nous est toujours en action et qu'il doit ratifier avec son oui au Christ la route de sa conversion, de son changement, de la victoire sur le mal dans la foi. A celui qui L'écoute Jésus dit : « Tu as besoin de changer, tu dois changer et tu dois toujours changer ». C'est le « convertissez-vous » qui recueille tout le grand rappel de la Torah, des prophètes, de la Sagesse, concentré d'une certaine façon dans l'appel de saint Jean-Baptiste. « Je vous supplie, laissez-vous réconcilier avec Dieu », dit saint Paul. C'est pourquoi le 11 septembre pousse à une grande méditation sur l'énigme de l'homme, sur l'énigme du mal, sur la possibilité de salut de cette énigme, sur la possibilité et la responsabilité que chaque homme en particulier a dans la construction d'une « vie bonne » personnelle et sociale.

 

Tout cela doit pousser aujourd'hui les chrétiens à deux attitudes. Avant tout la profondeur de la question. « Sommes-nous dans cette position confessante ? Dans notre style de vie quotidienne et communautaire, l'attitude de la confession, c'est-à-dire de celui qui se reconnaît pécheur et qui invoque la miséricorde du crucifié est-elle normale ? ». Nous pouvons au contraire constater que nous nous engageons rarement, nous sentons rarement l'urgence de la question concernant notre fidélité au message chrétien. Je pense par exemple qu'il est nécessaire de réfléchir sur la raison pour laquelle en Orient une confusion aussi totale entre christianisme et civilisation occidentale ait été rendue possible. Cette confusion permet à beaucoup de frères islamiques de dénoncer en même temps le christianisme et l'Occident comme s'ils étaient la même chose, unis dans la même décadence ; nous ne pouvons pas nous limiter à la liquider comme une critique simpliste. Je ne crois pas que les chrétiens doivent jeter un voile de négativité sur toute l'expérience moderne qui marque si fortement l'Occident, mais il est certainement important de recueillir la critique « orientale » et d'assumer des questions courageuses sur la prétention de réduire la religion à un fait privé, la prétention intellectualiste et abstraite des « démocraties à exporter », la prétention d'une liberté de conscience irrépressible qui coïncide toutefois avec « il est interdit d'interdire ». En somme la formule conciliaire est de grande actualité : par sa nature le christianisme engendre des cultures, mais il ne se lie à aucune culture. En second lieu l'énergie de la connaissance. Connaître l'islam, connaître les islams. C'est ici que revient la question de l'engagement. Je veux rappeler à ce propos la route parcourue avec Oasis. Nous avons fait une proposition aux chrétiens d'Occident : connaître l'islam, parler avec l'islam, à travers nos frères chrétiens d'Orient, à travers leur expérience millénaire, à travers leur réalité et aussi leur inquiétude de minorités. A travers un sujet constitué, concret, présent.

 

Un choix qui est en train de provoquer deux très belles conséquences : il contraint nous les Occidentaux à nous « désintellectualiser » et il pousse nos frères orientaux à assumer ce devoir à l'intérieur de l'Eglise universelle. Dans ce contexte nous voulons affronter les questions de caractère plus général, c'est-à-dire social, économique et politique que ce moment historique fait surgir. Nous pouvons aujourd'hui nous demander si le grand appel de Jean-Paul II contre la guerre en Irak n'était pas une voix prophétique à écouter. Pouvons-nous réduire le problème de la sécurité en Occident uniquement aux facteurs techniques et de limitation ? Comment l'Europe peut-elle dialoguer avec les Etats-Unis ? Est-il juste de penser qu'on doive répondre aux hommes-bombes par des représailles ? Dans quel sens peut-on prévenir une menace ? Jusqu'où arrive l'usage de la force ? Les Occidentaux croient avoir une explication à tout, reflet de la grande mind européenne qui a synthétisé Alexandrie, Jérusalem et Rome. Mais, comme elle a perdu la subjectivité qu'elle avait derrière elle, la grande culture est devenue un grand meccano : des pièces à monter et à démonter en un jeu toujours plus abstrait et raréfié.

 

Nous fournissons toujours de nouvelles théories et nous perdons de vue la réalité. Et si on fait abstraction des sujet réels, même l'approche purement scientifique, d'étude, est destinée à être partielle. De notre richesse jaillit la présomption qui devient facilement complexe de supériorité car à l'intérieur de notre système mental nous pouvons articuler des théories plus complètes face auxquelles, mesurés seulement sur le terrain du langage, les développements qui viennent de l'Orient peuvent apparaître trop primitifs. Mais d'autre part nous voyons dans l'Orient une force, une conviction dans la religio, dans le rapport explicite avec Dieu, dont au fond nous avons la nostalgie, puisque nous risquons désormais de rester sans pères, les enfants de personne.

 

En ce moment historique, si sombre et dramatique qui a commencé avec le 11 septembre, une voie positive est possible. En Orient et en Occident elle passe par les communautés des chrétiens, par le courage avec lequel elles s'engageront, par la façon dont elles se démontreront « communautés confessantes » en sachant accueillir et répondre à la demande de salut qui bat dans le cœur de chaque homme.

 

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