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Religion et société

Et l'Occident découvrit un autre terrorisme

Quelque chose a changé /6. Jusqu'à ce moment-là très peu d'Européens et d'Américains connaissaient quelque chose de l'islam. Ils se sont trouvés à l'improviste face à un nouveau type de menace qui semblait avoir son origine dans une religion étrangère. Et ils ont commencé à avoir affaire à un monde jusqu'alors inconnu.

Le 11 septembre 2001 est un des jours que les historiens rappelleront pour toujours, en particulier dans le monde occidental. Quand la débâcle de l'URSS commença, à la fin des années 80, début des années 90 du XXe siècle, beaucoup d'Occidentaux étaient convaincus d'assister au début d'une longue période de paix dans le monde entier. Le communisme marxiste-léniniste avait disparu, la Pax Americana avait eu le dessus. A partir de ce moment-là on s'imaginait que peu de temps aurait passé pour que les conflits locaux disséminés dans le monde Palestine, Irlande du Nord, régions basques de l'Espagne, Cachemire, etc. se résolvent. Quand le Boeing 11 de la United Airlines se fracassa sur la première tour du World Trade Centre de New York, beaucoup de monde, y compris les autorités militaires américaines, croyaient encore qu'il s'agissait d'un accident. Quand dix-sept minutes plus tard le Boeing 175 frappa la deuxième tour et une demi-heure après un autre avion de l'American Airlines détruisit encore une partie du Pentagone, tous ceux qui apprirent la nouvelle comprirent que l'espoir d'une longue période de paix avait été une illusion. Le conflit entre « l'Occident libre» et l'Union Soviétique, qui, malgré l'existence et l'usage possible de la bombe atomique, n'avait par bonheur jamais amené à des actions de guerre, avait été remplacé par ce qui fut bientôt connu comme le « choc de civilisations », de la part d'un nouveau et terrible terrorisme présent à l'échelle mondiale.

 

Ce n'est pas ici le lieu de décrire les nombreuses conséquences politiques et militaires que peu de jours après le Président George Bush déchaîna avec son annonce à tous les états et à toutes les nations : « Ou avec nous ou avec les terroristes ». Nous voulons au contraire analyser brièvement la question de savoir s'il y a eu des réactions spécifiques et des conséquences après l'événement du 11 septembre parmi les chrétiens, en particulier en Occident. Jusqu'à ce moment-là, très peu d'Européens et d'Américains savaient quelque chose de l'islam. Ils se sont trouvés à l'improviste face à un nouveau type de menace qui semblait avoir son origine dans une religion étrangère.

 

La première question a été naturellement de savoir si, comme le soutenaient les agresseurs, c'est vraiment la foi musulmane qui a poussé Oussama Ben Laden et son réseau terroriste à attaquer les Etats-Unis. La réponse a été ambiguë et reste telle encore aujourd'hui. Evidemment les terroristes eux-mêmes se rapportent aux passages du Coran qui promettent au musulman qui meurt à la guerre sainte qu'il ne devra pas attendre le Jour du jugement dans la tombe et qu'il entrera immédiatement au Paradis [Sourate 4,74 ; 9,89 et autres]. Les terroristes pensent probablement aux passages du Coran comme la Sourate 9,5 qui invite les musulmans « à tuer, où qu'ils soient, les adorateurs d'idoles ». Mais Oussama Ben Laden était-il autorisé à déclarer une guerre sainte et une Fatwa ? Certains commentateurs signalèrent que le Coran interdit la guerre d'agression, le meurtre qui n'est pas nécessaire, surtout s'il s'agit d'innocents, et le suicide. C'est pourquoi le première conclusion est avant tout que beaucoup de passages du Coran se contredisent l'un l'autre et en outre que l'islam ne connaît pas d'autorité dont l'interprétation est contraignante pour les fidèles. Quelques théologiens chrétiens mirent en évidence que la différence fondamentale entre le credo chrétien et le credo musulman est que le premier se réfère à une personne, Jésus-Christ, tandis que le second se réfère à un texte qui contrairement à ce que soutiennent les autorités musulmanes orthodoxes n'a pas été écrit en une seule fois.

 

Une autre difficulté consiste dans les différentes façons dont les musulmans du monde entier ont réagi à l'événement du 11 septem-bre. Les musulmans américains ont été horrifiés ; les Etats-Unis étaient devenus leur maison, dont ils partageaient les principes fondamentaux. Dans beaucoup de pays musulmans au contraire la majorité de la population a exulté de joie. Dans d'autres pays, spécialement en Europe, les musulmans n'ont rien dit du tout si bien qu'il est difficile de comprendre ce qu'ils pensèrent de l'événement. On sait qu'à partir du conflit avec l'Iran, après la chute du Shah, beaucoup de musulmans considéraient l'Amérique comme « l'Axe du Diable », un pays moralement corrompu qui aspire à la domination mondiale. On a aussi relevé comment le terrible conflit entre Israël et les Palestiniens, dans lequel les Américains ont toujours été aux côtés des juifs, est une des raisons pour lesquelles les musulmans haïssent les Etats-Unis.

 

Je crois qu'aujourd'hui la plupart des chrétiens d'Occident ont appris à considérer le terrorisme islamiste d'une autre façon. La nouvelle interprétation a trois éléments différents : d'abord, à partir de la seconde moitié du XIXe siècle les puissances européennes ont considéré le Proche-Orient comme un champ de bataille pour la poursuite de leurs intérêts. Même les frontières des états qui existent aujourd'hui ont été dans certains cas établies par les Européens, en général de façon assez arbitraire. Par conséquent les pays musulmans ont une identité commune unique : la religion islamique qui s'est évidemment divisée à son tour en « confessions » qui se combattent souvent l'une l'autre. En outre, ayant été exploitée par le pouvoir européen, la grande majorité des populations de ces états et pays est restée relativement pauvre. Face aux pays occidentaux, les musulmans se sont sentis manipulés et humiliés par des puissances étrangères. Or dans de telles situations la masse succombe à la séduction du radicalisme. Ce n'était qu'une question de temps et les musulmans auraient cherché une nouvelle identité. Ils l'ont trouvée dans leur religion. Que cette identité ait été nourrie par le dédain, parfois même par la haine pour le monde occidental, a presque été une conséquence naturelle du développement historique, en particulier du fait que les gouverneurs de ces pays, souvent installés par les puissances occidentales, étaient loin d'être populaires aux yeux de leurs sujets.

 

 

Distinction de Pouvoirs

 

Le premier point est le suivant : la sympathie inconsciente de beaucoup de musulmans pour des terroristes comme Oussama Ben Laden et son Al-Qaida nous rappelle ce à quoi nous avons assisté dans l'Europe du XIXe siècle en termes de « revivals » nationalistes. Mais alors que le nationalisme occidental n'avait presque aucune implication religieuse et qu'il s'opposait au contraire souvent au credo dominant, le nationalisme arabe est religieux. En second lieu, ce presque-nationalisme est défini par une religion qui n'a pas eu le développement caractéristique du christianisme. Presqu'à partir de leurs origines, les chrétiens ont compris que leur credo, même s'il avait certainement des implications politiques indirectes, n'était pas indiqué comme principe de gouvernement séculier. Le Christ lui-même avait fait la distinction entre ce que l'on doit à Dieu et ce que l'on doit à l'empereur (romain) [Mt 22, 15-22]. Vers la fin du Ve siècle le pape Gélase Ier, dans sa lettre à l'empereur romain qui avait sa résidence à Byzance introduisit la distinction entre deux types d'autorité et de pouvoir, l'autorité sacrée de l'évêque de Rome et l'autorité séculaire de l'empereur. Il fallut évidemment du temps avant que cette distinction ne soit vraiment claire. Mais déjà au moyen âge il était établi que, tandis les chrétiens devaient obéir au pouvoir temporel dans les questions de vie politique quotidienne, le gouvernant lui-même devait obéir à l'Eglise en tout ce qui concernait l'ordre spirituel. Après les guerres de religion du XVIIe siècle les Européens en arrivèrent même à concorder que le gouvernant avait le droit de spécifier le type de credo chrétien que ses citoyens auraient professé ; mais en matière de religion lui-même devait obéir aux autorités ecclésiastiques. Ainsi la distinction entre l'autorité de l'Eglise et l'autorité de l'Etat devint un principe de paix internationale. Même si l'Eglise catholique, se considérant comme l'unique autorité et communauté chrétienne légitime, s'opposa pendant longtemps en principe à cette idée, elle l'accepta en pratique et la respecta pour l'amour de la paix. Le développement a culminé dans le décret du Deuxième Concile du Vatican sur la liberté de religion : Dieu seul peut juger la décision de la conscience quant à un credo religieux : aucune autorité politique d'aucun genre ne peut le faire. Aucune autorité politique n'a le droit de défendre à quelqu'un de choisir ou de changer son propre credo.

 

L'islam ne s'est pas développé de cette manière. A partir de ses origines il a considéré l'ordre religieux et l'ordre politique comme une unité. A certains moments il a même été plus tolérant envers les adhérents à d'autres religions, que ne l'étaient d'habitude les chrétiens. Mais cette tolérance n'a pas empêché de déclarer que partout où cela est possible, l'islam et sa tradition devaient être placés à la guide de la politique. Même aujourd'hui dans beaucoup de pays musulmans l'abandon de la part d'un musulman du propre credo peut être puni de la peine capitale. Par conséquent l'islam a toujours été et est resté jusqu'à aujourd'hui aussi bien un credo religieux que politique, d'une manière si forte que certains chercheurs doutent même qu'il puisse survivre aux distinctions que la christianité a acquises au cours de son histoire. Le terrorisme islamiste est donc aussi soutenu par une religion qui n'a pas appris à distinguer la sphère de la religion de l'ordre politique.

 

Le troisième point à mentionner concerne les erreurs politiques que le monde occidental a commises par rapport aux pays musulmans à partir de la seconde guerre mondiale. Par exemple en soutenant ou en destituant les gouvernants sur la base de leur disponibilité à coopérer avec le monde occidental, spécialement au sein du conflit qui opposait l'Occident à l'empire soviétique. Les gouvernants que l'Occident a soutenus se sont trop souvent transformés en fous égocentriques, comme Saddam Hussein. En outre l'impression a été que les puissances occidentales ont soutenu Israël sans se soucier de l'intérêt légitime des Palestiniens. Encore une fois parmi les habitants des pays musulmans cela a alimenté le soupçon que l'Occident ne respecte pas le monde de l'islam.

 

Tout cela ne suffit naturellement pas à expliquer le nouveau terrorisme islamiste. Ce type de terrorisme, comme celui des anarchistes européens de la seconde moitié du XIXe siècle ou des Brigades rouges en Allemagne et en Italie d'il y a quarante ans, a une dimension irrationnelle qui ne peut être expliquée que par la biographie personnelle des terroristes eux-mêmes. Mais dans ce cadre on peut comprendre la sympathie pour les terroristes d'un si grand nom-

 

bre de musulmans des pays arabes. En outre cela peut aider à trouver une réponse à la question de ce que peut faire le monde occidental pour éviter le « choc de cultures ». D'une part l'Occident doit apprendre à respecter l'islam comme une des grandes religions mondiales. La plupart des musulmans en savent plus du credo chrétien que ce qu'une minorité même insignifiante parmi les chrétiens ne connaît de l'islam. D'autre part l'Occident doit chercher la voie pour amener les musulmans aux distinctions dont les chrétiens sont devenus conscients au cours des siècles, spécialement à la distinction entre engagement religieux et ordre politique.

 

Un dernier point mais pas pour autant moins important, l'Occident doit aider les pays musulmans à vaincre la grande pauvreté de ses habitants. L'injustice et la pauvreté ont toujours été le terrain fertile pour le radicalisme politique. Une autre question, à laquelle je ne peux que faire allusion, est que, surtout dans certains pays européens, le nombre d'immigrés musulmans croît de jour en jour. Dans quelques pays européens cette immigration est devenue et deviendra certainement une menace pour l'identité européenne encore fondamentalement chrétienne. L'Occident devra savoir quelle est son identité et ce qu'il doit faire pour la préserver. Encore une fois, la voie la plus sage semble être celle d'aider les pays arabes à vaincre la pauvreté, ce qui arrêterait l'immigration musulmane en Europe.

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