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Où réside la faiblesse des projets islamistes

Rigueur idéologique et flexibilité pratique dans l’Islam politique post-2011

Cet article a été publié dans Oasis 27. Lisez le sommaire

Dernière mise à jour: 09/11/2018 17:34:26

Rethinking Political Islam.jpgCompte-rendu de Shadi Hamid & William McCants (dir.), Rethinking Political Islam, Oxford University Press, New York 2017

 

 

L’une des conséquences les plus évidentes, encore qu’initialement inattendues, des révolutions arabes de 2010-2011, a été l’affirmation momentanée de l’Islam politique, aussi bien dans sa variante institutionnelle que dans la variante révolutionnaire djihadiste. Ainsi, bien que l’islamisme précisément soit l’un des phénomènes les plus analysés par les spécialistes de questions du Moyen-Orient, une mise au point était nécessaire après les développements survenus au cours de ces dernières années. C’est ce qu’ont fait Shadi Hamid et William McCants, avec un projet promu et financé par la Brookings Institution, puis rassemblé dans le volume Rethinking Political Islam. Celui-ci s’interroge en particulier sur les changements survenus dans la mouvance islamiste à la suite du « double choc » constitué par le renversement du président Morsi en Égypte, et par la montée de l’État Islamique en Syrie et en Iraq. Le livre analyse 12 pays, de l’Afrique du Nord à l’Asie sud-orientale, en passant naturellement par le Moyen-Orient (mais avec l’absence de la Turquie). A ce tour d’horizon, confié à des chercheurs et spécialistes en la matière, fait suite une autre perspective, celle de quelques militants islamistes, qui offrent une intéressante vision de l’intérieur. Parmi les différents cas traités, certains sont tout à fait spécifiques : par exemple le cas égyptien analysé par Steve Brooke, qui décrit le démantèlement du réseau d’institutions sociales créées par la Confrérie ; ou celui du Sud-Est asiatique, où, comme le montre Joseph Chinyong Liow, la demande d’islamisation de la société traverse plusieurs partis.

 

Mais en général, on voit émerger des tendances communes à tous les contextes : la dialectique entre rigorisme idéologique et adaptation aux limites imposées par les différents systèmes politiques, la tension, à l’intérieur des différentes organisations islamistes, entre haraka (mouvement) et hizb (parti politique), la nécessité, après la montée de Daech, de se dissocier de l’expérience de l’un des rares cas d’État islamique réalisé, le développement de structures organisationnelles capables de résister à la répression.

 

Dans leur introduction, Hamid et McCants écrivent qu’il est « peu probable que les islamistes deviennent libéraux ; sinon, de quoi serions-nous en train de parler ? Après tout, les islamistes sont islamistes pour une raison, et avoir une orientation religieuse est l’une des sources de leur soutien populaire. […] Les islamistes ne doivent pas nous plaire, mais nous devons les comprendre en particulier à la lumière du contexte social et politique en mutation rapide au Moyen-Orient et en Asie » (pp. 3, 13). Si légitimes soient-elles, ces considérations méthodologiques négligent un aspect qui est apparu avec une clarté suffisante précisément après les révoltes de 2011, et que les différents essais contribuent, même si c’est de façon implicite, à confirmer: c’est-à-dire le fait que les partis islamiques sont encore loin d’avoir atteint un équilibre entre leur propre idéologie totalisante et les compromis que requiert l’action politique. Le cas de l’Égypte et celui de la Tunisie en font la preuve, dans des directions opposées. Dans le premier cas, les Frères musulmans ont eu probablement l’illusion d’avoir enfin réalisé, avec la prise du pouvoir, leur projet hégémonique. Dans le second cas, le parti Ennahda a au contraire fait le choix de l’accommodement avec le système existant, mais au prix d’une perte sensible de consensus et de la capacité de guider le processus politique. 

 

Ovamir Anjum, dans un essai au titre un peu provocateur, « Les islamistes souffrent-ils d’un déficit intellectuel ? », ramène ces difficultés à la faiblesse théorétique de la pensée islamiste, affirmant que les islamistes « modérés » sont « dépourvus d’une vision solide de la politique islamique », c’est-à-dire d’une « vision soutenue par une tradition discursive suffisamment élaborée ». Et ce déficit « semble peser sur la capacité des islamistes à maintenir les promesses qu’ils font et à empêcher la radicalisation » (p. 300). Il est opportun que le monde académique assume son rôle, mais il incombe peut-être aussi aux islamistes de se repenser eux-mêmes.

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