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Religion et société

L'adieu définitif à la logique de la violence

Après les sessions de Milan, Tunis, Venise, Beyrouth, Amman, Le Caire, c’est à Sarajevo que se tient, les lundi 16 et mardi 17 juin, la rencontre internationale annuelle d’Oasis sur le thème : « Tentation violence : religions entre guerre et réconciliation ». Voici en anticipation un extrait de l’intervention inaugurale du cardinal Angelo Scola, président d’Oasis.

L’histoire du Christ représente le dépassement objectif de la logique de la violence et, en tant que telle, mesure le passé et l’avenir de l’histoire humaine. Et cela est si vrai que l’objection la plus courante que l’on oppose depuis lors ne concerne pas tant la bonté de ce nouveau principe introduit par le Christ, que la possibilité de sa réalisation pratique – possibilité qui se trouverait démentie, en tout premier lieu, par les nombreuses infidélités des chrétiens eux-mêmes. Sans sous-évaluer la portée de cet appel à une cohérence de vie, personnelle et communautaire, la tradition chrétienne considère en revanche la non-applicabilité de cet idéal sur le plan purement humain comme un témoignage suprême (« martyre ») du divin à l’œuvre dans le monde. Elle reste de ce fait convaincue que, avec la grâce de Dieu, il est véritablement possible de « suivre les traces » (1Pt 2,21) du Crucifié Ressuscité. Nous sommes ici vraiment au cœur même de la foi.

 

 

L’adieu définitif à la logique de la violence, que l’événement pascal porte en lui-même, est également la contribution principale que nous pensons en tant que chrétiens pouvoir offrir au dialogue interreligieux. Cela a été la grande intuition d’Assise, et le message que le pape François vient juste de répéter en Terre Sainte, lançant, de l’Esplanade des Mosquées, « un appel pressant à toutes les personnes et à toutes les communautés qui se reconnaissent en Abraham : respectons-nous et aimons-nous les uns les autres comme des frères et des sœurs ! Apprenons à comprendre la douleur de l’autre ! Que personne n’instrumentalise par la violence le nom de Dieu! Travaillons ensemble pour la justice et pour la paix !». Nous avons vu ensuite comment cet appel a entraîné la rencontre de prière historique entre les présidents israélien et palestinien au Vatican. En cette occasion, le Saint Père a observé, avec réalisme, que « nos forces ne suffisent pas. Nous avons été plus d’une fois tout près de la paix, mais le Malin, par des moyens divers, est parvenu à l’empêcher ». « Voilà pourquoi, a-t-il ajouté, nous sommes ici : parce que nous savons et nous croyons que nous avons besoin de l’aide de Dieu. Nous ne renonçons pas à nos responsabilités, mais nous invoquons Dieu comme un acte de responsabilité suprême, devant nos consciences et devant nos peuples. Nous avons entendu un appel, et nous devons répondre : l’appel à briser la spirale de la haine et de la violence, à la briser avec une seule parole : « frère ». Mais pour dire cette parole, nous devons tous lever notre regard vers le Ciel, et nous reconnaître fils d’un seul Père ». Une paix qui soit une réconciliation authentique et cordiale et non une simple trêve entre adversaires en armes, acceptant un précaire modus vivendi à cause de l’impossibilité physique de se supprimer les uns les autres, ne peut être invoquée que comme un don de Dieu, et est de ce fait le lieu privilégié du dialogue entre croyants des différentes religions. Sur la même longueur d’onde résonne encore à Sarajevo, avec une intensité particulière, le discours que Jean-Paul II adressa à la communauté musulmane, centré lui aussi entièrement sur la recherche de la paix comme expression de la volonté de Dieu sur le monde : « Tous les êtres humains, disait Jean-Paul II, sont placés par Dieu sur la terre afin qu’ils parcourent un pèlerinage de paix, chacun à partir de la situation où il se trouve et de la culture qui le concerne ».

 

 

Je suis par ailleurs le premier à saisir combien ces affirmations semblent éloignées des chroniques des années que nous vivons, justement en raison de cet écart croissant entre les aspirations idéales et les réalités concrètes – écart que j’indiquerais comme une caractéristique de notre temps. Jamais on n’a tant parlé de paix et de dialogue qu’aujourd’hui, et jamais les guerres, les affrontements n’ont été aussi fréquents qu’aujourd’hui. La contradiction est réelle, mais ne doit pas nous abattre : si le « marqueur moral » du monde ne s’était pas progressivement élevé, nous ne percevrions probablement même pas tant d’épisodes de violence et nous les accepterions comme normaux.

 

 

Il n’est pas possible d’accepter comme normal le fait que certaines sociétés musulmanes soient aujourd’hui déchirées par la violence, phénomène qui est en train de provoquer un exode ininterrompu, de chrétiens comme de musulmans, qui prive ces pays de leurs meilleures ressources. La Fondation Oasis ne peut ni ne veut ignorer leur cri de douleur, ni celui de peuples entiers, en Syrie, en Iraq, au Nigeria, au Pakistan, partout où le terrorisme fait rage. Il n’y a pas de solution facile, mais un travail commun nous attend nécessairement.

 

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