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Chrétiens dans le monde musulman

Soudan, en travaillant avec ardeur à un présent précaire

Ils se sont tués pendant des dizaines d'années, le Pays s'est partagé en deux, le nord contre le sud, ou peut-être aussi en plusieurs morceaux, et pourtant aux croisements des routes du Soudan, de longs vases chargés d'eau prêts à assouvir la soif de ceux qui passent par là restent suspendus aux arbres, anciens comme cette terre. Il arrive de voir quelqu'un qui s'arrête devant ces terres cuites qui gardent leur eau fraîche même aux saisons les plus torrides, qui allonge le bras pour attraper le bol qui sert de verre et de se désaltérer un peu, sous le soleil qui chauffe et qui déshydrate toujours ici.

Ils se sont tués pendant des dizaines d'années, le Pays s'est partagé en deux, le nord contre le sud, ou peut-être aussi en plusieurs morceaux, et pourtant aux croisements des routes du Soudan, de longs vases chargés d'eau prêts à assouvir la soif de ceux qui passent par là restent suspendus aux arbres, anciens comme cette terre. Il arrive de voir quelqu'un qui s'arrête devant ces terres cuites qui gardent leur eau fraîche même aux saisons les plus torrides, qui allonge le bras pour attraper le bol qui sert de verre et de se désaltérer un peu, sous le soleil qui chauffe et qui déshydrate toujours ici.

 

Ces vases suscitent une question : pourquoi quelqu'un devrait-il se préoccuper de verser de l'eau pour un inconnu qui peut-être un jour ou l'autre passera par là ?

 

Mais il faut s'habituer aux provocations et aux questions, ici, dans le plus grand pays d'Afrique, un amas de violence et de distances, mais aussi d'approches et de croisements, sorti seulement en janvier 2005 d'une série de guerres civiles éternelles et de coups d'état.

 

A partir de l'indépendance obtenue en 1956 jusqu'à aujourd'hui les accrochages, les razzias et les incendies de villages entiers, les disparitions et les arrestations d'hommes accusés de trahison, les fugues et les migrations de milliers et milliers de familles qui quittaient leurs maisons n'ont jamais cessé.

 

Des années qui ont semé dans le Soudan du Nord et surtout du Sud, théâtre des principaux accrochages, une misère désespérée et une désorientation pour celui qui tente aujourd'hui de revenir à la maison, dans sa ville d'origine, où il ne retrouve plus rien, ni les moyens pour recommencer un travail, ni son propre champ à cultiver. Dans de vastes régions l'eau n'arrive pas, les routes sont rares et elles ont des trous, les voies de communication entre le nord et le sud sont inexistantes, exception faite de la voie aérienne. La communication téléphonique aussi, intermittente entre les deux parties du Pays, contribue à maintenir larges les distances.

 

Il y a un mot qui définit cette incertitude et qui vient rythmer toute observation sur le Soudan : "displaced", "réfugié", et ce mot reste collé à des millions de personnes qui se sont enfuies des zones de guerre, à la recherche d'endroits plus sûrs à l'intérieur des limites du Soudan, vers Khartoum, ou tout de suite au-dehors, en Ouganda, au Kenya. On parle d'environ 4-5 millions de personnes, un nombre qui, si on le compare à la population totale de 34.600.000, exprime tout son poids.

 

Aujourd'hui, comme d'autres pays du sud du monde, après la signature du CPA (Comprehensive Peace Agreement) de janvier 2005, le Soudan est aussi en train de renaître sur le terrain insidieux de la contradiction des très peu de riches pour trop de pauvres : ceux qui vivent dans la banlieue de la capitale Khartoum dans des cases construites avec de la boue, pieds nus et affamés, peuvent arriver à voir pousser à l'horizon des bâtiments de luxe construits par des entreprises la plupart du temps asiatiques les treize premières compagnies qui se sont engagées à investir au Soudan sont chinoises qui sont payées avec le pétrole précieux.

 

La croissance est rapide car le Soudan est riche en ressources naturelles : la croissance du PIL a atteint 10 % en 2006 et on s'attend à un bond ultérieur en 2007. Les richesses sont l'or vert et l'or noir : la terre rendue fertile par le Nil permet une agriculture qui garantit 39 % du PIL, tandis que le pétrole, objet de querelles continues entre les parties, sera exporté, seulement en 2007, pour une valeur de plus de 134 millions de dollars.

 

Un tour sur les escaliers mobiles d'Afra, le premier centre commercial global de Khartoum, avec des chemises italiennes en vitrine, ou un passage sur le chantier du business district qui se construit aux alentours de la confluence des deux Nil grâce aux gros investissements de la Chine, de la Malaisie, de Singapour, comme aussi de la Libye, de l'Arabie Saoudite et d'autres pays du Moyen-Orient, pourraient projeter la guerre en arrière dans le temps, faire croire que pour le Pays qui travaille pour «réaliser la paix», comme on a l'habitude de dire par ici, c'est une période fermée, mise aux archives ; comme si la blessure du Darfour n'était pas toujours ouverte et sanglante. Dans cette région occidentale un conflit s'est rallumé en 2003 entre des guerriers à cheval, les janjawid, nomades suspects d'être soutenus par Khartoum et les black, en général des Africains de tribus d'agriculteurs qui vivent là, accusés d'être des séparatistes rebelles par rapport au gouvernement central. Il est difficile de quantifier le bilan de ce que, déjà en 2004 Colin Powell, alors Secrétaire d'Etat américain définit « génocide », mais il arrive, semble-t-il, à 300 mille morts et à plus de deux millions de réfugiés. « Il y a quelque temps j'ai rejoint une localité du Darfour que je connaissais comme un centre vivant, plein de vie et avec des milliers de résidents, - raconte Jervas Mawut, 37 ans, père combonien depuis une dizaine d'années et curé de Nyala Parish mais je suis arrivé le jour après le passage des janjawid. Elle avait été complètement rasée au sol ».

 

Les événements du Darfour contribuent aussi à contester les analyses simplistes de ceux qui ont tenté d'expliquer la guerre entre nordistes et sudistes qui a impliqué tout le Pays, comme un engagement entre musulmans et chrétiens, et renvoient à la complexité de l'histoire de ce pays qui comme moyennes nationales compte 70,3 % de musulmans sunnites, 16,7 % de chrétiens, 11,9 % d'animistes et 1,1 % d'autres et se divise en centaines d'ethnies et de tribus. Les spécialistes indiquent 5 groupes ethniques principaux : les «très noirs» de peau et grands de stature, divisés en Dinkas, Nuers, Noubas, etc., qui vivent de chasse, de pêche et d'élevage ; la souche à la peau très noire, descendants de Cham, fils de Noé selon la tradition, cultivateurs sédentaires, comme les Fours, les Masalits, etc. ; les Bégas, agriculteurs provenant d'Asie à travers la Mer Rouge, les Nubiens qui vivaient dans la zone entre Assouan et Debba ; enfin le groupe des Arabes qui entrèrent en Afrique avant l'Islam, en suivant la voie du Nil, de la Mer Rouge et à travers le Sahara.

 

C'est ici que s'imposèrent au début, avant l'époque coloniale, en particulier entre le Ve et le XVe siècle d'abord trois, puis deux grands règnes chrétiens qui étendirent leur influence au sud et à l'ouest, y compris les montagnes Nouba et le Darfour, jusqu'à toucher le règne chrétien d'Axoum, dans

 

l' Ethiopie actuelle. Il semble que le Christianisme se soit rapidement diffusé dans la zone de la Nobadie, au nord, si bien que Longino, premier évêque de cette Eglise au VIe siècle, écrit dans une de ses lettres: « Des milliers de gens du peuple se bousculent pour entrer dans la voie du salut ».

 

Par la suite, déjà autour de la moitié du VIIe siècle, l'armée islamique, poussée par le zèle hérité du prophète mort depuis peu, engagea les premières tentatives d'invasion de ces règnes chrétiens. Mais ce fut seulement autour du treizième siècle que la présence musulmane se fit lourdement sentir dans la terre des trois Nil. Après de nombreuses invasions, et aussi à cause de l'isolement où l'Eglise était venue à se trouver dans cette partie de l'Afrique, le processus d'islamisation et d'arabisation partielle devint inexorable à cause de la présence de tribus arabes qui descendaient de l'Egypte et qui, à travers les mariages mixtes et les intenses activités d'échanges commerciaux, étendirent l'islam à vue d'œil.

 

« Le Soudan raconte le professeur Jafar Mirghani, directeur du Sudan Civilisation Institute, dépositaire d'une très vaste connaissance de l'ancienne civilisation soudanaise était une terre de passage et de croisement de caravanes. Les pèlerins de l'Afrique occidentale qui rejoignaient La Mecque passaient aussi par là et ils contribuèrent à la diffusion de la foi islamique ».

 

L'arrivée des Ottomans détermina par la suite l'islamisation du nord, presque complète au début du XIXe siècle, époque où se consolida la pratique, économiquement très favorable à ces peuples «nordistes», d'utiliser le sud du pays comme zone d'approvisionnement de ressources alimentaires, de richesse et d'esclaves.

 

Appelés par l'exigence d'intervenir pour endiguer en quelque façon de si lourds abus à l'égard des populations méridionales, pour mettre fin à l'esclavage et pour évangéliser, les premiers missionnaires européens arrivèrent et ne se laissèrent pas repousser, même pas par la malaria qui les décimait. Parmi ces premiers «pionniers» il y eut aussi Daniele Comboni, qui arriva en Afrique centrale en 1857 pour la première fois. C'est de lui, de sa passion pour cette terre, la même passion infatigable qui anime aujourd'hui ses confrères, que serait née ensuite la grande famille des missionnaires comboniens, hommes et femmes qui constituèrent, au cours des années, des paroisses, des écoles, des hôpitaux qu'ils ont soutenus, même dans les moments les plus difficiles, les services vitaux pour la population, bien que, avec des hauts et des bas, ils aient été expulsés ou discriminés ; cela se passa de la même façon au cours du règne du Mahdi (1885-1898), nom donné à Mohammed Ahmed, qui s'était proclamé "guide" pour la purification de l'islam et l'expulsion des Turcs de son pays. Le Mahdi, élevé au rang de véritable héros national après la victoire sur l'armée britannique, sur les Turcs et sur les Egyptiens, fit arrêter et torturer beaucoup de missionnaires, il arriva à contrôler tout le Soudan, sauf le sud, et se comporta en fait comme les Turcs ses prédécesseurs, en imposant des taxes, en réduisant les ennemis en esclavage et en se battant pour le djihad islamique.

 

L'histoire soudanaise tourna encore une fois la page en 1896, quand l'armée égyptienne, soutenue par l'armée britannique conquit de nouveau le Soudan et imposa la copropriété anglo-égyptienne.

 

Le nouveau Gouvernement soudanais, craignant la diffusion du nationalisme arabe, non seulement permit le retour de missionnaires chrétiens, mais il réalisa une politique précise de séparation entre le nord et le sud : il établit la division en districts fermés, d'où il fallait avoir une permission pour entrer et sortir et il imposa l'anglais comme langue officielle dans le sud qu'il sépara du reste du Pays par un espace vide entre le Darfour et le Kordofan.

 

 

Contrôle de l'Education

 

En 1946 il y eut un changement de direction et Londres commença à travailler pour tenter de fusionner les deux réalités du Pays. Mais il était désormais trop tard, la rupture qui s'était produite et consolidée au cours de siècles d'histoire et de pratiques violentes fut le terrain où se développèrent une première guerre civile (1955-1972), puis une seconde (1983-2005), qui s'étaient aussi déchaînées à cause de la tentative continuelle du nord d'imposer sa domination politique, culturelle, économique, sociale et religieuse sur le sud non arabe et non musulman.

 

Il suffit de penser comment, déjà en 1956, une fois l'indépendance obtenue, le nouveau gouvernement composé dans sa très grande majorité de nordistes, annonça qu'il aurait assumé le contrôle de l'éducation aussi dans le sud : il expulsa beaucoup de missionnaires avec les justifications les plus disparates, il imposa le vendredi comme jour de fête et remplaça les écoles des villages par des madras où on enseignait en arabe et où on récitait le Coran. Avec le Missionaries Societies Act de 1962 les missionnaires furent obligés de demander une licence annuelle qui n'était pas toujours accordée ou renouvelée et, passage décisif, en 1983, la loi islamique fut imposée à tout le monde.

 

« Avant la dernière guerre, au cours de la période de trêve, les familles vivaient dans le respect réciproque et il n'était pas étrange que, à l'intérieur d'une même famille il y ait des chrétiens et des musulmans qui s'asseyaient tranquillement à la même table » - raconte Mgr Paolino Luduku Loro, Evêque de Juba, dans l'extrême sud du Soudan, diocèse de 25 mille km2, avec une population d'environ 700 mille personnes dont 480 mille catholiques « mais les conflits civils ont fait sauter les équilibres qui s'étaient établis dans le temps ».

 

Mgr Lukudu préside la conférence épiscopale nationale et son sourire généreux émane de l'énergie, celle qui l'a accompagné dans les années où sa ville, Juba, était occupée par l'armée de Khartoum ; quand il lui arrivait d'aller reprendre quelques prêtres arrêtés et torturés à la soi-disant «maison blanche», alors que tout autour les villages et les villes étaient aux mains des milices indépendantistes sudistes, quelquefois unies contre l'ennemi arabe et quelquefois aussi en conflit entre elles.

 

« Maintenant souhaite l'évêque il nous faut reconstruire les bases d'une confiance réciproque ».

 

Après le coup d'état de 1989 qui l'amena au pouvoir, le général Omar Hassan el Beshir, imposa en effet, à la moitié des années '90, un processus d'islamisation et d'arabisation forcée qui fit que, par exemple, l'arabe fut imposé dans les écoles comme langue d'enseignement.

 

« Etablir une unique langue nationale peut être aussi un bon choix relève Mustafà Awad el Karim, musulman, président d'une ONG née en Italie qui travaille à Khartoum et à Juba avec une série de projets d'éducation pour enfants et adolescents handicapés un choix qui peut favoriser l'unification et l'identité d'un pays qui a tellement d'ethnies et de langues. Mais si on en arrive à devoir imposer par la force une langue déterminée cela veut dire que celle-ci a en soi une faiblesse qui, tôt ou tard, se traduit en violence sur quelqu'un. Lorsqu'un choix ne naît pas de la réalité objective, mais d'une idéologie, il manifeste à long terme sa fragilité. Et je constate aujourd'hui que mes enfants ne parlent bien ni l'arabe ni l'anglais. C'est le système éducatif lui-même qui a subi un affaiblissement ».

 

Au Soudan il est aujourd'hui obligatoire d'aller à l'école jusqu'à 14 ans mais cette obligation est respectée dans 80 % des cas seulement dans la capitale, car dans les villages des displaced ou dans le sud ce pourcentage se réduit lourdement. Et il est difficile pour les écoles de décider librement en ce qui concerne les plans d'étude : « les enfants qui étudient dans notre collège, y compris les chrétiens explique John Samba, headmaster du Comboni College de Khartoum, un millier d'élèves, dont la moitié chrétiens et la moitié musulmans doivent étudier sur des livres qui, quelle que soit la discipline qu'ils traitent, reportent pour chaque chapitre des sourates du Coran. S'ils veulent passer l'examen d'état final, ils doivent les apprendre par cœur ».

 

En 1994 le régime soudanais, à travers le Missionary Act, interdisait toute forme de prosélytisme non islamique et assimila l'Eglise à une ONG étrangère.

 

 

Referendum en 2011

 

L'accord de paix de 2005 a mis une limite à tout cela en permettant la promulgation d'un nouveau Parlement, d'une Constitution qui, du moins formellement, offre de nouvelles garanties : elle distingue clairement le nord, en grande majorité musulmane, du sud où les chrétiens et les adeptes des cultes traditionnels sont prédominants ; elle prévoit qu'en 2011 le sud vote, par referendum, pour savoir s'il veut se séparer ou pas du nord ; elle établit que la shari'a est la source du droit seulement au nord, tandis qu'au sud la source de la législation est constituée par la volonté populaire, les valeurs et les coutumes de la population, avec leurs traditions et leurs croyances religieuses.

 

Si ce texte constitutionnel reconnaît la liberté de religion, en fait les organisations religieuses non musulmanes sont sujettes à diverses discriminations. Le jour du repos officiel du pays, par exemple, reste le vendredi et si on accorde aux chrétiens qui travaillent deux heures le dimanche pour aller à la messe, il n'en est pas de même pour ceux qui vont à l'école. Dans les écoles du nord l'étude de l'islam est obligatoire et, même si dans certaines zones les étudiants peuvent choisir de suivre les enseignements du Coran ou ceux du Christianisme, le manque d'enseignants chrétiens qualifiés rend cela impraticable.

 

« Notre Pays est une Afrique en miniature, un laboratoire où on expérimente comment orienter tout le continent vers une voie de développement et de croissance » : ce sont les paroles convaincues qui viennent de l'expérience du professeur et homme d'études Hassan Makki, professeur musulman de l'International University of Africa, née au début des années 90, qui ne dépend pas directement des organes de l'état, mais qui est soutenue économiquement par le gouvernement et par d'autres financements étrangers. Insérée dans le réseau de l'Union des Universités africaines, qui vise à élever le niveau culturel des jeunes Africains, et en même temps dans le réseau des Universités arabes du monde, l'IUA compte aujourd'hui cinq mille étudiants, dont 60 % ne sont pas soudanais, parmi lesquels des Chinois et des Malais. Il en vient beaucoup d'autres Pays africains qui se préparent à devenir médecins, ingénieurs, experts en Islam et ils ne peuvent pas obtenir leur licence s'ils ne passent pas l'examen d'arabe, qui est en fait la langue de tous les cours. « Notre pays est tolérant observe Hassan, en traçant le profit de l'islam soudanais, qui bien qu'en tenant compte de la présence de beaucoup de confraternités est selon lui fidèle à l'unique Islam aux cinq pilastres et il respecte les droits. Beaucoup plus que certains pays européens. Si un Soudanais qui jouit ici du droit d'avoir plusieurs femmes va vivre par exemple en Italie, son droit n'est plus reconnu dans son nouveau pays. Au contraire si un Italien vient vivre ici, ses droits et ceux de ses femmes sont tous sauvegardés ».

 

« Quel est le vrai visage de l'Islam local aujourd'hui ? se demande Mgr Daniel Adwok, Evêque auxiliaire de Khartoum l'Islam prend la couleur de la terre où il se trouve ; si c'est une terre violente, il devient violent. Ici il a vécu une époque de renaissance au cours des années 60 et 70, grâce aux «missionnaires» formés et envoyés ici du Caire, de al-Azhar et, c'est sur ce type d'islam que l'actuel Président fonde son pouvoir. Pour comprendre le style de vie il faut prendre en considération le fait que, au cours des dix dernières années, un très grand nombre de mosquées ont été construites, mais aucune église. Si on veut construire un lieu de culte il faut le présenter comme centre polyvalent ou centre culturel. Depuis quarante ans le gouvernement ne prépare pas d'enseignants de religion chrétienne, mais la branche «religion» est obligatoire aux examens pour obtenir le diplôme à la fin de l'école secondaire. Et on rencontre des discriminations quand on cherche un emploi : si tu deviens musulman il est beaucoup plus facile de l'obtenir ».

 

 

Visions Mentales

 

Le Gouvernement contrôle les publications à caractère religieux, soit celles qui sont importées, soit celles qui sont imprimées dans le pays, à travers le Conseil National de la Presse qui, par exemple, décida en 2005 de l'arrestation de Mohamed Taha, directeur du quotidien Al-Wifaqa, pour un article considéré blasphème par rapport à Mahomet. Le journaliste a été trouvé décapité en septembre 2006, assassinat revendiqué par un groupe islamique proche du réseau international terroriste Al Qaeda, dont le fondateur établit sa base au Soudan dans les années 90. Une présence qui coûta cher à Khartoum, qui fut bombardée pour cette raison dans l'été 1998 par les Américains.

 

Mais dans ce Soudan qui procède vers la date décisive de 2011 sous le regard de centaines d'observateurs internationaux et d'ONG, fort de son pétrole, qui est en train d'édifier une capitale à faire envie aux capitales européennes, qu'en est-il des rapports entre chrétiens et musulmans ?

 

Selon le Card. Gabriel Zubeir Wako, Archevêque de Khartoum, cet argument doit être considéré non seulement dans le contexte politique du Soudan qui s'inspire de l'Islam et qui a toujours été, même géographiquement, proche de la terre natale des musulmans, mais il doit être aussi considéré à la lumière de la diversité des races qui sont présentes sur ce territoire : « la complexité explique le Cardinal qui fut arrêté et gardé en prison pendant quelques heures en 1998 parce que le diocèse était accusé, sans aucune trace de preuve, de devoir 650 mille dollars à un marchand dont il avait acquis des biens en faveur des réfugiés est représentée par le fait que les musulmans ici aussi, au Moyen-Orient, utilisent l'islam pour conserver le système de gouvernement instauré. Cela les pousse, dans certains cas, à ignorer les personnes qui sont différentes d'eux. Le problème est que quelquefois il s'avère vraiment difficile d'établir si c'est l'Islam qui pousse ces personnes à agir de cette façon ou si c'est le mal qui se trouve dans le cœur de l'homme qui cause la violence ».

 

« La question que je me pose observe l'Archevêque d'un diocèse qui s'étend sur une surface de presque un million de km. carrés, trois fois l'Italie, avec une population de plus de 18 millions de personnes dont 900 mille catholiques est de savoir si les gens se demandent et contrôlent s'ils savent utiliser correctement la raison. Car il est surprenant de voir comment, devant des faits déterminés, tout en recourant à la raison humaine, on arrive à des conclusions aussi différentes, à des lectures et à des actes aussi différents. L'Africain a sa propre vision mentale du monde et de la vie. Et l'Arabe, comme le musulman en a une autre. Cela apparaît évident non seulement parmi des personnes cultivées qui peuvent affronter une discussion ou une confrontation, mais aussi parmi des gens simples. Je perçois que chrétiens et musulmans ont vraiment une vision mentale différente, c'est pourquoi je crois que la relation entre nous et eux, très complexe pour de vrai, reste comme suspendue ».

 

Même le mot «dialogue» résonne différemment dans la voix et dans l'expérience du Cardinal de celui qui est prononcé au nord de la planète : « On peut obtenir facilement un dialogue lorsqu'il s'agit de choses simples comme par exemple la position des chaises dans cette pièce, mais quand on demande à ce dialogue d'apporter une transformation à la façon de penser ou une ouverture à des formes différentes de pensée ou de réaction face à des situations précises et concrètes, alors tout devient très difficile. Il faudra beaucoup de temps. La confiance réciproque est nécessaire entre les personnes qui, à cause de la guerre et de la haine semée au cours des années, l'ont complètement perdue et la reconstruire est une entreprise très ardue. Il arrive souvent d'entendre un Soudanais du sud se déclarer convaincu qu'on ne peut pas se fier d'un Arabe. Et quand il dit arabe, il entend musulman. Pour en arriver à une véritable ouverture réciproque il y a encore un long chemin à parcourir ».

 

 

Antenne sur le Campanile

 

Un chemin que l'Eglise soudanaise et les missionnaires qui travaillent en tandem avec elle ne craignent pas d'entreprendre, même si la route est toute en côte. La dernière initiative entreprise dans cette direction s'appelle Bakhita, comme la première sainte soudanaise : elle a lancé dans l'éther de Juba ses premières musiques et ses vœux justement la veille de Noël 2006 et c'est la radio-mère d'un futur network catholique. « La radio qui peut rejoindre potentiellement à bas prix 500 mille habitants de cette région explique sœur Cecilia, combonienne originaire du Mexique, un concentré de détermination et de dynamisme qui s'est occupée du décollage de la station émettrice entend travailler pour la promotion d'une culture de paix. Pour en finir avec la guerre et pour tenter de recoudre les blessures ouvertes dans les familles et entre les familles. La cuisinière de notre mission commence littéralement à trembler sans pouvoir se contrôler à peine voit-elle un fusil : la guerre l'a marquée jusque dans ses fibres les plus profondes. Il s'agit de recommencer à partir d'ici ».

 

Les difficultés ne manquent certainement pas : monter l'antenne sur le clocher de la cathédrale de Sainte-Thérèse dans le quartier de Kator pendant que les soldats tirent pour protester contre les salaires impayés comme cela est arrivé peu de semaines avant la première émission ce n'est pas vraiment une promenade, de même qu'il n'est pas facile de trouver des jeunes qui aient un minimum de parcours scolaire derrière eux, qui parlent au moins arabe et anglais, qu'on puisse diriger vers la profession de speaker.

 

Dans cette région, où 85% de la population est analphabète, le peu de gens qui sont restés et qui ont réussi à aller à l'école et à étudier sont requis par les ONG et payés avec des salaires que l'Eglise Catholique ne peut certainement pas se permettre. Les organisations internationales, qui sont arrivées du monde entier après l'accord de paix, avec leur standard de prix occidentaux, ont déréglé toute la situation économique à Juba à tel point qu'un lit pour dormir sous une tente peut coûter jusqu'à 150 dollars par nuit !

 

Les hauts pourcentages d'analphabètes soudanais ont des faces et des histoires précises, avec lesquelles les sœurs comboniennes ont à faire tous les jours à Villa Gilda, une clinique pour la maternité qui se trouve au centre de Khartoum où tous les mois naissent plus de cent cinquante enfants. Les mamans qui arrivent ici, en effet, sont d'extractions les plus diverses : il y a la jeune pleine de bracelets en or et il y a la pauvre qui arrive des villages de réfugiés, de la banlieue extrême de la capitale. Huit, neuf fois sur dix ces femmes vivent dans des mariages polygames, parmi elles il y a la chrétienne catholique, la musulmane, la copte, la juive, l'animiste, « mais toutes ces différences n'entrent pas ici, dans notre hôpital explique sœur Guadalupe, mexicaine, qui se partage entre le travail de l'administration et le service dans les villages de réfugiés. C'est comme si le miracle de la vie qui naît ne permettait pas à la haine et aux incompréhensions, qui ont désertifié les relations là dehors, de traverser les murs et d'arriver ici dans nos couloirs. C'est le miracle des enfants ».

 

Mais sœur Guadalupe est aussi témoin de certaines surprises de la solidarité en ce qui concerne d'autres milieux, même les plus impensables. Une fois par semaine elle se rend dans les cases et les baraques des displaced pour animer quelques groupes de catéchèse pour les jeunes et les adultes. « Je guide un groupe d'une vingtaine d'adultes, dont la moitié tout en ne sachant pas lire, suit avec conviction la lecture de l'Evangile » raconte-t-elle trahissant sa stupeur de combonienne venue du Mexique. « Ce sont des personnes qui n'ont rien parce que pour la plupart d'entre elles il n'y a pas de travail, et pourtant elles prennent l'Evangile à la lettre, elles se mettent au service de ceux qui vont encore plus mal, elles se donnent le change pour assister les malades, les handicapés, sans tenir compte de la tribu d'appartenance ou autre. Et moi, j'en suis toujours frappée ».

 

Il y a peut-être aussi cela derrière les vases d'eau fraîche en terre cuite. Une sorte de filet, tissé par des mains qui se tendent dans l'aide réciproque quand on se reconnaît simplement comme hommes et femmes qui ont besoin d'aide.

 

Un filet qui n'efface certainement pas les blessures et qui ne distrait pas de la réalité tellement problématique, mais qui les empêche de freiner leur envie de reprise.

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