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La renaissance de l’Islam commence dans les universités

L'université islamique de Riyadh [Edward Musiak - Flickr]

Les causes de la décadence du monde islamique sont avant tout intellectuelles. Il est donc nécessaire de repenser toute la tradition des connaissances humaines

Cet article a été publié dans Oasis 29. Lisez le sommaire

Dernière mise à jour: 16/07/2020 10:56:17

Selon l’intellectuel américano-palestinien Ismaïl al-Faruqi, les causes de la décadence du monde islamique sont avant tout d’ordre intellectuel. Pour sortir de leur état de crise, les musulmans doivent repenser toute la tradition de la connaissance humaine d’un point de vue islamique, afin de se libérer de l’influence occidentale et mettre les différentes sciences au service de l’Islam.

 

L’une des tâches les plus ardues à laquelle est confrontée la oumma au XVe siècle de l’ère islamique [XXIe siècle de l’ère chrétienne, NdlR] pour surmonter sa crise intellectuelle et de la connaissance est de résoudre la question de l’éducation. On ne peut pas, en effet, espérer une véritable renaissance de la oumma tant que les erreurs de son système éducatif ne seront pas corrigées. En revanche, c’est une réforme complète de l’éducation qui s’impose. Le dualisme actuel de l’éducation islamique subdivisée en un système islamique et un système séculaire, doit être aboli une fois pour toutes. L’éducation doit être unifiée, elle doit découler de la pensée islamique et agir en totale conformité avec le programme idéologique de l’Islam. Le système éducatif du monde islamique ne peut plus continuer à imiter le système occidental, et il ne peut non plus errer tout seul à la recherche d’une solution. En outre, il ne peut se cantonner à satisfaire les besoins et les désirs matériels des étudiants en les aidant à exercer une profession dans un domaine spécifique ou en les aidant à remporter un succès personnel et matériel. À l’opposé, on doit donner au système éducatif une mission qui ne peut qu’être la promotion de la vision islamique et la volonté de la mettre en œuvre à une plus grande échelle. De prime abord, une telle tâche peut paraître trop exigeante et dispendieuse si l’on considère les ressources qui sont, à l’heure actuelle, allouées à l’éducation. Néanmoins la oumma islamique dans son ensemble dépense pour l’éducation un pourcentage du « produit intérieur brut » et de son budget annuel qui est remarquablement inférieur à celui de la plupart des autres pays, conscients de l’utilité de l’éducation et de son financement. Même dans les pays islamiques les plus riches où le budget affecté à l’éducation est substantiel, les fonds sont majoritairement alloués aux établissements et à l’administration plutôt qu’à la recherche ou aux activités éducatives pertinentes. La oumma islamique doit allouer davantage de ressources à l’éducation et doit s’en soucier plus qu’elle ne le fait à present, tant d’un point de vue qualitatif que quantitatif afin d’attirer les esprits les plus brillants, les aider à réaliser ce qu’ils sont appelés à transmettre et à leur permettre d’atteindre la place éminente que Dieu leur a donnée en tant que « hommes de connaissance » et « chercheurs du savoir ».

 

L’intégration des deux systèmes d’éducation

 

Afin de créer un système éducatif unifié qui soit entièrement gouverné par la doctrine islamique et animé, à tous ses égards, par un esprit islamique, il faut intégrer l’éducation « religieuse » avec celle des écoles et des universités publiques. On doit garantir à ce système les avantages de ces deux types d’éducation, c’est-à-dire les ressources financières affectées par l’État et l’adhésion à la vision islamique. L’intégration des deux systèmes doit à la fois constituer une occasion pour éliminer leurs imperfections comme, par exemple, l’inadéquation des programmes d’études obsolètes et le manque d’expérience de nombreux enseignants dans le système religieux, et l’imitation aveugle des idées et des styles occidentaux laïques dans le cadre du système public.

 

On ne pourra récolter les bénéfices du nouveau système que si les différents gouvernements concernés se mettent d’accord sur son financement, à moins qu’il n’achève sa complète autonomie par la création d’un waqf (fondation pieuse, NdlR) capable de le soutenir partiellement ou entièrement. Le waqf c’est exactement ce que la charia islamique a établi et garanti pour le bien et la prospérité de la oumma. Ce sont les waqfs eux-mêmes qui, par le passé, ont permis à chaque madrasa de bénéficier de son autonomie et à ses professeurs et étudiants de se mettre en quête du savoir pour l’amour de Dieu. Voilà la condition nécessaire ayant permis à chaque tentative réussie d’atteindre la vérité et l’excellence. C’est encore grâce aux waqfs que les écoles ont pu avoir – pour la première fois dans l’histoire – une personnalité juridique. La madrasa basée sur le système du waqf est le modèle duquel s’est inspiré l’Occident et qu’il a imité à l’époque de la création des premières universités occidentales il y a huit siècles.

 

Toutefois, étant donné que les domaines de la connaissance se sont élargis et que le nombre d’étudiants a grandement augmenté, les frais d’éducation sont de nos jours devenus faramineux et les fonds du waqf ne suffisent pas à les couvrir entièrement. Pour cette raison il pourrait s’avérer nécessaire qu’une partie des frais soit couverte par des fonds publics. En tous cas, l’État doit développer la sagesse et les compétences nécessaires pour négocier avec les éducateurs les fonds qu’on devrait leur allouer et leur permettre de les gérer au mieux. Si les universités en Occident sont capables de s’organiser de cette manière, il est prétentieux de dire que les musulmans qui agissent conformément au Coran sont incapables de faire de même. La oumma n’aura plus ni existence, ni avenir, si elle n’honore pas ses fils et ses filles qui étudient et ne s’engage pas constamment à leur transmettre l’héritage culturel et spirituel de leurs pères, leur permettant ainsi de l’enrichir et de l’approfondir. Si l’État ne croit pas que les éducateurs puissent accomplir leur devoir sans qu’il y ait un contrôle sévère des établissements d’enseignement, il met en place une forme de tyrannie. Les autorités politiques imposant aux éducateurs les méthodes à utiliser et les disciplines à enseigner ainsi que les modes de gestions à appliquer à leurs établissements démontrent une autre pratique obsolète.

 

Inculquer une vision islamique

 

Il est souhaitable que l’union des deux systèmes ne se limite pas à apporter le soutien nécessaire au système éducatif islamique et assurer l’indépendence du système éducatif public, mais qu’elle introduise également le savoir religieux au sein du système public et le savoir moderne dans le système éducatif islamique. Quant aux écoles primaires et secondaires, il est dénué de bon sens et criminel de confier l’éducation des jeunes musulmans aux missionnaires et aux éducateurs non-musulmans. Cela doit cesser immédiatement. Chaque jeune musulman a le droit de recevoir une éducation complète en matière de religion, de valeurs, d’objectifs, de moralité, de lois, d’histoire et de civilisation de l’Islam. La oumma ses chefs et chacune de ses parties constitutives – a la responsabilité légale de transmettre à chaque étudiant musulman les principes, les notions et les objectifs islamiques fondamentaux. De fait elle sera appelée à rendre compte devant Dieu si elle ne s’acquitte pas de ce devoir.

 

Il en va de même, et à plus forte raison, pour l’éducation des étudiants universitaires. Ce sont les parents et les tuteurs qui s’occupent des enfants et en ont la responsabilité. Ils ont le devoir de les guider et de veiller à ce qu’ils se comportent conformément à la charia. En revanche, les jeunes adultes sont généralement libres et font l’objet d’une propagande anti-islamique tant à l’intérieur qu’à l’extérieur de l’université. Dans la salle de classe et à travers les livres scolaires ils sont sans cesse exposés à des notions occidentales qui, au nom de la science et de la civilisation moderne, présentent des idées et des choix anti-islamiques en tant que vérités scientifiques s’appuyant sur des principes objectifs. L’enfant musulman en bas âge perçoit l’Islam à travers l’autorité parentale, compte tenu de son manque de maturité pour en appréhender pleinement et en évaluer les ambitions « objectives ». Il en découle que l’attachement de l’enfant à la pensée islamique est le résultat d’un sentiment plutôt que d’un raisonnement conscient. Par conséquent son adhésion à l’Islam est trop faible pour faire face à la violence de ce qui lui est faussement présenté comme des vérités « scientifiques », « objectives » ou encore « modernes ». Voilà pourquoi, faute de notions ou d’arguments islamiques ayant la même force objective et scientifique et le même esprit moderne, l’étudiant universitaire musulman succombe aux exigences laïques et les accepte. Voilà comment démarre, à l’université, l’éloignement des étudiants de leurs racines islamiques. Après de nombreuses années passées sous cette influence au sein des universités, à laquelle vient s’ajouter l’influence similaire, voire plus forte, des médias, des camarades universitaires et de la société, la conscience islamique de l’étudiant musulman finit par être détruite. Il n’est donc pas surprenant que l’étudiant devienne un matérialiste cynique, ni musulman, ni occidental non plus, et de ce fait il devient une proie facile pour ceux qui sont capables d’assouvir ses penchants du moment.

 

L’étude obligatoire de la civilisation islamique

 

Une partie importante du remède contre le déracinement de l’Islam et de son esprit pendant les années universitaires est l’étude obligatoire de la civilisation islamique tout au long de ce cycle d’études. Chaque étudiant devrait étudier cette matière indépendamment de son domaine de spécialisation. En tant que membre de la oumma il se doit d’atteindre une connaissance adéquate de la tradition de sa communauté ainsi qu’une vision d’ensemble de l’esprit et de la civilisation de cette dernière. Faute de ces connaissances, on ne peut être civil. Un étudiant appartenant à une minorité non-islamique, ne serait pas pour autant exempté de cette condition fondamentale. C’est en effet lui, ou ses parents, ou encore lui avec ses parents, qui ont décidé d’être citoyens d’un État islamique, et cela les oblige à acquérir une certaine familiarité avec la civilisation dont fait partie l’État où ils vivent, ainsi que l’esprit et les aspirations qui animent cet État et ses citoyens. Personne ne devrait être privé d’une culture islamique, ni de la possibilité d’être socialisé ou de se fondre dans le creuset de la société islamique. Seules ces études peuvent immuniser les étudiants contre les doctrines qui essayent de les influencer, en leur permettant de répondre, coup par coup, aux arguments et aux preuves objectives qu’on leur présente. Seules ces études préparent les jeunes à une participation loyale et active à la vie culturelle de la oumma ainsi qu’à son progrès, et ce n’est qu’à travers ces études qu’ils peuvent découvrir l’essence de la civilisation islamique, la logique de l’Islam et la direction précise que la oumma est en train de suivre ou espère suivre sur son parcours. Seules ces études permettront aux étudiants de distinguer leur société, et donc de se distinguer eux-mêmes des autres sociétés, et d’éprouver la fierté qui en découle, le désir profond de préserver cette distinction et d’encourager les autres à l’accepter et à y adhérer. L’étude de la civilisation constitue la voie privilégiée pour développer un sentiment d’appartenance chez l’individu. En effet on ne peut pas se connaître si l’on ne connaît pas ses ancêtres, l’esprit qui les a animés, ce qu’ils ont réalisé dans le domaine des arts et des sciences, dans la vie politique et économique, dans l’organisation sociale et dans l’expérience esthétique. On ne peut pas être conscient de soi-même non plus si on n’est pas touché par les douleurs et les souffrances de ses propres aïeux, par leurs gloires et leurs victoires, leurs espoirs et leurs aspirations. L’autoconscience ne se réalise que lorsque l’on compare la connaissance de ses origines et de sa propre tradition avec la connaissance des autres peuples et des autres groupes humains ainsi que de leur civilisation. Pour nous connaître nous-mêmes il faut effectivement connaître ce qui nous distingue d’autrui non pas tant en termes de besoins matériels et d’avantages personnels, mais bien de vision du monde, de jugement moral et d’aspirations spirituelles. Voilà le terrain de l’Islam, le domaine de la culture et de la civilisation que l’Islam a édifié et consolidé de génération en génération. […]

 

L’islamisation de la connaissance moderne

 

Si les universités et les instituts islamiques décidaient d’instaurer des cours de civilisation islamique obligatoire pour tous les étudiants au sein de leurs programmes d’études un véritable pas en avant serait franchit. Certainement une telle decision donnerait aux étudiants une foi plus profonde en leur religion et en leur tradition ainsi qu’une confiance en eux-mêmes, les rendrait capables de faire face aux difficultés actuelles et de les surmonter, et les pousserait à réaliser le but que Dieu (qu’Il soit exalté et glorifié) a choisi pour eux. Mais tout cela ne suffit pas.

 

Afin d’avancer vers la réalisation de cet objectif et afin que la parole de la Vérité (qu’elle soit exaltée et glorifiée) règne suprême toujours et partout, la connaissance précise de ce monde est une nécessité absolue et incontournable. Elle est le but poursuivi par toutes les disciplines. Avant le déclin de leur civilisation, et avant de s’être plongés dans une profonde léthargie, les musulmans avaient mis au point des méthodes pour chaque branche de la connaissance et ils avaient défini très nettement leurs relations réciproques, ainsi que la vision omni-compréhensive de l’Islam et de ses valeurs. Ils ont été capables de les intégrer efficacement à la structure de la connaissance islamique en remportant de grands succès dans tous les domaines. Par la suite, ils ont mis en pratique cette connaissance pour affirmer leurs idéaux islamiques. Durant leur léthargie, d’autres se sont emparés de l’héritage des savants musulmans et l’ont façonné – après l’avoir élargi et développé – selon leurs idées, en exploitant le résultat final à leur avantage. Et aujourd’hui, les non-musulmans sont les leaders incontestables dans tous les domaines du savoir. La conséquence en est que dans toutes les universités du monde, le musulman étudie les livres, les découvertes, les visions du monde, les problèmes et les idéaux d’un point de vue non-musulman. De la même manière, dans les universités islamiques, les professeurs musulmans enseignent aux jeunes musulmans la culture et les idées occidentales et, par là, ils les éloignent de leurs racines culturelles et religieuses.

 

Cette situation doit immédiatement changer. Il est hors de doute que les professeurs et les membres des établissements éducatifs sont tenus de connaître profondément les principes des savoirs modernes et qu’ils doivent maîtriser parfaitement tout ce qu’ils peuvent offrir. C’est là, la première condition requise pour atteindre un niveau de formation élevé. Par la suite, ils devront intégrer cette connaissance à la structure de la tradition islamique après avoir sélectionné les éléments à éliminer et ceux à corriger, à amender ou à réinterpréter selon leur conformité avec la vision du monde, les valeurs et les notions de l’Islam. De même, la relation entre l’Islam et la philosophie de ces sciences, et donc leurs méthodes et leurs objectifs doit être cernée très clairement. Mais il faut également une nouvelle méthode permettant de mettre tous ces savoirs au service des idéaux de l’Islam après les avoir reformés. En dernier lieu les éducateurs et les oulémas avec leur exemple pionnier doivent apprendre aux prochaines générations de musulmans et de non-musulmans à leur emboîter le pas pour élargir les frontières de la connaissance humaine et découvrir de nouveaux secrets à propos de ce que Dieu dispose dans le cosmos, et élaborer des notions qui conduisent à la réalisation de la volonté et des commandements du Créateur parmi les hommes.

 

L’islamisation de la connaissance, c’est-à-dire l’islamisation des différentes sciences ou bien, pour le dire plus clairement encore, la production de manuels universitaires à même de redéfinir une vingtaine de disciplines sur la base de la vision islamique, est une tâche ardue. Pour autant qu’on le sache, aucun musulman n’a, jusqu’à présent, réfléchi à cette question, ni fait face aux conséquences qui en découlent, ni mis en lumière les procédures et les actions nécessaires pour y parvenir. La seule chose à laquelle se sont consacrés les musulmans réformistes a été de trouver une façon de s’approprier la connaissance et la puissance de l’Occident, sans pour autant avoir perçu le conflit existant entre le savoir occidental et la vision islamique. C’est notre génération qui a levé le voile sur cette contradiction après l’avoir expérimentée dans notre vie intellectuelle. Mais la torture psychologique que cette contradiction a provoquée nous a fait nous réveiller – terrifiés quoique conscients – face au viol que l’esprit islamique avait subi dans les universités du monde musulman. C’est la raison pour laquelle nous mettons en garde les musulmans sur ce mal, et nous essayons, pour la toute première fois dans l’histoire, d’élaborer un plan qui puisse l’endiguer, qui puisse remettre en question les résultats et remettre l’enseignement islamique sur le droit chemin, en lui redonnant, si Dieu le veut, les buts établis par le Très-Haut.

 

Il est déprimant de voir que le monde islamique n’ait toujours pas d’espace où ces questions puissent être pensées et planifiées à haut niveau. Il nous faudrait une université qui joue le rôle de centre de référence de la pensée islamique, où l’islamisation des différentes branches du savoir[i] soit mise en place de sorte qu’il soit également possible d’évaluer les résultats de ce processus directement dans les programmes universitaires et des études avancées. Avant la création de l’Institut international de la Pensée islamique, aucun établissement éducatif du monde islamique ne s’était soucié d’esquisser un plan opérationnel pour faire face à la question de l’islamisation de la connaissance, de rédiger les différents manuels islamiques pour les universités ou de fournir les instruments de recherche nécessaires pour la rédaction de ces programmes et des livres scolaires. Cependant, dans de nombreux pays du monde islamique on continue à entendre parler du besoin d’islamiser l’éducation à travers la préparation du personnel, des institutions, des programmes scolaires et des textes. Officiellement, par contre, dans de nombreuses universités et institutions scientifiques qui auraient le pouvoir de prendre des décisions, on ne fait que de grands discours qui touchent le côté émotionnel des individus sans pour autant se traduire dans une pratique concrète de recherche ni d’études.

 

L’islamisation de la connaissance constitue non seulement l’une des tâches parmi les plus nobles et les plus importantes mais aussi le premier pas à franchir vers l’épanouissement personnel et la possibilité de retrouver sa propre identité. Aucune religion ni aucun système de pensée n’a pu commencer à se développer sans une grande cause capable de susciter l’intérêt des croyants et de les ébranler. L’Occident ainsi que le communisme n’ont pas pu s’en passer. Si les musulmans veulent devenir les maîtres et non pas les esclaves de l’histoire, ils n’ont qu’à agir en faveur de leur propre cause. D’autant plus que l’Islam n’est pas une doctrine parmi les autres. L’Islam ne présente pas son crédo ni sa propre prétention comme un fait particulier résultant d’une expérience ou d’un choix personnel et qui peut donc être accepté ou rejeté de manière arbitraire. Au contraire, l’appel de l’Islam est un appel nécessaire et critique, qui s’adresse à la raison et qui est valable en tout temps et en tous lieux. Il mérite d’être accepté, reconnu et pris comme emblème par les hommes. Pour cette raison on ne peut qu’y répondre par le biais d’arguments rationnels que le musulman doit accepter et auxquels il doit répliquer en ayant recours à des données et des prèuves islamiques. De même, aucune partie de l’Islam et aucune relation de ce dernier avec l’une des différentes branches du savoir ne peut être confirmée sans suffisamment de preuves. Ceci ne pourra se produire que lorsque la vision islamique aura affirmé sa prétention, que celle-ci aura été renforcée grâce à des études plus approfondies et qu’elle aura été mise en pratique devant l’âme la plus méticuleuse. Ce n’est qu’à partir de là, qu’elle pourra faire l’objet de réprobation ou de rejet pour cause d’irrationalité ou de malveillance. L’irrationalité est une prérogative de l’ignorant ayant une rationnalité faussée et la malveillance est la caractéristique d’un adversaire buté. Les deux représentent ce que l’Islam définit comme ignorance.

 

Voilà la tâche que les intellectuels et les leaders musulmans doivent accomplir : façonner toute la tradition de la connaissance humaine à partir de la perspective islamique. La « vision » islamique n’est une vision que si elle vise quelque chose de spécifique. Ce « quelque chose » est représenté par la vie, la réalité et l’existence qui font l’objet des différentes branches du savoir. Repenser la connaissance sur la base de sa relation avec l’Islam c’est islamiser la connaissance, à savoir : redéfinir et réorganiser les informations, prendre en compte à nouveau les conclusions logiques de ces informations et les corrélations entre elles, corriger les résultats et repenser les objectifs atteints jusqu’ici pour faire en sorte que les différentes disciplines puissent enrichir et servir la cause de l’Islam. Pour atteindre ce but, les catégories méthodologiques de l’Islam, c’est-à-dire l’unité de la vérité, l’unité de la connaissance, l’unité de l’humanité, l’unité de la vie, le caractère finaliste de la création, la subordination de la création à l’homme et la soumission de l’homme à son Créateur doivent remplacer les catégories occidentales et déterminer la façon dont la réalité est perçue et organisée. Il faut en outre que les valeurs islamiques – c’est-à-dire les valeurs qui orientent la connaissance vers le bonheur de l’homme tout en développant ses capacités rationnelles – prennent le relais des valeurs occidentales de sorte que la vie soit repensée et que les dispositions divines s’y manifestent ainsi que la connaissance, la sagesse, l’héroïsme, la vertu, la crainte de Dieu et la dévotion propres à l’homme. […]

 

[Extrait tiré de Ismâ‘îl al-Fârûqî, Islâmiyyat al-ma‘rifa, Dâr al-Hâdî, Bayrût 2001, pp. 57-70, passim]

 

Les opinions exprimées dans cet article n’engagent que la responsabilité les auteurs et ne reflètent pas nécessairement la position de la Fondation Internationale Oasis

 


[i] Le programme d’islamisation de la connaissance est actuellement appliqué à l’Université internationale des Sciences islamiques en Malaisie et à l’Université des sciences islamiques et sociales aux États-Unis.

 

Pour citer cet article

 

Référence papier:

Texte par Ismā‘il al-Fārūqi, « La renaissance de l’Islam commence dans les universités », Oasis, année XV, n. 29, juillet 2019, pp. 104-112.

 

Référence électronique:

Texte par Ismā‘il al-Fārūqi, « La renaissance de l’Islam commence dans les universités », Oasis [En ligne], mis en ligne le 14 juillet 2020, URL: https://www.oasiscenter.eu/fr/la-renaissance-de-islam-commence-dans-les-universitse

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