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Islam

Le coup d’état qui conduit Erdoğan au rêve de la super-présidence

Erdoğan en 2015 dans son palais avec des acteurs déguisé en soldats ottomans

Le président frappe l’armée, la magistrature, l’éducation, depuis toujours sources d’opposition à son pouvoir

Ils sont des dizaines de milliers, les Turcs qui ont été arrêtés, relevés de leurs responsabilités ou jugés après la tentative de coup d’état militaire en Turquie. Les enseignants suspendus, à qui on a retiré leur visa et interdit de quitter le pays seraient plus de quinze mille, les juges et procureurs relevés de leurs fonctions des milliers, et plusieurs centaines les imams rappelés par le Diyanet, le ministère pour les Affaires religieuses. Une purge de tous les éléments, pas seulement militaires, accusés ou soupçonnés d’avoir participé de quelque manière que ce soit à l’organisation du coup d’état, échoué après quelques heures dans la nuit du 15 au 16 juillet, est en cours en Turquie.

 

 

Le président Recep Tayyip Erdoğan recommencera bientôt à pousser pour « une réforme constitutionnelle dans le but de concentrer le pouvoir entre ses mains et de transformer le système politique en un exécutif-présidentiel » – a dit à Oasis Soner Çağaptay, du Washington Institute for Near East Policy. « Erdoğan n’a certainement pas rédigé la liste d’environ trois mille juges pendant la nuit. Il est probable que cette épuration soit le projet qu’il préparait depuis longtemps et le coup d’état est l’occasion qui a déchaîné des arrestations de masse déjà programmées ». L’accusation la plus fré-quente est l’affiliation, mais aussi tout rapprochement suspect au mouvement Hizmet, fondé par Fethullah Gülen, vieux soutien et ennemi actuel de l’AKP (Parti justice et développement) et de Erdoğan. En effet, immédiatement après l’échec du coup d’état, Erdoğan a accusé Gülen d’infiltration dans l’armée et la magistrature, et d’être à la tête de l’organisation du complot contre lui, ouvrant le débat parmi les journalistes turcs. « Cela ne fait aucun doute que le gouvernement avait déjà l’intention de débarrasser la bureaucratie turque des sympathisants de Gülen », a dit Çağaptay.

 

Valeria Giannotta, professeur à l’Université de l’Association Aéronautique Turque d’Ankara est d’accord elle aussi : « Les mesures contre le mouvement de Gülen existent désormais depuis 2013, lorsque le ‘mariage d’intérêt’ entre l’AKP et ce dernier s’est mal terminé. Cela fait des années que l’on assiste à des destitutions de ce genre ».

 

 

Ce n’est pas nouveau que Gülen et les siens soient accusés de complot. « Ces quatre dernières années, il n’y a pas un fait divers intérieur ou de politique étrangère où ne soit cité le nom de Fethullah Gülen, accusé de la énième tentative de coup d’état ». C’est ce qu’affirme Kerim Balcı, journaliste turque et membre de Hizmet, qui a déménagé à Londres avec la rédaction de sa revue, à cause de la censure en Turquie et, qui est depuis lundi sur une des listes noires des journalistes recherchés par le gouvernement. « Il y a des membres de Hizmet dans la magistrature et dans l’armée – a confié Balcı à Oasis – mais les personnes relevées de leurs responsabilités et arrêtées par la magistrature sont environ trois mille, un cinquième du secteur judiciaire, dont parmi elles des kémalistes et des libéraux. Il est curieux que les premiers arrêtés soient des juges et des procureurs. Beaucoup de ceux qui ont le droit de voter pour le Conseil suprême des juges et des procureurs ont été relevés de leurs fonctions » (l’organe légal le plus important de Turquie, ndr). Cette manœuvre serait préventive, selon Balcı : tous ceux qui ont été arrêtés ces jours-ci seront en effet jugés par des tribunaux « amis » du président.

 

 

En octobre 2014, lorsque les élections du Conseil Suprême des juges et des procureurs ont eu lieu, la liste soutenue par le gouvernement a vu s’opposer en un front unique d’autres formations en plus des gulënistes : les alévites, les kémalistes et les libéraux. Mais, en identifiant Gülen comme l’ennemi numéro un et en éliminant le plus possible toute éventuelle opposition, Erdoğan sort fortifié de cette histoire. « Même si la Turquie est uniformément divisée entre ceux qui soutiennent et ceux qui s’opposent à Erdoğan – poursuit Çağaptay – un coup d’état est un élément terrible à affronter pour n’importe quel leader démocratique. En outre, dans ce cas, le coup d’état bâclé a fait exploser la popularité du président, en lui permettant d’unifier tout le spectre de la droite politique autour de lui ». Bâclé, parce que les « protagonistes sont issus des rangs inférieurs de l’armée, a expliqué Giannotta, des jeunes soldats idéologiquement orientés, ingénus et donc manipulables. Face aux opérations dans le sud-est anatolien (où depuis un an a lieu une guérilla entre militaires et kurdes du PKK, Ndlr) présentées sous un angle antiterroriste, l’armée a regagné du terrain et donc de la visibilité, en plus de son influence sur la scène politique. Cela a probablement leurré les architectes du coup d’état, qui ont espéré dans le succès. Cependant la plupart des générales n’ont pas soutenu les acteurs du coup d’état et l’approbation n’est même pas arrivée des partis d’opposition : « Pour la première fois depuis 14 ans, tous les mouvements politiques ont montré une position unanime en Turquie – explique Giannotta. Cela signifie que tous, indépendamment de leur couleur politique, sont en faveur d’un gouvernement élu démocratiquement et contre une junte militaire ».

 

 

[@MiglioFranca]

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