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Moyen-Orient et Afrique

Quand la guerre fait irruption sur Skype

Tandis que les analystes soupèsent les forces en présence en Syrie dans un conflit devenu désormais régional, le risque est grand d’oublier, entre un dossier et l’autre, que ce n’est pas de forces anonymes qu’il s’agit, mais bel et bien de personnes. Comme l’ami qui s’est manifesté ce matin via skype pour la première fois depuis des mois. Il est bloqué à Alep, et a attendu toute la nuit pour pouvoir raconter. Avant la guerre, il travaillait dans une entreprise franco-syrienne d’exportation, essentiellement savons et produits d’artisanat oriental. Une maison comme tant d’autres, dans un quartier assez aisé. Après le début des hostilités, ils ont continué à exporter leurs produits par avion, puis tout s’est arrêté, et depuis six mois, il n’a plus de travail. Entretemps, le change de l’euro est passé de 60 à 195 livres syriennes, celui du dollar a quadruplé, le prix du pain est passé de 5-10 livres à 100. Sami (le nom est inventé) est chrétien. Il ne veut pas juger ni attribuer de responsabilités (il ne le ferait pas de toutes façons sur Skype), mais il rappelle que la situation humanitaire est devenue extrêmement difficile, d’autant que se profilent à présent à l’horizon de nouveaux affrontements dans la zone, et il demande explicitement de l’aide.

 

 

Sur le plan international, la preuve la plus claire que le conflit syrien est entré dans une nouvelle phase réside dans les commentaires, pour le moins hargneux, des États du Golfe après que le Hezbollah a reconnu son implication directe dans la bataille de Qusayr. Après les défaites de ces derniers mois, les troupes de Assad regagnent de nouveau du terrain, mais elles le font surtout grâce aux renforts des miliciens libanais chiites et l’appui croissant de l’Iran et de la Russie. Les États-Unis réfléchissent sur la fourniture d’armes aux rebelles. Et sur tout cela plane le spectre des armes chimiques, tandis que la conférence pour la paix est repoussée à après juin.

 

 

Le parallèle avec le conflit libanais (la période de la guerre civile, 1975-1990) est impressionnant. Dans ce cas-là également, l’implication des forces régionales était allée croissant, en un gigantesque « jeu de destruction à somme zéro » (l’expression est de Georges Corm, dans son ouvrage sur l’histoire du Liban contemporain) qui, à son point culminant, le plus sanglant, avait impliqué, outre les factions libanaises et les palestiniens, Israël, la Syrie, les États-Unis et des forces multinationales d’interposition. Mais si le parallèle est bien fondé, on peut estimer que l’éloignement éventuel de Assad ne serait pas suffisant pour changer la situation sur le terrain – tout comme ne le furent pas les assassinats politiques au Liban pour déterminer la fin du conflit, mais bien l’épuisement progressif des parties en cause.

 

 

Le ton de Sami est tranquille et courtois (il risque même à la fin un « espérons que la paix revienne pour que nous puissions vous accueillir de nouveau »), mais son simple témoignage fait réaliser soudain tout le poids d’une guerre civile en chair et en os, où l’on risque d’être pris au piège entre deux tirs, bloqué dans son propre quartier à contempler le plafond. C’est justement pour cela, comme l’a dit le Pape François lors d’une réunion de coordination sur la Syrie promue par Cor Unum, que « le fait d’aider la population syrienne, au-delà des appartenances ethniques ou religieuses, est le moyen le plus direct pour contribuer au processus de paix et à l’édification d’une société ouverte à toutes ses différentes composantes ».

 

 

L’intervention du Pape :

 

http://www.vatican.va/holy_father/francesco/speeches/2013/june/documents/papa-francesco_20130605_corunum-siria_it.htlm

 

 

http://www.vatican.va/roman_curia/pontifical_councils/ corunum/ corunum_it/profilo/aiuto.htlm