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Religion et société

Al-Sisi, les droits de l’homme et l’Occident

Le président égyptien affirme que son pays est une démocratie encore « dans l’enfance » où les libertés fondamentales peuvent attendre

François Hollande avec Abdel Fattah al-Sisi. Photo : Middle East Eye

Un politologue met en lumière la passivité de l’Occident. En attendant, le pape François demande ce qu’il en est de la mission historique de l’Europe

 

 

Tout d’abord le cas Regeni et celui de tant d’Égyptiens disparus, et, plus récemment, la mobilisation du syndicat égyptien des journalistes ont fait éclater de nouveau, avec force, la question du respect des droits de l’homme dans l’Égypte du président Abdel Fattah al-Sisi.

 

 

À la différence d’autres régimes autoritaires du passé, qui masquaient leur politique répressive derrière une rhétorique purement cosmétique de la démocratie et des droits fondamentaux, la position du président égyptien est moins ambigüe. Durant une conférence de presse le 17 avril, tenue à l’occasion de la visite en Égypte du président français François Hollande, al-Sisi a déclaré qu’en Égypte, on ne peut juger la situation des droits de l’homme selon les critères européens parce que son pays est « un État encore enfant qui fait ses premiers pas d’État démocratique moderne », menacé par le terrorisme et plongé dans le climat « extrêmement tumultueux » de la région du Moyen-Orient.

 

 

Dans son allocution, al-Sisi ne nie pas la valeur des droits de l’homme, mais renvoie leur pleine application à des temps politiquement plus propices, revendiquant de fait cette idée d’une « exception arabe » que les Révolutions de 2011 avaient passagèrement démentie.

 

 

Commentant sur le quotidien al-Masry al-Youm les propos du président al-Sisi, le politologue égyptien Amr Shobaki a reconnu que la question de la démocratie et des droits de l’homme est « prématurée » tant que l’Égypte ne parviendra pas à résoudre les si nombreux problèmes qui la travaillent. Shobaki se demande toutefois pourquoi l’Occident accepte de tels arguments. Certes, il y a sur le tapis des intérêts économiques et géopolitiques consistants. Shobaki rappelle par exemple que la France en un an est devenue le premier fournisseur d’armes de l’Égypte. Mais la vraie raison de l’indifférence européenne, affirme le politologue, c’est que les « élites occidentales, et en particulier européennes, pensent désormais comme le président égyptien […] et estiment que la stabilité non-démocratique est cent fois meilleure que le chaos révolutionnaire ou que la démocratie accoucheuse de terroristes ou de migrants. Voilà pourquoi beaucoup d’occidentaux s’étonneraient si nous réussissions à construire une démocratie stable et avancée ».

 

 

Il est frappant de relire, sur cette toile de fond, ce qu’écrivait en 1938 le grand intellectuel égyptien Taha Hussein dans son ouvrage L’avenir de la culture en Égypte : « Il est de notre devoir d’effacer du cœur des Égyptiens l’idée scélérate et abominable qui leur fait croire qu’ils ont été créés d’une nature diverse de celle des Européens, et qu’ils ont été dotés d’un intellect différent de celui des Européens ». Taha Hussein, qui était un partisan convaincu de l’appartenance de l’Europe et de l’Égypte à une civilisation méditerranéenne commune, voyait dans la culture européenne un idéal dont il fallait s’inspirer.

 

 

Il ne s’agit certes pas de regretter les temps de la “mission civilisatrice” de notre continent, d’autant que, au moment où Taha Hussein écrivait, certains pays européens avaient déjà contracté le virus totalitaire et que l’Europe s’apprêtait à sombrer dans la catastrophe guerrière.

 

 

Reste toutefois la question posée le 6 mai dernier par le pape lors de son allocution pour la remise du prix Charlemagne : « Que t’est-il arrivé, Europe humaniste, paladin des droits de l’homme, de la démocratie et de la liberté ? Que t’est-il arrivé, Europe, terre de poètes, de philosophes, d’artistes, de musiciens, d’hommes de lettres ? Que t’est-il arrivé, Europe, mère de peuples et de nations, mère de grands hommes et femmes qui ont su défendre et donner la vie pour la dignité de leurs frères ? ».

 

 

Peut-être le Moyen-Orient est-il curieux lui aussi de connaître notre réponse.

 

 

Traduction de l'original italien

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