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Islam

Comment l’Islam est devenu « américain »

Muhammad Ali « a rendu cool le fait d’être musulman, il a donné dignité au fait d’être musulman. Et tout cela, il l’a fait de manière à ce que personne ne puisse mettre en doute son appartenance » aux États-Unis, a-t-on dit aux funérailles du boxeur. De même que Ali représente les idéaux les meilleurs de l’Amérique, le terroriste d’Orlando en représente le pire. Les musulmans américains doivent vivre l’héritage de Ali.

[L'article est contenu dans Oasis n. 24. Pour en lire tous les contenus vous pouvez acquérir une copie ou vous abonner] Le 11 juin au soir, je suis allé dormir après avoir regardé une rediffusion des funérailles de Muhammad Ali. Le 12 juin au matin, je me suis réveillé avec la nouvelle du massacre d’Orlando. Ces deux événements représentent les pôles opposés de la vie musulmane aux États-Unis. Je suis né au Pakistan et j’avais 4 ans quand je suis arrivé au Canada en 1970. À l’époque, il y avait dans ce pays moins de 34 000 musulmans. J’ai grandi à Toronto, où j’ai fait mes études, de la maternelle au doctorat. La génération de mes parents n’est pas celle des pionniers de l’Islam au Canada. Le premier recensement canadien de 1871 (le pays moderne est né en 1867) enregistrait la présence de 13 musulmans. Quand mes parents sont arrivés à Toronto, il n’y avait en ville qu’une mosquée, et, tout près, un seul magasin qui vendait de la viande halâl. Une vieille amie de ma mère m’a raconté comment elles avaient fait connaissance, vers 1972 : ma mère traversa l’une des grandes rues de la ville pour aller à sa rencontre, parce qu’elle l’avait entendue parler ourdu avec son mari. Ma mère était si heureuse d’entendre parler sa langue par quelqu’un qui n’était pas de sa famille qu’elle se lança à travers une rue encombrée de circulation pour parler avec des inconnus. Depuis, le nombre des musulmans au Canada a considérablement augmenté : en 2001, il y en avait 579 600, mais le dernier recensement en 2011 a enregistré plus d’un million de musulmans. À présent, on entend l’ourdu partout, et les parties de hockey sont transmises même en pendjabi (langue parlée au Pendjab, région entre Inde et Pakistan, NdlR). Chose inimaginable en 1970. Les héros de l’enfance À l’époque, à la télévision, je voyais très peu de gens de couleur, et presque aucun musulman. Les seuls que je me rappelle, c’étaient les athlètes afro-américains Kareem Abdul Jabbar et le plus grand de tous les temps, Muhammad Ali. Ce sont eux les héros musulmans de mon enfance, et quarante ans plus tard, ils restent des modèles sur la manière d’être musulman. À 32 ans, je me suis transféré à Los Angeles, où j’ai vécu ces vingt dernières années. Il faut souligner que les musulmans américains sont très différents des communautés musulmanes d’Europe ou du Canada, où nous sommes présents comme minorité dans un contexte occidental. Les musulmans canadiens n’ont pas la même histoire que les musulmans américains. La petite population musulmane présente au Canada à la fin du XIXe siècle était incomparablement inférieure au nombre d’esclaves musulmans présents en Amérique depuis des générations, et dans la vie musulmane canadienne, il n’y a rien qui ressemble aux musulmans afro-américains, qui représentent au moins un quart des musulmans américains. Les musulmans afro-américains font depuis des siècles partie de l’histoire des États-Unis. La situation est nettement différente en Europe, tant parmi la population musulmane que parmi les non-musulmans. En Europe, chacune de ces populations tend à être bien plus homogène qu’elle ne l’est aux États-Unis. Ainsi, en Grande Bretagne, la majorité des musulmans provient du sud de l’Asie. En France, les musulmans proviennent généralement d’Afrique du Nord, tandis qu’en Allemagne, ce sont d’habitude des Turcs ou des Kurdes. En Amérique, la situation est différente : ici, les musulmans sont dans une même proportion afro-américains, originaires du Sud-est Asiatique, ou du Moyen-Orient (si l’on ne considère que les trois groupes majoritaires). En outre, la définition de ce que signifie être français, anglais ou allemand est beaucoup plus restreinte par rapport à l’être américain, qui incorpore toutes ces identités européennes et bien d’autres encore. Et puis il y a une différence socio-économique. Les musulmans américains constituent une histoire américaine de réussite : ils sont aisés et généralement exercent des professions libérales. Il y a par exemple des milliers de médecins musulmans américains, 20 000 selon les chiffres de l’Association médicale islamique d’Amérique du Nord. Les musulmans européens, eux, sont plus marginalisés, ils appartiennent souvent à une classe socio-économique plus basse, connaissent des taux de chômage plus élevés. Parfois, et c’est souvent le cas en Allemagne, ils ont le statut d’immigrés ou de travailleurs-hôtes, non de citoyens. Enfin il y a une différence entre la laïcité américaine, qui ne cherche pas à abolir la religion mais à donner, de façon équitable, une place à toutes les religions, et différents types européens d’États non-confessionnels qui cherchent à rendre l’espace public non-religieux. Aux États-Unis, les musulmans américains sont libres de vivre leur propre Islam dans l’espace public. De très nombreux musulmans américains le font, et personne ne l’a fait mieux que le héros de mon enfance, le plus grand de tous les temps. « Vole comme un papillon, pique comme une abeille » Muhammad Ali est né Cassius Clay à Louisville et a atteint une gloire nationale en remportant une médaille d’or aux Jeux Olympiques de Rome en 1960 dans la catégorie des boxeurs poids mi-lourds. La même année, Clay devient professionnel et acquiert de la notoriété tant par son verbe que par son talent sur le ring. La poésie qu’il invente avec son homme de coin Drew Bundini Brown (« Vole comme un papillon, pique comme une abeille ») a pris un sens profond pour la culture américaine. En 1964, à 22 ans, Clay – il le reconnaît lui-même – « bouleverse le monde » en battant en six rounds Sonny Liston, devenant ainsi champion du monde des poids lourds. Quelques années auparavant, il avait participé aux assemblées de la Nation of Islam, et y avait rencontré Malcolm X, qui, en sa qualité d’ami et de conseiller, allait faire partie de l’entourage de Clay lors de la rencontre avec Liston. Après la rencontre, Clay proclama publiquement sa conversion et reçut le nom de Muhammad Ali que lui donna Elijah Muhammad, l’un des chefs de la Nation of Islam. Quand Malcolm X quitta la Nation of Islam à la suite de ses problèmes avec Elijah Muhammad, Ali rompit avec son vieil ami. [L'article est contenu dans Oasis n. 24. Pour en lire tous les contenus vous pouvez acquérir une copie ou vous abonner]

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