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Risques et réductions du dialogue islamo-chrétien

La mésentente, Dictionnaire des difficultés doctrinales du dialogue islamo-chrétien

La confrontation entre Islam et Christianisme remonte à la naissance même de l’Islam, au point que l’on trouve dans le Coran le premier grand témoignage de la rencontre/affrontement entre les deux religions : en se présentant en effet comme une Révélation venant compléter les Écritures précédentes, le Livre sacré de l’Islam entend d’un côté les confirmer et les protéger, de l’autre les rectifier et les corriger. Les ressemblances et les divergences entre les deux fois alimentèrent à l’époque classique un débat fourni, aux tons souvent fortement polémiques, et dominé par des intentions substantiellement apologétiques et défensives, qui permit toutefois aux deux parties en cause de parvenir à une plus grande intelligence chacune de sa propre foi comme de celle de l’autre, tout en passant à travers bon nombre de durcissements doctrinaux et non moins de malentendus. La mésentente se concentre justement sur ces malentendus, sur ceux toutefois de l’époque actuelle, où la polémique a désormais laissé la place au dialogue.

 

 

La thèse des auteurs, tous deux islamologues connus, est que ce dialogue comporte tout autant de dangers. Ceux-ci sont présentés dans l’Introduction : risque du relativisme ou d’une mise en équivalence indue de toutes les religions ; rôle joué par l’émotivité, qui dominerait en Occident l’approche au dialogue au détriment de « la lucidité sur les aspects doctrinaux » (p. 11) ; asymétrie dans l’implication des interlocuteurs, qui voit les chrétiens engagés en un effort de divulgation et promoteurs d’initiatives auxquelles les musulmans ne participeraient qu’à titre strictement personnel, sans jouir généralement de l’appui des gouvernements ou de la collectivité. Les auteurs reconnaissent que récemment, du côté islamique, on n’a pas manqué de donner quelque impulsion, en particulier après la fameuse, et contestée, « leçon de Ratisbonne » de Benoît XVI, mais le déséquilibre subsisterait, et pour l’atténuer, les chrétiens choisiraient souvent soit de minimiser les différences, soit de les ignorer, pour « éviter le conflit » ou bien par «ignorance, naïveté et peur » (p. 24).

 

 

Ce sont là les difficultés sur lesquelles les auteurs entendent attirer l’attention : ils ont conçu leur texte comme un véritable dictionnaire des difficultés doctrinales du dialogue. L’ouvrage se concentre sur 42 thèmes, anciens et modernes, mais toujours traités d’un point de vue actuel : de la figure d’Abraham à celle du Christ, des thèmes classiques de l’amour, du pardon et du salut à ceux qui sont apparus seulement ces derniers temps, comme la modernité ou la confusion entre Christianisme et Occident, ou les aspects liés aux nouvelles méthodes d’enquête, comme les critères d’objectivité ou l’idée d’intertextualité. Il en résulte un tableau utile et intéressant, même si le fait qu’il ne soit point proposé de solutions, certainement cohérent avec le but déclaré de vouloir simplement « permettre de reprendre lucidement certaines interrogations » (p. 26), risque sans aucun doute de susciter quelque désarroi chez le lecteur, car il laisse entendre que dans beaucoup de cas il n’y a aucune issue à l’impasse doctrinale. Ainsi, par exemple, il ne serait pas possible de se sentir unis par la figure d’Abraham, à moins de réduire celui-ci à une fonction purement symbolique ; ni par l’amour du prochain, au risque de la « désacralisation du commandement » chrétien (p. 71) et sa transformation en un respect général réciproque d’une saveur strictement laïque.

 

 

Ce nonobstant, le présupposé général qui guide le parcours critique des auteurs reste valable – c’est-à-dire l’invitation à ne pas gommer les différences constitutives de notre foi pour s’ouvrir à tout prix à l’autre. Cette conviction semble toutefois susciter un regard trop sévère vis-à-vis des sujets engagées dans le dialogue. Les chrétiens seraient en effet trop enclins à l’autocritique et au compromis aux dépens de leur propre dogmatique, et les musulmans profiteraient de cette position pour s’auto-absoudre et relancer les critiques dans le camp d’autrui. En ce sens, lire le texte en le méditant attentivement et en le considérant comme un défi pour surmonter les difficultés et répondre aux nombreuses questions soulevées, est certainement la manière la meilleure pour en tirer profit.

 

 

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