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Moyen Orient et Afrique

Syrie: les trois enjeux de Genève 2

La crise syrienne, ce n’est plus seulement la crise de la Syrie. On le répète depuis plus d’un an, mais ces dernières semaines ont confirmé l’aggravation de la situation. Tandis que les grandes puissances tentaient de sauver la conférence de Genève 2 avant même qu’elle ne s’est ouverte le 22 janvier, la réalité a été plus rapide. D’un côté, le Liban : une série d’attentats sur des cibles de plus en plus importantes, et des rumeurs incontrôlables, invérifiables, sur l’éventualité d’un affrontement militaire entre Hezbollah et les forces de l’État islamique d’Iraq et du Levant (ISIL) hors même des frontières syriennes. De l’autre : l’Iraq, avec l’insurrection jihadiste dans la zone sunnite, qui sanctionne l’échec politique du gouvernement al-Maliki. Sans oublier le problème kurde, largement sous-évalué, mais potentiellement explosif y compris pour la Turquie.

 

 

Et pourtant, la perception du danger d’un élargissement du conflit, le spectacle des dévastations, ou le spectre d’un débouché semblable à la Somalie pourraient provoquer une réaction salutaire. C’est du moins ce que l’on espère. En effet, depuis le début des révoltes en 2011 jusqu’à l’été dernier, la diplomatie n’a joué aucun rôle en Syrie – en raison des vetos réciproques, du cynisme, de la confiance des antagonistes en une solution militaire. Puis en septembre dernier, l’appel du pape François a changé la donne.

 

 

Il y a eu ensuite l’accord sur le nucléaire qui a permis à l’Iran de retrouver sa présence dans les instances internationales. Maintenant, l’heure de la conférence de Genève a sonné. Celle-ci peut-elle représenter « le début du chemin si désiré vers la pacification », comme en a formulé le vœu, il y a quelques jours, le pape François lui-même ?

 

 

En réalité, la conférence doit affronter des défis gigantesques. Et tout d’abord, il y a le risque très concret que Genève 2 ne se transforme en une pure et simple parade de propagande où chacun se mette à tirer (par medias interposés) sur l’adversaire. Car pour amorcer une négociation, il faut un minimum de reconnaissance réciproque. Mais si les prémisses sont que « tous les rebelles sont des terroristes » ou que « Bashar al-Assad doit mourir », il n'est pas facile d’accepter le principe même d’une solution politique –même si le fait que les différentes parties acceptent de s’asseoir à la même table est déjà en soi un résultat positif.

 

 

Le second point problématique, c’est le contrôle effectif sur le terrain que les parties convoquées à Genève peuvent vanter. Déjà en ce qui concerne le régime, on ne voit pas clairement si toutes les actions militaires sont planifiées et centralisées, ni comment s’articule la chaîne de commandement. Mais le problème devient dramatique pour les oppositions, étant donné qu’il est exclu que al-Nusra ou ISIL viennent à la table de négociations. Entretemps, le dossier du terrorisme devient de plus en plus brûlant, et aucun groupe ne semble contrôler aujourd’hui la violence criminelle commune, qui se nourrit de haine sectaire.

 

 

Le troisième point est, justement, le sectarisme. Le régime a misé là-dessus, les jihadistes rendent la monnaie par des massacres atroces d’alaouites, de druses et de chrétiens. Quels que puissent être les succès militaires de al-Assad, il reste que les sunnites représentent 70% de la population : toute solution doit trouver la manière de les inclure. Mais la guerre a évolué dans l’autre sens. Plus le conflit devient confessionnel, plus la solution s’éloigne.

 

 

Dans ces conditions, il est bien difficile que l’on parvienne à un arrêt immédiat des violences. Mais un accord pour suspendre l’afflux d’armes et de militaires étrangers serait déjà un succès, parce que la fin des combats est la condition préliminaire à toute forme de réconciliation. Sur cette scène d’une complexité extrême se dresse, le Vatican l’a rappelé, une priorité absolue : les civils.

 

 

Peu avant Noël, parmi les cartes de vœux, j’en ai reçu une, via Skype, qui m’a profondément touché : c’est une photographie d’une rue ravagée par un incendie, dans un quarter résidentiel d’Alep. Depuis l’été 2012, rebelles et forces gouvernementales se disputent la grande ville du nord de la Syrie, à coups d’offensives et contre-offensives sanglantes. Pris entre les deux fronts, les civil, assiégés, se trouvent dans une situation humanitaire de plus en plus difficiles tandis que les prix des dentées alimentaires et du combustible (indispensable en hiver) s’envolent. L’horreur de la petite Isra’ al-Masri, morte d’inanition dans le camp de réfugiés palestiniens au sud de Damas, n’est malheureusement pas un cas isolé. La photographie d’Alep est accompagnée de quelques lignes écrites par un ami : « Les affrontements se déroulent hors de la ville, mais de temps à autre ils tirent des missiles et des fusées également sur la ville. Cette fois-ci, c’est tombé tout près de chez nous. Il y a plus d’un an que cela dure ». Combien de temps cela va-t-il encore durer ?

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