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Chrétiens dans le monde musulman

Le pape Shenouda III, l’homme qui tout seul était comme un synode

Entrevue au Père Rafic Greiche directeur du service de presse de l’Église copte-catholique d’Égypte

 

 

Le 17 mars le Pape Shenouda III, chef de l’Église copte, est décédé après une longue maladie. Comment la communauté copte vit-elle ce moment ?

 

C’est un grand moment de tristesse pour l’Église copte orthodoxe, mais aussi pour les autres communautés chrétiennes du Pays et également pour les musulmans. Bien sûr les fidèles coptes sont les premiers à porter le deuil, vu la perte de leur guide religieux. Depuis deux jours ils vont se recueillir sur la dépouille du Pape défunt, à la cathédrale de Saint Marc dans le district de Abbasseya au Caire. Les funérailles sont prévues demain (mardi 20 Mars) à 11h. Plus de 2000 personnalités, représentant les autorités religieuses, civiles et militaires, y seront présentes, y compris le cheikh d’al-Azhar.

 

Quelle a été la réaction des autorités civiles et des institutions musulmanes ?

 

À la télévision égyptienne la mort du Pape Shenouda III a été traitée comme la nouvelle la plus importante. Les chaines satellitaires, mêmes celles non chrétiennes, mettent la photo du Pape en arrière plan et passent en revue les images de la chapelle ardente et des gens qui attendent pour se recueillir sur la dépouille. Tous les speakers et les journalistes portent une cravate ou une veste noire en signe de deuil. Les autorités militaires, en la personne du chef de l’Armée, ont donné des permis spéciaux pour le transfert de la dépouille au Couvent de Saint Bishoy où le Pape sera enseveli, en mettant à la disponibilité de l’Église copte un hélicoptère. Le général Tantawi a fait un discours élogieux sur le Pape et a présenté ses condoléances aux chrétiens. Le cheikh al-Azhar a déclaré qu’il s’agit d’une grande perte pour l’ensemble du peuple égyptien.

 

Serait-il possible de donner un jugement synthétique sur les ans de Papauté de Shenouda III ou cela serait-il trop prématuré ?

 

Shenouda III a régné de 1971 et donc pendant plus de 40 ans sur la destinée de la communauté copte égyptienne. Durant son mandat il a eu des hauts et des bas. Cependant il a eu le très grand mérite d’avoir renforcé la position des coptes en Égypte, en particulier dans leur identité chrétienne. Il a établi des cours de catéchèse pour les prêtres, les évêques et la population : même dans les plus petits villages, des groupes de rencontre pour les jeunes, les femmes et les enfants ont été établis. Il a aussi formé des prêtres et des évêques pour guider les communautés coptes de la diaspora, en Europe, aux États-Unis, au Canada et en Australie.

 

Quelle a été sa réaction à la révolution ?

 

Il a refusé de prendre des positions trop tranchées ou trop radicales. Il craignait que les jeunes subissent la violence de la répression. Ensuite il a choisi de se retirer et il s’est refusé de s’exprimer publiquement sur le sujet.

 

Quelle est Votre appréciation personnelle sur sa figure ?

 

C’était une personnalité très charismatique, de grande prestance. Comme je disais, il a beaucoup œuvré pour améliorer le niveau de la communauté copte, notamment dans le domaine de l’instruction, à travers les écoles du dimanche. Il insistait beaucoup à ce que l’Église offre également de services d’aide et d’assistance. Il a construit beaucoup de couvents, pas seulement en Égypte, mais également en Amérique et en Allemagne.

 

Tous, qu’ils lui aient été favorables ou opposés, reconnaissent son grand travail. De par sa forte personnalité, il était respecté de tous, chrétiens et musulmans et il était fréquemment invité à des transmissions tv, surtout quand éclataient des conflits communautaires, où il jouait souvent le rôle d’intermédiaire et de pacificateur.

 

Comment se fera le choix du successeur ?

 

Deux jours après les funérailles officielles, le processus de succession sera officiellement ouvert. C’est assez compliqué. Les coptes égyptiens, comme toutes les églises orientales, y inclus celles catholiques, ont un synode d’évêques qui est chargé d’élire le Patriarche. Les évêques qui ont une éparchie (=diocèse) peuvent voter mais ne peuvent pas être élus. Par contre, les évêques qui n’ont pas d’éparchie (étant en charge d’un monastère) peuvent être élus, aussi bien que de simples prêtres ou moines. Par exemple, le prédécesseur de Shenouda III, le Pape Cyrille VI, était un simple moine.

 

Au début il y aura une réunion commune entre le Synode et un Comité de laïcs, les ministres chrétiens et l’intelligentsia copte. Ils commenceront à mettre les idées ensemble, en proposant des candidats. Puis l’on procédera à des élections. Enfin, les trois candidats ayant obtenu le plus grand nombre de votes se réuniront pour célébrer une messe commune, durant laquelle un enfant choisira, entre trois billets reportant les noms des candidats, celui qui sera proclamé Patriarche d’Alexandrie. Le choix de l’enfant exprimera ainsi finalement le « souhait de Dieu ».

 

Est-ce une procédure longue ?

 

Cela dépend. La fois dernière l’élection a pris huit mois. Mais aujourd’hui on estime que le processus sera plus rapide.

 

Quelles sont les fonctions et l’autorité réelle du futur Pape?

 

Il a toutes les fonctions possibles et imaginables, dans le bon sens du terme. Non seulement c’est un guide religieux et spirituel, mais aussi une autorité morale et légale. Son autorité n’est pas seulement honorifique, mais très réelle et très concrète.

 

Y a -t-il des favoris ?

 

Il y a trois ou quatre personnes qui travaillaient dans l’entourage du Pape Shenouda III et qui pourraient être favoris, mais rien n’est joué. Il faut compter aussi avec l’œuvre du Saint Esprit.

 

La perte du Pape Shenouda atteint encore plus l’Église Copte, déjà éprouvée ?

 

L’Église Copte est en train de passer un tournant historique. C’est un moment de grand trouble et d’incertitude, à cause de la situation générale de l’Égypte et la situation particulière de la communauté chrétienne. La perte d’une figure aussi charismatique la rend encore plus dramatique.

 

Le prochain Pape aura une grande responsabilité. Shenouda III était un Synode à lui tout seul, vu sa grande personnalité et sa présence indéniable, mais le futur Pape sera appelé à travailler de façon collégiale, avec tous les représentants, religieux et laïcs, de la communauté.

 

Quel est le rôle des autorités civiles égyptiennes dans l’élection du Pape ?

 

Une fois le nouveau Pape élu, le Président de la République émet un décret qui confirme la nomination du Pape copte. C’est pour cette raison que l’on souhaite que l’élection du successeur de Shenouda III advienne avant l’élection présidentielle, pour avoir plus de liberté dans le choix.

 

Pouvez-vous nous donner une vision générale de la situation actuelle des coptes ?

 

De tout temps, la plus grande aspiration de la communauté copte, qui regroupe une dizaine de millions d’égyptiens, est de jouir de la pleine citoyenneté sans que ses membres soient considérés comme des citoyens de seconde classe. Beaucoup de lois discriminatoires existent encore et n’ont jamais été abolies malgré les promesses. Par exemple, les coptes attendent, depuis 32 ans, la loi qui leur permettrait de construire des églises.

 

Avec la perte de Shenouda III, ils ont l’impression de n’avoir plus de représentants auprès du pouvoir, car c’était lui qui dialoguait avec les autorités militaires et civiles. De plus, avec la montée de l’Islam politique, le besoin d’avoir un Pape fort se fera sentir encore plus. Mais en même temps il faut que le nouveau Pape adopte des positions soft et non pas fondamentalistes.

 

 

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