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Religion et société

Ce bien qui précède et unit

Regarder le défi en face

 

Je crois qu’on peut affirmer que la présence musulmane pose, beaucoup plus que d’autres, un défi à la situation actuelle de l’Occident. C’est un fait et le nier par crainte de paraître désobligeants serait seulement une forme de refoulement qui ne mènerait à rien de bon. Selon moi, il y a deux raisons principales à cette difficulté. Avant tout, l’Islam, tout en se référant clairement à la tradition biblique, prend ses distance sur plusieurs points, ne pouvant pas être considérée comme une variante interne au Christianisme. C’est ce que, si je ne me trompe pas, les musulmans eux-mêmes affirment lorsqu’ils déclarent que l’Islam représente un retour à un monothéisme abrahamique antérieur au Christianisme et au Judaïsme historiques, ou si vous préférez, leur réforme, selon l’expression subtile de Joseph Van Ess. Donc, malgré des ressemblances évidentes, l’Islam introduit dans les sociétés occidentales une différence en comparaison beaucoup plus grande par rapport à celle qui existe entre les différentes confessions chrétiennes. C’est pour gérer cette différence que la forme constitutionnelle de l’Europe moderne est née et puis s’est étendue jusqu’à englober les juifs et les non-croyants.

 

 

D’autre part, l’Islam maintient fermement une “revendication” de vérité universelle que la plus grande partie des religions orientales n’expriment pas avec une force égale. Une telle union entre une tension universaliste analogue à la chrétienne et une vision du monde différente constitue la particularité de la condition des croyants musulmans dans l’Occident contemporain. Par leur simple présence, en tant que personnes et en tant que communauté, ils posent le problème de la cohabitation de différentes visions du monde universelles dans la sphère publique.

 

 

2. Un principe et ses implications

 

Lorsqu’il y a quelques années j’ai commencé à parler du processus de “métissage de civilisations et de cultures”, de nombreuses personnes en Italie ont éprouvé des difficultés à comprendre ce à quoi je faisais référence. Mais la manière dont ont augmenté les conflits est une évidence empirique, parfois comme effet des politiques qui avaient précisément comme objectif de les éviter. Il me semble que jusqu’à présent on a privilégié dans ce domaine une approche pragmatique. Le problème a été de reléguer la diversité (également de manière physique, dans le cas de plusieurs politiques multiculturelles) et de limiter les conflits, à travers aussi une conception réductrice du dialogue comme contrôle de la violence. Un objectif certainement partageable, mais l’illumination culturelle dont je parlais au début voudrait aller un peu plus loin que les slogans du type “nous croyons tous en un seul dieu”, ou “le problème ce ne sont pas les religions, mais les politiciens qui instrumentalisent les religions”.

 

 

Pour Oasis, le point de départ pour structurer de manière adéquate la relation entre les différents sujets personnels et communautaires dans une société plurielle réside dans le principe de communication. Comme on le comprendra, le terme ici est considéré au sens le plus fort possible, comme une “mise en commun” fondamentale (qui pour les chrétiens est le reflet de la communication la plus radicale qui existe, celle entre les personnes de la Trinité).

 

 

Dans le vrai sens du terme, la communication est l’acte de se raconter et de se laisser raconter en vue d’une reconnaissance réciproque. Précisément à cause de sa nature profonde, une telle communication ne peut jamais être prise comme un fait évident, mais elle doit être considérée comme le fruit d’une décision, même si parfois elle est largement implicite. On peut donc certainement parler à ce sujet, comme le fait Patten, d’un «good of communication». Il représente aussi le fait politique primaire. En effet, et malgré toutes les tentatives pour démontrer le contraire, pour vivre en société, il faut une idée de bien autour de laquelle tous peuvent se reconnaître. Mais, dans un contexte pluriel, on ne peut pas penser déduire une telle idée à partir d’une vision partagée du monde.

 

 

Le projet échoua déjà en 1947 lorsque le problème se posa au siège des Nations Unies. Que reste-t-il donc de commun ? Il reste le bien lui-même de l’être en commun, ou si l’on préfère, le bien pratique de l’être ensemble. Un tel concept, comme c’est connu, est central dans le magistère social de Jean-Paul II qui, dans différents domaines, a toujours insisté sur le bien primaire constitué par cet être ensemble.

 

 

Cette base communicative pourrait apparaître très exiguë (et à la fin j’essayerai d’expliquer les raisons de cette impression), mais, en réalité, qui dit communication dit une série de conditions structurelles : en effet, pour communiquer, il faut reconnaître l’autre comme un interlocuteur à plein titre, sans discrimination, avec justice. Chacune de ces conditions implique une certaine conception de la personne humaine (le terme “personne” me semble ici dans une certaine mesure obligatoire) et une situation pratique précise de la société. En fait de communication, tout n’est pas égal à tout. On pourrait se demander de manière polémique si une telle volonté de communication existe réellement dans des sociétés toujours plus incertaines et parcellisées et on ne peut pas nier que différents groupes sont aujourd’hui tentés par le repli identitaire. Cependant, comme le montre la récente Immigrant Citizens Survey présentée en mai dernier à Bruxelles, il émerge aussi parmi les immigrés un désir très fort de devenir citoyen du pays de résidence. Ce fait, bien que contredit par des tendances opposées, indique la présence d’un espace de communication possible. Son lieu primaire est naturellement une société civile qui fonctionne de manière adéquate.

 

 

De l’autre côté, il est clair que dans la narration réciproque les différents sujets pourront et seront invités à puiser à chaque fois aux traditions auxquelles ils appartiennent, qu’elles soient religieuses ou laïques, en enrichissant le consensus d’éléments ultérieurs. Mais, avec tous, il sera possible de faire valoir le principe de communication, qui consentira au législateur, au cas où cela s’avérerait nécessaire, d’adopter aussi des mesures répressives, destinées à sauvegarder le bien de l’être ensemble des déviations qui pourraient le mettre en danger, comme argumente en particulier Habermas. Et parmi les déviations figurent aujourd’hui aussi les pratiques déformées de religiosité, comme le fondamentalisme. En effet, le principe de communication interpelle les mêmes communautés religieuses et leur adéquation à soutenir la structuration d’une société plurielle.

 

 

Je pense qu’il n’est pas difficile de saisir une certaine harmonie entre la valorisation de la communication entre des sujets concrets dont nous sommes en train de parler et la perception du rôle positif des religions qui depuis une décennie s’est répandue parmi les chercheurs et les personnes engagées dans le domaine des droits de l’homme, surtout dans la sphère anglophone.

 

 

Comme c’est bien connu, on est passé d’une vision où les religions étaient considérées comme une partie du problème à une autre où elles sont vues comme une partie de la solution, à cause des ressources de sens qu’elles sont capables de mobiliser. Évidemment, pour Oasis, la capacité de mobilisation des religions n’est pas liée à la persistance de sociétés archaïques, qui ont encore besoin d’une représentation mythopoïétique du monde (une réduction sociologisante de la religion), mais elle dérive du fait que les valeurs, toutes les valeurs, sont les expressions de traditions culturelles. Elles disent l’universel avec plus ou moins de clarté mais toujours à partir d’une expérience concrète et historiquement déterminée.

 

 

Pour cette raison précisément, le consensus pratique ne devrait pas avoir comme objectif l’élaboration d’une super-religion qui se substitue aux religions historiques, mais celui d’une coexistence enrichissante entre les fidèles des différentes religions. Une telle coexistence laisse complètement intacte la question si l’une d’elles, pour nous la foi en Jésus-Christ, Vérité vivante et personnelle, est capable d’accueillir en soi et de réaliser la vérité des autres. Si l’on regarde bien, c’est précisément sur cette question passionnante, pas sur une autre, que se joue le dialogue interreligieux authentique, comme aussi le débat avec les non-croyants, jusque dans le détail des questions anthropologiques et éthiques les plus brûlantes, du sens du mariage à l’avortement ou à l’euthanasie. Mais pour qu’une telle confrontation puisse s’accomplir dans toutes ses potentialités, il faut reconnaître ce bien qui précède et en tous cas unit, le bien de la communication.

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