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Religion et société

Dans les écoles du monde face à face avec la foi

L’ancien Premier Ministre britannique présente aux lecteurs d’«Oasis» le programme mis au point par sa Fondation. « Dans la vie globale du XXIe siècle, il faut promouvoir la compréhension entre les croyants et projeter une image positive de l’identité religieuse ». Un projet mis en œuvre dans onze pays.

Face to Faith est un programme international pour les élèves des écoles secondaires dirigé par la Tony Blair Faith Foundation, dans le but tant d’accroître les connaissances religieuses des participants que de promouvoir le respect et la compréhension réciproque entre élèves de cultures et de religions différentes. Les élèves ont la possibilité d’apprendre les uns des autres à travers des discussions internationales et interreligieuses en vidéoconférence. Actuellement en place dans 11 pays (Australie, Pakistan, Inde, Thaïlande, Singapour, Liban, Palestine, Jordanie, Royaume-Uni, États-Unis et Canada), le programme offre aux élèves la possibilité de parler avec des élèves d’autres pays de problèmes d’importance globale et de connaître les nombreuses manières dont les différentes cultures et religions permettent aux gens de trouver des solutions.

 

 

L’éducation est la clef pour le développement du futur, non seulement au niveau individuel, mais aussi au niveau de la société, des nations et, de manière toujours plus croissante, de la planète. Dans différents pays du monde, les systèmes éducatifs ont du mal à s’adapter à l’idée de préparer les élèves d’aujourd’hui aux réalités globales de demain (et, étant donné que les changements surviennent à un rythme de plus en plus accéléré, il est presque impossible de prévoir quelles seront ces réalités). Les fondements historiquement solides dont on pensait qu’ils soutenaient ces réalités et auxquels s’ancrait la perception de soi dans le flux de l’histoire – culture, nation, foi religieuse – sont eux-mêmes sujets aux forces du changement. Le programme Face to Faith a pour but d’affronter un problème clef que les systèmes éducatifs ont jusqu’à maintenant éludé : la question de la foi et de l’identité. En préparant les élèves à la vie du XXIème siècle, il faut reconnaître que la foi est importante pour un grand nombre de personnes dans le monde, qu’elle joue un rôle décisif dans la formation de leur vie et dans la signification qu’elle y imprime. Des points de vue comme « ce que croient les autres ne me concerne pas, parce que de toutes façons nous sommes loin [1] ou bien « la religion est une fable pour ceux qui ne comprennent pas la science » [2] sont critiqués avec fermeté par les discours de la globalisation et du post-modernisme, trajectoires irrésistibles qui nous poussent vers un futur à partager en tant que citoyens de la planète qui doivent apprendre à écouter et à comprendre leurs nouveaux voisins s’ils veulent se tenir debout et grandir ensemble.

 

 

La Tony Blair Faith Foundation a deux objectifs principaux : promouvoir la compréhension réciproque entre les croyants et projeter une image positive de la foi sur la scène du monde. Le programme Face to Faith joue un rôle vital dans les deux processus : il se propose de travailler avec les jeunes, les élèves d’aujourd’hui qui seront les leaders mondiaux, les politiciens, les électeurs, les citoyens de demain. Le programme veut les rendre capables de raconter et d’écouter leurs histoires, d’apprendre les uns des autres en matière de religion et donc de développer une communauté de compréhension et de respect réciproques. En effet, le corollaire de ce type d’éducation, c’est que les élèves sont à leur tour enseignants, ils deviennent donc d’orgueilleux protagonistes de leurs histoires et des ambassadeurs de leurs croyances et de leurs cultures respectives, lesquelles ne sont plus représentées à travers la lentille des médias (trop souvent déformante) mais jaillissent, dès le début, à partir de l’expérience personnelle.

 

 

La rencontre clef entre les étudiants survient à travers la vidéoconférence, au moyen de laquelle les élèves rencontrent « les autres » et apprennent de ces derniers, en plus de leur enseigner leur propre credo et leurs propres positions culturelles. À un niveau plus profond, cela les place dans la situation de voir au-delà des stéréotypes véhiculés par les médias et de rencontrer directement des jeunes provenant d’autres croyances et d’autres cultures en tant que personnes pour établir des relations basées sur la compréhension et le respect réciproques. Bien que chaque vidéoconférence ne dure qu’une heure, les élèves peuvent continuer les discussions à travers une communauté online à laquelle ne peuvent accéder que les élèves et les enseignants qui s’y inscrivent. Chaque vidéoconférence est modérée par une personne possédant une expérience dans le domaine du dialogue interreligieux ou dans celui de l’éducation pluri-religieuse. Le modérateur facilite le déroulement de la discussion et permet aux enseignants d’aider les étudiants à tirer le maximum de cette opportunité.

 

 

Face to Faith opère en collaboration avec le Global Nomads Group et Polycom (à l’avant-garde mondiale de la technologie de la vidéoconférence) pour permettre la participation de toutes les écoles qui veulent profiter du programme, en fournissant gratuitement le software nécessaire. Notre expérience a montré qu’il s’agit d’une méthode efficace pour construire des relations planétaires. Un enseignant a écrit cet email à l’un de ses collègues : « Tes élèves ont été éloquents, honnêtes et curieux… j’ai aimé la manière dont ils s’appelaient “amis” entre eux et j’ai été heureux d’entendre comment ils régissaient à leurs interlocuteurs même lorsqu’ils exprimaient un désaccord. On voyait qu’ils avaient intégré ce que signifie communiquer avec honnêteté et respect ».

 

 

Discussions en Classe

 

 

Il existe souvent d’importantes tensions dans le rapport entre foi religieuse et éducation, tensions qui, dans de nombreux pays, sont résolues par une vigoureuse adhésion aux principes laïques : l’idée selon laquelle la religion est une question totalement privée, souvent source de divisions, qu’il faut exclure complètement des salles de classe. Cette attitude n’est pas surprenante si l’on considère l’abus historique de privilèges perpétré dans le passé par certaines communautés religieuses. Personne ne veut que les jeunes subissent un lavage de cerveau ou qu’il leur soit imposée une foi ou une idéologie particulière. Le refus de la foi religieuse comme matière d’enseignement ou de discussion est donc une façon d’aborder la question. Cette approche particulière, toutefois, comporte ses problèmes, c’est-à-dire qu’elle tend à produire des individus non seulement ignorants en matière de foi religieuse (qu’il s’agisse ou non de celle de leur propre culture), mais également privés du langage ou des instruments intellectuels spécifiques qui les rendraient capables dans le futur d’entrer en relation avec des croyants. Leurs opinions seront donc formées par les caprices des médias, dont les courants changent continuellement de direction ou, pire, par des groupes extrémistes. En outre, il se développe une attitude où la foi religieuse n’a pas d’importance et ne fait pas partie du « monde des adultes ». En bref, pour employer la terminologie de Prothero, ces jeunes deviennent « analphabètes sur le plan religieux ».[3]

 

 

Face to Faith cherche à améliorer l’« alphabétisation religieuse » des élèves, en leur offrant les opportunités d’explorer ces idées dans un environnement sûr et stimulant. Fondamentalement, le programme essaie d’aider les élèves à connaître les religions à travers des outils variés, de manière plus significative, à travers les discussions avec d’autres élèves. Le fait que cela a lieu en classe est en soi important. Les classes sont souvent des lieux où se produisent des discussions vivantes et approfondies, au cours desquelles les participants sont guidés et aidés. Les élèves sont encouragés à ouvrir largement leur esprit face à une variété de problèmes et à tirer leurs conclusions. Pourquoi la foi devrait-elle donc être exclue de ce processus intellectuel ? La thèse selon laquelle « les élèves pourraient se convertir au contact d’idées qu’ils rencontrent dans les cours » est faible. En étudiant l’histoire, les élèves du monde apprennent des choses terribles, par exemple la Shoah ; mais personne n’insinue le doute que l’exposition à ces idées et l’étude des racines de l’antisémitisme européen puisse rendre un étudiant antisémite ou génocide. En réalité, l’expérience suggère qu’il est davantage probable que les élèves ressortent de ce processus encore plus convaincus de leurs positions initiales. Entreprendre d’expliquer aux autres sa propre foi est un beau défi. Il faut dépasser les slogans et les lieux communs qui entrent régulièrement dans le discours religieux. On ne peut pas employer la commode terminologie de l’adepte, il faut plutôt expliquer les concepts de manière claire et simple. Ceci aide très souvent à explorer de manière approfondie ce en quoi on croit, que ce soit le « pourquoi je crois en Dieu », ou bien le « pourquoi je ne crois pas en Dieu ». Parce qu’il est important de rappeler que nous sommes en train de parler d’alphabétisation religieuse, c’est-à-dire d’enseigner la religion, pas de l’imposer. Cela est valable pour tous les élèves, qu’ils aient ou non une foi religieuse, et il y a l’espace pour discuter des croyances et des points de vue de chacun.

 

 

Nous encourageons l’emploi de techniques empruntées au dialogue interreligieux, avec un accent particulier sur ce que « je » pense et crois, plutôt que d’imaginer que chaque individu représente une entière tradition, ce qui place non seulement les élèves dans une meilleure position en respectant les opinions des individus, mais leur donne l’opportunité de découvrir de façon directe la diversité des expérience et des approches au sein de chaque tradition religieuse. Les élèves musulmans d’Indonésie, du Pakistan, de Palestine et du Royaume-Uni partagent certains éléments d’une culture religieuse commune, mais leur expérience de la manière dont cette culture est vécue au sein de chaque communauté peut être très différente. Il est également significatif que les élèves apprennent à connaître la foi religieuse comme une forme « d’antidote contre l’extrémisme ».

 

 

Une des raisons pour lesquelles les jeunes deviennent des extrémistes religieux, c’est que leur première rencontre avec la religion, généralement dans sa forme la plus fondamentaliste et extrémiste, se produit dans un climat d’intolérance : aucune question ou dissension, les mots leur sont inculqués dans la tête jusqu’à ce qu’ils leur ressortent par la bouche. Qu’une semblable approche leur semble bonne est, paradoxalement, le résultat d’une éducation qui privilégie la perspective laïque sur la religion, en suggérant que la religion est en soi monolithique, fondamentaliste et irrationnelle.

 

 

Les élèves qui ont rencontré pour la première fois la religion en classe se trouvent dans une situation différente : ils sont habitués à poser des questions, ils ont une familiarité avec certains concepts et, surtout, ils savent qu’il existe une grande diversité au sein de chaque religion particulière. Par conséquent, tout individu ou groupe qui prétendrait posséder une vérité ou une interprétation absolue pourrait ne pas avoir raison.

 

 

Encourager l’Action Sociale

 

 

Le programme Face to Faith offre une gamme de matériels didactiques pour aider les enseignants à préparer leurs élèves en vue des vidéoconférences. Il est important que ces précieuses rencontres deviennent une occasion de dialogue significatif et nous croyons que cette approche peut être apprise et enseignée. Les ressources sont modulaires et flexibles, de manière à pouvoir être utilisées dans différents modèles de cursus et avec des élèves aux expériences et aux âges divers ; elles peuvent être intégrées dans des structures de cursus existantes ou bien former des cours indépendants (ou même appuyer la composante du projet Global Perspectives IGCSE proposé dans 140 pays par Cambridge Assessment). Après un module introductif, centré sur les compétences nécessaires pour construire un dialogue efficace et significatif, les autres modules traitent de problèmes globaux, comme la richesse ou l’environnement, observés à travers « la lentille de la foi ». Les élèves ont l’opportunité de découvrir les manières dont diverses communautés religieuses les affrontent, ainsi que l’espace où prendre en considération leurs propres sentiments. Il est extrêmement important de ne jamais perdre de vue que les meilleures activités scolaires sont également plaisantes. Le divertissement a un rôle important dans l’apprentissage, et parvenir à le susciter dans les salles de classes des différentes parties du monde est pour nous un grand privilège. L’un de nos collègues indiens a fait ce commentaire : « Je vous remercie pour ce magnifique programme Face to Faith. Les élèves aiment beaucoup les activités de ces modules ». Une partie importante de ces modules, étroitement liée à d’autres activités proposées par la Fondation, est l’encouragement à « l’action sociale » des modules ultérieurs. Les élèves sont poussés à explorer des stratégies utiles pour s’impliquer directement dans ces problèmes et à les mettre en pratique. Naturellement, il s’agit d’une chose que beaucoup d’écoles font déjà, mais ici l’accent est légèrement différent et pourrait donner un élan supplémentaire pour un engagement plus poussé des élèves dans leur contexte social.

 

 

Nous devons reconnaître que bien peu d’enseignants dans le monde sont experts en religions des différentes cultures. Pour cela, les matériels soulignent le rôle de l’enseignant comme « facilitateur » davantage que comme expert véritable. Face to Faith tient compte du fait qu’un grand effort est demandé à beaucoup d’enseignants pour mettre en pratique ce projet, en particulier dans des pays où le système éducatif est rigoureusement laïque ou bien où les didactiques pédagogiques ont découragé le développement du dialogue. En conséquence, le programme essaie de les aider de différentes façons. Avant tout avec des matériels détaillés que les enseignants peuvent employer pour préparer les élèves aux vidéoconférences (et que les enseignants sont libres d’adapter pour optimiser leur efficacité dans des contextes culturels particuliers) ; en second lieu avec un programme continu d’apprentissage pour les enseignants, qui comprend non seulement les idées qui émergent des modules, mais une série de méthodes pédagogiques efficaces qui se concentrent sur des techniques d’apprentissage coopératif et construisent le dialogue.

 

 

On est tenté de critiquer ce travail comme la continuation d’un projet colonial qui impose des perspectives occidentales aux systèmes éducatifs d’autres pays du monde, mais en réalité il ne s’agit pas de cela. La philosophie qui sous-tend le programme est basée sur la nature internationale des « Principes directeurs de Tolède sur l’enseignement relatif aux religions et convictions dans les écoles publiques » [4] et son développement a été mené par un groupe international d’experts en religion et en éducation, avec les contributions de la part d’un large comité de consultance représenté par des leaders religieux et intellectuels. La flexibilité naturelle des matériels permet aux enseignants de les adapter à leur propre situation, tandis que l’activité continue de supervision et d’évaluation assure la constante mise à jour des matériels à la lumière des commentaires des enseignants. En outre, le Prof. Robert Jackson et un groupe de chercheurs de la World Religions Education Unit de l’Université de Warwick sont en train de mener une évaluation indépendante de Face to Faith. Le groupe utilisera des données tant qualitatives que quantitatives recueillies par les discussions online, par les activités et par les dialogues des vidéoconférences.

 

 

Face to Faith a été lancé le 9 juin 2009 et, depuis, il a rapidement grandi. Nous avons organisé des laboratoires de formation des enseignants en Inde, au Pakistan, en Thaïlande, à Singapour, en Australie, aux États-Unis, au Royaume-Uni, en Jordanie, au Liban et en Palestine, travaillant avec 267 [5] enseignants pour présenter le projet. Le programme est soutenu par des écoles qui ont un rôle clef dans tous ces pays, et par des coordinateurs locaux en mesure d’offrir leurs compétences et leur expérience professionnelle pour soutenir et assister d’autres enseignants et instituts.

 

 

Notre expérience de travail avec le premier groupe d’enseignants provenant du monde entier a été énormément stimulante : nous avons rencontré un très grand enthousiasme pour le projet chez tous les collaborateurs. Comme nous l’a écrit l’un des enseignants : « Il y a une grande effervescence à l’école à propos de Face to Faith ».

 

 

Dans les écoles du monde entier, il existe une grande demande de ce type de dialogue, comme des méthodes pédagogiques utiles pour organiser les activités qui le rendent possible et des opportunités pour garantir sa continuité, de sorte que les élèves dépassent les barrières de l’ignorance, du préjugé et de la suspicion qui ont détérioré les relations des générations précédentes. Les enseignants avec lesquels nous avons travaillé jusqu’ici, comme beaucoup de leurs collègues dans le monde, sont désireux d’accueillir des idées et des approches nouvelles qui rendent l’apprentissage dans les classes plus efficace, et ont accueilli Face to Faith avec cet état d’esprit. Comme nous l’a dit l’un de nos collègues australiens : « Nous avons été très frappés, et nous voyons vraiment les avantages pour nos enfants. Construire ces relations internationales et définir ces problèmes en termes de foi et d’identité semble être réellement l’esprit de notre époque, non seulement en Europe mais dans le monde. Dans chacun des pays où nous avons lancé le programme, on reconnaît que c’est un instrument dont les élèves ont besoin pour affronter le futur. On sait que la foi religieuse peut être utilisée pour provoquer des problèmes dans le monde, mais il existe aussi le désir de voir des exemples de la manière dont la foi peut être employée pour unir le monde et pour commencer à affronter ces problèmes.

 

Face to Faith est un pas en avant dans cette direction.

 

 


 

[1] En paraphrasant Richard Dawkins, le fait que personne ne se vante d’ignorer la littérature, alors qu’il est socialement acceptable de se vanter d’ignorer la religion, est presque devenu un cliché.

 

 

[2] Citant Richard Dawkins : « Les religions avancent des prétentions sur l’univers – le même type de prétentions qu’avancent les scientifiques, à part le fait qu’elles sont généralement fausses ».

 

 

[3] Stephen Prothero, Religious Literacy: What Every American Needs to Know And Doesn't, HarperCollins, New York 2007.

 

 

[4] http://www.osce.org/publications/ odihr/2007/ 11/28314_993_en.pdf.

 

 

[5] Jusqu’à aujourd’hui !

 

 

 

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