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Chrétiens dans le monde musulman

Le Crucifié de Bagdad et l’État Islamique

Une irakienne témoigne de la manière dont les jeunes de Bagdad ont célébré la fête liturgique de l’Exaltation de la Croix, partagés entre la solidarité pour leurs frères réfugiés, la peur à cause de l’avancée de l’État Islamique et l’espérance de la foi.

À une époque qui renforce la culture de guerre et met sa confiance dans la violence militaire et dans les tendances religieuses militantes comme moyens de résolution des conflits sociaux et politiques, la célébration de l’exaltation de la Sainte Croix vient confirmer le pouvoir de l’amour du Crucifié sur le pouvoir de la mort. Pour la mentalité du monde, il est illogique d’exalter la croix comme un chemin vers une vie nouvelle et un passage vers le ciel et la liberté, étant donné que beaucoup la considèrent comme un symbole de douleur et de honte ; et cependant « Nous proclamons, nous, un Christ crucifié : scandale pour les Juifs et folie pour les païens, mais pour ceux qui sont appelés, Juifs et Grecs, c’est le Christ, puissance de Dieu et sagesse de Dieu » (1Cor 1,23-25).

 

 

Le dimanche 14 septembre, avec une telle force dans leurs cœurs, les chrétiens irakiens ont célébré la fête de la Sainte Croix dans plus de quatorze églises à Bagdad alors qu’ils ressentent réellement tout le poids de la croix qu’ils portent. Les chrétiens de Bagdad, spécialement les jeunes, se sont réjouis de cette fête sainte, conscients du fait que chacun porte sa croix en plus de la croix collective. Quelle signification convaincante peut avoir pour nous cette célébration alors que notre peuple, déplacé et privé de tous ses biens et de la vie par les militants de l’État Islamique, souffre au Nord !? Existe-t-il quelque chose de plus terrible que cela ? Qu’y a-t-il de pire que de discriminer et de persécuter des civils innocents sur la base de leur foi à cause d’un grand jeu politique et régional ? Mais l’Esprit Saint nous rappelle qu’aucun disciple n’est meilleur que son maître et cette conscience nous conduit à nourrir un désir plus profond de justice et de paix.

 

 

Ce qui est la cause de tant d’angoisses pour les chrétiens et les autres minorités en Irak, pour les fidèles restés à Bagdad devient une provocation à vivre leur quotidien dans la joie malgré la douleur. Même si de nombreux chrétiens ont fui leur terre, d’autres semblent avoir la volonté de poursuivre en affrontant les calamités, animés par un amour toujours plus intense pour le Crucifié. Ce n’est pas la grandeur de leur peur face au futur qui compte : Son sacrifice d’amour sur la croix suffit pour rappeler aux chrétiens l’épilogue glorieux, Sa résurrection.

 

 

Ce n’est pas étonnant que les temps difficiles nous ont poussé à nous unir pour réfléchir sur les difficultés que rencontrent nos réfugiés, en nous encourageant nous et l’Église à « assumer de nouveaux engagements de solidarité, de communion et d’évangélisation », comme le met en évidence le pape François. C’est devenu très important pour l’Église d’éclairer son peuple sur le sens de la foi face à une culture de guerre, de mort, de peur et à certaines tendances religieuses, surtout celles qui sont instrumentalisées abusivement par la politique et le pouvoir. En tant que vierge consacrée qui vit dans ce climat et comme responsable de jeunes de la Cathédrale latine de Saint Joseph, je vois encore dans les yeux des jeunes générations une étincelle à la recherche d’un futur ; je vois leurs rêves de pouvoir vivre leur vie en paix et en sécurité, avec le désir d’être rassurés que demain apportera un rayon d’espérance. Je crois que les cœurs de nos jeunes chrétiens continueront de brûler d’amour pour leur pays et leur Rédempteur, le Dieu d’amour qui est venu leur donner une vie meilleure et satisfaisante. « L’amour de Dieu est tellement grand qu’il nous sauve en s’identifiant à la Croix. Le Saint Père dit : tu ne peux pas comprendre Jésus-Christ, le rédempteur, sans la Croix ». Forts d’un tel credo, nous prions Dieu de pouvoir continuer à témoigner notre foi malgré tous les défis et les dangers qui veulent éteindre la flamme de la vie.

 

 

 

Anan Alkass Yousif, Ph.D.

 

Professeur au département d’Anglais – Faculté humaniste, Université de Bagdad

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