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Religion et société

Extrémisme : la responsabilité des hommes de religion

L’ignorance des enseignements religieux est le facteur principal derrière le fondamentalisme

Dernière mise à jour: 11/06/2018 17:12:54

Nous publions le texte du discours prononcé par le Patriarche copte Tawadros II à la conférence sur “Liberté, citoyenneté, diversité, intégration” qui s’est tenue à al-Azhar du 28 février au 1er mars 2017. Au nom de l’unique Dieu que nous adorons tous, et à qui revient la gloire, la puissance et l’adoration, maintenant et pour toujours. […] Le monde a besoin d’une charité concrète et d’une paix véritable. L’Égypte et tout le monde arabe ont souffert et souffrent encore à cause de la pensée extrémiste, provoquée par une compréhension erronée de la religion, et qui a conduit à la violence, aux crimes et au terrorisme auxquels nous sommes confrontés aujourd’hui. À ce propos, je voudrais soumettre à votre attention trois points centraux, qui selon moi peuvent éclairer le problème et, je crois, ébaucher les voies d’une solution. La pensée extrémiste et fanatique, avec la violence qui en découle, est l’une des plus graves menaces pour la cohabitation. Il y a un terrorisme physique, qui se concrétise par les meurtres et les explosions qui frappent fréquemment les institutions nationales et toute la nation, en répandant la terreur parmi les innocents. Il y a ensuite le terrorisme idéologique, qui consiste à imposer sa pensée et son opinion par la force et la violation des choses sacrées et de la foi d’autrui, taxés de mécréants et ridiculisés dans leurs pratiques religieuses. Il y a ensuite le terrorisme moral, qui est une condition imposée par l’extrémisme intellectuel et la négation de ce qui est différent : le terrorisme moral se concrétise par l’injustice et la discrimination sur la base de la religion et de la foi dans les relations et la vie quotidienne. Les causes de cet extrémisme sont liées à une éducation unilatérale, basée sur l’unicité de l’opinion et selon laquelle toute opinion différente est nécessairement mécréante et trompeuse. Parmi les causes, il y a aussi une certaine « personnalité sectaire », à savoir l’absence d’une culture du respect de l’autre, que nous pourrions comparer à quelqu’un qui se regarde dans le miroir et ne voit personne d’autre que lui : il ne respecte pas les autres, ni pour leur foi, ni pour leur culture, et même pas pour la liberté personnelle. En outre, il y a l’ignorance de l’autre, et c’est un élément central : il s’agit de la mentalité extrémiste qui se crée des ennemis imaginaires. Ceci permet de dire de manière simple ce dont nous souffrons au Moyen-Orient. Cependant, on pourrait trouver une solution, articulée en trois dimensions. La première consiste à présenter des images illuminées et modernes de la religion. La pensée extrémiste se soigne en effet par la pensée illuminée. On ne peut éliminer un point de vue ou l’emprisonner. En revanche, il est nécessaire de l’affronter en partant d’un discours édifiant, illuminé et non pas d’un discours purement conventionnel. La religion est la solution, et non pas une partie du problème. L’ignorance des enseignements religieux est le facteur principal derrière les opinions fondamentalistes et extrémistes. L’essence du Christianisme, chers amis, est l’amour, et son message est précisément : « Dieu est amour » (1 Jn 4,88). Le Christianisme œuvre pour la paix : « Bienheureux les artisans de paix, parce qu’ils seront appelés fils de Dieu » (Mt 5,9). C’est sur l’amour que nous fondons nos actions. Suite aux événements du 14 août 2013, l’Église d’Égypte a vécu cet amour et a œuvré en faveur de la paix : les jeunes sont restés au milieu des églises brûlées et écrivaient des phrases comme : « Nous vous aimons, nous vous pardonnons », en s’adressant à ceux qui avaient perpétré les attaques. Nous avons accepté la destruction des églises afin qu’en échange l’homme puisse vivre ainsi que la patrie. En tant qu’hommes de religion, nous avons une grande responsabilité dans la transmission d’un discours illuminé et adapté à notre époque : nous vivons en effet au XXIe siècle, qui a ses instruments, ses faits et ses méthodes. Une deuxième dimension de la solution est celle-ci : « La variété est la richesse de l’humanité ». Si la variété entre les hommes disparaissait, l’homme serait appauvri : nous sommes différents par notre identité religieuse mais non pas par notre identité nationale. La méthode de ceux qui recherchent le conflit est la transformation de la diversité en divergences, les divergences en conflit, le conflit en tyrannie et la tyrannie en division. En revanche, la méthode de ceux qui veulent une cohabitation civile et moderne, louée aujourd’hui par tous les peuples de la terre, voit les diversités comme des opportunités de dialogue, un dialogue qui a lieu dans le cadre de la connaissance réciproque, de la tolérance de la vie en commun. La culture du dialogue existe, comme existe la culture de la dispute et aussi la culture des murs, celle qui empêche tout dialogue. Nous promouvons la culture du dialogue constant, comme c’est le cas dans cette conférence. Par contre, la troisième dimension est notre volonté d’édifier des valeurs humaines plus nobles : nous voulons que nos sociétés affirment toujours la valeur de la diversité et de la variété, du respect de l’autre et du respect de la pluralité religieuse. L’appartenance religieuse est une question personnelle, qui concerne le cœur de l’homme, ce cœur qui rencontrera le Seigneur à la fin de sa vie. Nous confirmons la nécessité de diffuser une culture de la tolérance et de la cohabitation, de l’amour pour la vie, pour le bien et pour la beauté. Nous confirmons aussi l’accueil de la liberté d’expression et de la promotion du dialogue sous une forme humaine et civile. Nous avons un grand besoin d’édifier l’homme qui construit notre époque, et de dégager des religions les principes et les valeurs humaines fondamentales qui lui permettent de comprendre son existence et le projet que Dieu a pour lui depuis sa conception. Nous avons besoin que les esprits soient ouverts. Nous avons besoin qu’il y ait un sens de responsabilité au lieu de dépendance des autres. Nous avons besoin de dialogue au lieu de la construction. Nous avons besoin de promouvoir la faculté de pensée et d’analyse au lieu de la simple mémorisation. La pensée libre au lieu de l’endoctrinement. Ces choses, chers amis, frappent les capacités créatives de l’homme : le monde continue chaque jour de produire des dizaines, des milliers d’inventions, et nous avons besoin de contribuer nous aussi à de telles créations humaines en faveur de notre monde arabe. Dieu a créé nos esprits, ces instruments que Dieu nous donne pour créer notre vie sur la terre, pour qu’Il soit glorifié en elle, et que soit glorifié dans les domaines humains que nous appelons la civilisation, d’où nous puisons largement et abondamment. Tous, nous devons collaborer à la construction de la civilisation humaine, en tirant des fondements des religions les principes et les valeurs quotidiens. Nous devons promouvoir des styles de communication nouveaux, enracinés dans la vérité et un usage conscient des médias sociaux, qui sont dominés par ceux qui ont une pensée extrémiste : les médias sociaux jouent un rôle très influent dans la formation des esprits des jeunes. Il faut que nous ayons clairement cela à l’esprit, et nous devons utiliser le même instrument pour répondre à l’extrémisme, en utilisant donc les moyens de communication, culturels et éducatifs. Nous devons promouvoir le rôle de sensibilisation joué par la femme dans le domaine familial et dans l’éducation des enfants. Il faut nous intéresser à la famille, en tant que base et fondement, où l’homme commence à interagir dès qu’il est petit, durant son développement, durant toute sa vie. Lorsque l’homme est rempli d’amour dans sa famille, il devient capable d’affronter la société. Cet amour peut le préserver de tout extrémisme : « Gorge rassasiée méprise le miel » (Proverbes 27,7). L’âme pleine d’amour est capable de piétiner le miel, le miel des tentations et des extrémismes et toutes les choses que nous voyons à notre époque. Pour terminer, chers amis, nous voulons confirmer que nous vivons ensemble, avec les fils de cette nation, unie par les valeurs humaines partagées et sur la base du respect réciproque ; cela nous conduira vraiment à la stabilité et au progrès, en garantissant constamment la meilleure des possibilités de vie dans notre pays et dans le monde entier. Prions Dieu qu’il bénisse cet effort sincère dans l’édification de notre pays et de l’homme dans cette région qui nous est chère, qui a assisté à la naissance des religions. Prions Dieu pour qu’il protège nos pays de tout mal et que la paix règne sur le monde. Gloire à Dieu, Amen. [*Traduction de l’arabe de Marina Eskandar]

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