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Moyen-Orient et Afrique

Le bouleversement historique qui secoue le Moyen-Orient

Vue de Jerusalem. Photo: Oasis

Les conflits politiques sont devenus religieux et divisent les communautés – a déclaré le Custode de Terre Sainte Pizzaballa. Il sera difficile de reconstruire des relations quand la guerre finira

« Ce qui se passe actuellement au Moyen-Orient n’est pas une crise. C’est un bouleversement qui fait époque » a dit le père Pierbattista Pizzaballa, Gardien de la Terre Sainte intervenant le 27 octobre à Madrid à l’occasion des journées consacrées par la Conférence épiscopale espagnole au thème ‘Christianisme et Islam : 1400 années de cohabitation difficile’.

 

 

Des conflits politique aux conflits religieux

 

 

Un des indices de ce bouleversement réside dans le fait que si, jusqu’à il n’y a pas longtemps, l’élément politique prévalait sur l’élément religieux, à l’heure actuelle, c’est tout le contraire. « En Terre Sainte, on n’entend plus parler de frontières, de territoires, d’États. Le mot d’ordre est libérer (la mosquée) d’ Al-Aqsa et les enfants éprouvent une même haine pour Benjamin Netanyahu et pour Abou Mazen ». La transformation est visible même dans la composition du mouvement palestinien. « Dans le passé, les leaders des mouvements de libération étaient tant musulmans que chrétiens. Personnage historique du nationalisme palestinien, Georges Habache était par exemple chrétien. Aujourd’hui, tous les mouvements de libération sono islamiques et l’EIIL exerce une forte attraction sur eux ». Les raisons de cette attraction sont multiples mais selon le père Pizzaballa, ce qui est fondamental est la nature du message de l’État Islamique : « Dans une région lacérée par les conflits et dans des sociétés qui subissent la plaie de la marginalisation, de la frustration et du ressentiment, l’EIIL oppose des réponses extrêmement simples et claires. Nous misons, nous, et justement sur des réponses solidement échafaudées à des questions complexes mais le message de l’EIIL passe bien plus facilement ».

 

 

Nouveaux sont également les modes de militance. Ce qui se passe actuellement en Israël est radicalement différent des insurrections précédentes. « Celle d’aujourd’hui n’est pas une intifada, c’est quelque chose de bien plus grave. Les révoltes du passé étaient organisées et guidées. Les soulèvements d’aujourd’hui sont spontanés. Ils partent de l’acte isolé d’un franc-tireur et tôt ou tard il se trouvera quelqu’un pour en prendre possession ».

 

 

La guerre et la fracture communautaire

 

 

Au Moyen-Orient, la guerre et l’omniprésence du facteur religieux creusent un fossé on ne peut plus profond entre les communautés et en particulier entre chrétiens et musulmans. C’est un problème dans le problème car « tôt ou tard, la guerre finira et nous autres, chrétiens, resterons au Moyen-Orient parce que nous n’avons aucune intention de nous en aller. Mais il sera très difficile de reconstituer les rapports car la confiance réciproque a disparu ». Les tensions et les difficultés n’ont jamais manqué, mais il existait « un contexte de relations ». Pour expliquer comment ce contexte a pu être compromis, le Gardien raconte un épisode dont il a été témoin au cours d’une visite le mois de mai à Alep : « À un moment donné, une zone proche de celle où nous nous trouvions à été bombardée. La zone était habitée à la fois par des chrétiens et par des musulmans. Il y eut 200 morts, pour trois quarts musulmans et pour un quart chrétiens. Mais pour les musulmans les morts se limitaient à 150. Pour les chrétiens à 50. Chacun comptait ses propres morts sans tenir compte de ceux des autres ».

 

 

La guerre en Syrie est une ligne de démarcation tragique. Le Père Pizzaballa est au Moyen-Orient depuis 25 ans mais jusqu’ici, il n’avait jamais entendu des chrétiens dire du mal des musulmans. « À la rigueur ils le pensaient mais au grand jamais ils ne se seraient exprimés d’une manière aussi explicite. Maintenant, ils le font. C’est compréhensible mais cela rendra la cohabitation très difficile même au cas où la guerre se terminerait ».

 

L’intervention russe semble avoir crée plus d’illusions que de solutions. « Nombreux sont ceux qui estiment que la Russie est en train de changer le cours de la guerre. Je n’en serais pas si sûr. Comme tous, la Russie agit dans ses intérêts qui consistent à libérer la zone côtière où se trouve sa base navale et où l’EIIL n’est pas présent. Les russes combattent surtout Jabhat Al-Nosra et Jaysh al-Fath, les seuls groupes à inquiéter vraiment Assad. De la sorte, il ne restera plus que l’EIIL et Assad et là, il n’y aura plus de choix. Or 80 % des syriens sont sunnites et ne veulent pas d’Assad. Raison pour laquelle il ne me semble que peu réaliste de penser à un avenir pour la Syrie envisageant sa permanence au pouvoir ».

 

 

Effets sur l'Europe

 

 

Les mutations du Moyen-Orient ne seront pas sans avoir de fortes répercussions sur l’Europe. Le phénomène des migrants et des réfugiés « est un phénomène irrépressible et il nous faut en prendre acte. Il faut toutefois le gouverner et pour ce faire, nous ne pouvons pas répondre en disant qu’il faut les refouler tous à la mer ni agiter le drapeau de la paix et refuser de voir les problèmes. L’accueil est un devoir mais il faut penser à des parcours d’intégration qui tiennent compte de l’histoire et de la culture des pays dont arrivent les migrants ». Pour s’expliquer, le Père Pizzaballa s’aide encore d’une anecdote. « Je viens d’une petite ville de 5 000 habitants, du nord de l’Italie, dont la vie religieuse et civile a toujours tourné autour de la paroisse. Maintenant, elle compte quelque 1 000 musulmans qui ont demandé de construire une mosquée à côté de l’église, suscitant des craintes et des frictions. Il est juste qu’ils aient un lieu de prière mais il faudrait la construire à une certaine distance de l’église pour éviter des tensions inutiles ».

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