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Religion et société

Chrétiens obligés à un bas profil

Liberté de religion, liberté de culte, liberté d'assemblée : celui qui vit en Occident ne fait pas cas de ces trois déclinaisons, mais les minorités qui habitent dans la région du Golfe ne peuvent pas en faire autant, là où les variantes, les nuances et les restrictions sont à l'ordre du jour. Les lois et les habitudes de la majorité imposent des comportements discretset des renonciations à la visibilité des signes et des gestes. Mais les limitations n'empêchent pas la présence et le témoignage.

Il y a un an, j'ai rencontré un théologien européen qui parlait avec un grand enthousiasme de la liberté de religion dans les Emirats arabes, en particulier à Abu Dhabi et à Dubai. Le théologien se référait au fait que quelques hommes de gouvernement avaient déjà accordé à des communautés chrétiennes l'espace nécessaire pour la construction de lieux de culte il y a quelques années. En effet, les chrétiens sont très reconnaissants aux hommes de gouvernement de Bharain, du Kuwait, de quelques-uns des Emirats Arabes Unis, d'Oman et récemment du Qatar pour la concession des terrains et des permissions nécessaires à la construction de leurs lieux de culte.

 

Toutefois il faut être clairs dans l'emploi des mots : un des droits fondamentaux de l'homme, la « liberté de religion », signifie la liberté qu'a chaque individu de choisir s'il veut appartenir à une religion et à laquelle.

 

« Liberté de culte » signifie au contraire que, quelle que soit la personne, et quelle que soit sa religion, cette personne peut rendre culte à Dieu soit individuellement, soit avec d'autres fidèles coreligionnaires.

 

 

C'est pourquoi ce droit est strictement lié à celui qui porte de nom de « liberté d'assemblée ».

 

Dans la plupart des pays du monde la liberté d'assemblée est limitée par des normes de légalité et d'ordre. Mais dans certains pays, même dans le Golfe, les restrictions sont telles que la liberté d'assemblée s'en trouve très limitée et pratiquement inexistante. En outre pour une évaluation de ce genre, il ne faut pas se référer seulement à la Constitution écrite et aux lois d'un pays, mais surtout à la mesure dans laquelle ces lois sont ou ne sont pas appliquées dans la pratique.

 

 

En analysant la situation des pays du Golfe, tous islamiques, nous nous apercevons que la liberté de religion existe de façon limitée. Chacun peut garder son appartenance à une religion déterminée, mais aucun musulman ne peut se convertir à une autre religion. Un non-musulman peut au contraire se convertir à la religion de son choix. L'Eglise catholique du Golfe se conforme à ces restrictions en raison de la sécurité des personnes impliquées et pour conserver la liberté limitée d'action de ses membres.

 

De toute façon il est évident que cette situation ne correspond pas à la « Déclaration des Droits humains » des Nations Unies.

 

 

La liberté de culte en tant qu'acte social est au moins garantie dans des lieux spécifiques de tous les pays du Golfe, sauf un. A propos de l'Arabie Saoudite, l'International Religious Freedom Report 2005, réalisé par le Bureau of Democracy, Human Rights and Labor du Département d'Etat américain et confirmé aussi par d'autres sources rapporte ce qui suit : « La liberté de religion n'existe pas. L'Islam est la religion officielle et tous les citoyens doivent être musulmans. La liberté de religion n'est ni prise en considération, ni protégée par la loi et les libertés religieuses sont niées à tout le monde, sauf aux fidèles qui adhèrent à la version de l'Islam sunnite prescrite par l'Etat. La possibilité de choisir ou de changer de religion est niée aux citoyens, ceux qui n'ont pas la nationalité y compris les musulmans pratiquent leur foi avec de sévères restrictions. Le gouvernement limite la pratique de tout courant islamique différent de celui qui est officiel, et il interdit le culte public à toutes les autres religions. Au cours de la période de rédaction du rapport, le gouvernement a réaffirmé publiquement que les non-musulmans sont libres de pratiquer leur religion, à la maison ou en privé, mais il ne respecte pas toujours ce qu'il affirme ».

 

 

En ce qui concerne la liberté de culte, ce même rapport dit : « Le gouvernement continue à déclarer publiquement d'accorder aux étrangers non-musulmans le droit de culte en privé. Mais le gouvernement ne fournit pas d'indications explicites comme par exemple le nombre de personnes à qui il est permis de participer à des célébrations privées, ou les lieux où il est possible de célébrer qui indiquent ce que l'on entend par « culte privé » ; de cette façon la distinction entre culte public et privé reste peu claire.

 

Ce manque de clarté et certains cas d'application incohérente amènent beaucoup de non-musulmans à s'approcher du culte en ayant peur des persécutions et en tentant de ne pas se faire découvrir par la police et par les Mutawwa'in (la police religieuse saoudite, N.d.T.).

 

 

Dans les autres pays la situation est en général la suivante : la liberté de culte est garantie aux différentes églises et communautés chrétiennes à l'intérieur des zones destinées à cet effet. Un culte de bas profil est accordé, ou pour le moins toléré, dans des salles en location ou dans des maisons privées. Dans certains pays les restrictions dépendent plutôt des actions provocatrices de quelques zélotes chrétiens, ou, - en particulier de quelques groupes fondamentalistes d'autres religions. Quelques-uns de ces derniers ont été suspectés d'être enclins à des actions terroristes. Même si la liberté de culte subit quelques restrictions, nous ne devons pas en tirer des conclusions simplistes. Beaucoup de restrictions et de mesures ne sont pas prises contre une religion en particulier, mais plutôt contre des groupes que l'on suppose être ou devenir des cellules insurrectionnelles ou d'action illégale.

 

Dans ces pays du Golfe où la liberté de culte existe et la construction de lieux de culte est autorisée, les chrétiens sont obligés (et dans leur intérêt on le leur conseille) de garder un comportement de « bas profil », par respect pour la culture religieuse dominante musulmane. Les édifices ecclésiastiques ne doivent montrer aucun signe religieux extérieur (par exemple des croix ou des statues de saints). Dans le projet de construction, surtout des églises, il faut tenir compte du fait que les édifices ne doivent pas être plus hauts que les constructions qui les entourent et en particulier que les mosquées. Pour des raisons de ce genre, la construction de clochers ou la sonnerie de cloches ne sont pas permises.

 

 

Dans tous les pays du Golfe, sauf l'Arabie saoudite, les différentes confessions chrétiennes ont leurs propres lieux de culte ou églises. Les catholiques ont leurs églises au Bahrayn (la première dans le Golfe, construite en 1939), au Koweït, dans les Emirats Arabes Unis (Abou Dhabi, Dubai, Sharjah, Al Ain, Jebel Ali et Fujairah), en Oman (Mascate/Ruwi, Mascate/Ghala, Salalah et Sohar). Dans le Qatar (Doha) on a donné la permission de construire une église et les travaux ont commencé à la fin de 2005. Nous pouvons ajouter aussi le Yémen, où la présence de l'Eglise catholique dans la péninsule arabique commence au XIXe siècle : la première église de la Sainte Famille à Aden fut déjà construite en 1854.

 

 

Comme nous parlons de liberté de culte, je voudrais aussi citer la présence, non seulement de prêtres, mais aussi de différentes congrégations religieuses qui continuent à faire un travail splendide, non seulement dans les écoles de quelques petits pays du Golfe (Bahrayn, Kuwait, Abou Dhabi, Dubai, Fujairah), mais aussi dans les maisons pour personnes handicapées physiquement ou mentalement au Yémen (Aden, Taïz, Sana'a, Hodeidah). Les sœurs que l'on reconnaît facilement à leurs habits sont d'habitude traitées avec beaucoup de respect. Les prêtres aussi n'ont pas besoin de ne pas se faire reconnaître, même si la prudence peut être recommandable dans certains lieux.

 

L'instruction religieuse (catéchisme) des enfants est donnée en dehors des écoles, dans les pièces disponibles de la paroisse. Dans les écoles des Emirats Arabes Unis, trois heures de religion par semaine sont obligatoires de par la loi. Dans les écoles chrétiennes privées des Emirats, nous avons le droit de séparer les enseignements respectifs en leçons de Coran pour les musulmans, de catéchisme pour les chrétiens et d'éthique pour les autres.

 

 

Comme nous l'avons déjà dit, les restrictions qui concernent la liberté de culte dans la plus grande partie des pays du Golfe, en premier lieu ne sont pas des restrictions contre une religion en particulier, mais des mesures générales dues à des raisons de sécurité. En effet dans certains pays le Ministère des Affaires islamiques a la fonction d'autorité de contrôle sur les imam et les mosquées, surtout en ce qui concerne les sermons du vendredi. Les fidèles non-musulmans n'ont aucune autorité qui se mêle de leurs célébrations ou de leurs prédications.

 

En Oman un prêtre qui fait la demande d'un visa doit présenter un curriculum détaillé de sa formation. Le fait que des assemblées de type religieux soient limitées à des lieux officiels (mosquées, églises), si l'on exclut des permissions spéciales, dépend de la nécessité de contrôle que perçoivent les autorités politiques. En fait il peut y avoir une certaine tolérance même en Arabie Saoudite dans la mesure où les réunions et les célébrations des fidèles sont de bas profil et ne dérangent pas ceux qui appartiennent à la religion de la majorité.

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