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Religion et société

L'économie de la peur, asymétrique et globale

Stratégies de la terreur /3. Alors que pour les terroristes il suffit d' « avoir de la chance » une seule fois, les Etats doivent avoir de la chance chaque jour pour éventer les attentats. Cela a conduit dans le monde entier à un énorme investissement sur la sécurité, investissement d'autant plus nécessaire qu'il est toujours insuffisant. La défense la plus efficace serait en réalité du genre offensif : c'est la base de la stratégie américaine. La situation actuelle et ses perspectives selon l'opinion d'un des plus grands analystes italiens.

Le terrorisme de souche islamique comme toute forme de terrorisme n'est ni une idéologie, ni une stratégie. C'est une tactique et une technique, c'est-à-dire un instrument utilisé par ses chefs pour atteindre des but politiques précis. Ses stratégies, ses tactiques et ses techniques sont séparées des objectifs politiques poursuivis. Si ces derniers peuvent être considérés irrationnels, les premières obéissent au contraire à une froide rationalité. Comme en politique, il faut distinguer entre objectifs déclarés et objectifs réels. La logique stratégique du terrorisme consiste dans l'emploi rationnel de l'irrationalité, interne et externe. Elle n'est donc pas de type traditionnel. Les terroristes se considèrent généralement des héros ou des martyrs pour une juste cause, des avant-gardes de la révolution pour créer un monde meilleur. Pour leurs marionnettistes, au contraire, les objectifs sont normalement différents, plus terrestres. Ben Laden par exemple veut conquérir le pouvoir et les richesses de la péninsule arabique. Pour mobiliser le consentement « contre les Juifs et les Croisés et les Apostats » qui corrompent l'Islam, il utilise le stratagème idéologique d'une révolte islamique à travers un retour aux origines, c'est-à-dire à la pureté originelle du Coran et de la shari'a (ou loi coranique). Il pense à l'avenir en regardant le passé. Il utilise la psychologie et les traditions pour « donner de l'eau au poisson terroriste », en vue du recrutement et du financement. Les aspects psychologiques sont au centre, que ce soit dans une brève ou une longue période. Les attentats terroristes servent non seulement à provoquer des pertes, des dommages et de la panique, mais aussi à enthousiasmer ses propres rangs et à consolider le pouvoir de la leadership.

 

A part sa diffusion globale, le terrorisme transnational de souche islamique a des caractéristiques particulières, non seulement dans les pays islamiques, mais aussi dans les diasporas musulmanes qui vivent en Occident. Il a un fort appeal de caractère religieux ; il utilise la ré-islamisation de l'Islam et les souvenirs de son glorieux passé en vue d'un projet global alternatif à la mondialisation dans le sens d'occidentalisation ou de recolonisation culturelle du monde ; il instrumentalise le retour de Dieu dans la politique comme réaction de l'identité contre la mondialisation, la modernisation, etc. Ses objectifs politiques sont sans limites ou de toute façon non négociables. Il ne peut donc y avoir, ni une stratégie fonctionnelle de dissuasion (basée sur la supériorité militaire écrasante), ni une victoire militaire suivie d'un traité de paix plus ou moins informel. La nouvelle menace terroriste a réduit de beaucoup l'importance de l'énorme supériorité technologique militaire américaine qui a suivi la fin de la guerre froide après la chute de l'Empire soviétique (1). La victoire contre le terrorisme islamique consiste à en réduire la dangerosité et la portée.

 

En outre, le terrorisme islamique, de même que la guérilla et que toute autre forme de terrorisme, est l'arme « masquée » du pauvre et du faible contre le fort. Bien entendu sa source de recrutement n'est pas seulement représentée par les camps de réfugiés. Cette caractéristique tactique unie à l'instrument de l'« irrationalité rationnelle » et aux transformations apportées par la technologie permet au terrorisme d'être lui-même utilisé comme instrument d'une stratégie d'usure. Les acteurs du terrorisme terroristes et partisans directs et indirects poursuivent des objectifs différents. Par exemple, les buts poursuivis par ceux qui financent le terrorisme sont tout à fait différents de ceux des chefs de réseaux terroristes.

 

C'est le cas des gouvernements islamiques actuels qui manquent d'efficacité et qui sont corrompus ; pour conserver leur pouvoir, ceux-ci cherchent un bouc émissaire en Occident auquel on attribue un complot contre l'Islam, la division de l'umma (la masse des croyants) en Etats et l'exclusion de l'Islam de la modernisation et de la mondialisation.

 

Le terrorisme étant un moyen qui sert à atteindre des objectifs politiques, au moment où il change la nature des fins, changent aussi les modalités selon lesquelles est utilisée l'arme de la terreur. Le terrorisme islamique vise à frapper soit des objectifs soft, la population civile ou les infrastructures sensibles, soit des signes de haute valeur symbolique. Les premiers sont plus faciles à attaquer par surprise, ils sont plus nombreux et la surveillance réduite permet de procéder à la préparation minutieuse des attentats, comme al-Qaida est habitué à le faire, préparation qui dure des mois, si ce n'est des années (2). On ne vise pas des objectifs plus hard par exemple des centrales nucléaires et chimiques et encore moins les forces de police et les militaires à cause de leur plus haut niveau de protection.

 

Les inconnues que le terrorisme offre et impose aujourd'hui sont surtout de deux genres. La première concerne les effets des coûts que les mesures de prévention, de protection et de sécurité prises par les états à la suite des attentats terroristes ont et auront « sur la » et « pour » la mondialisation et sur le « bien sécurité » et surtout sur les libertés individuelles. La seconde concerne le danger que le terrorisme, de catastrophique conventionnel se transforme en apocalyptique non conventionnel par l'acquisition d'armes de destruction de masse (ADM).

 

« Pour » la mondialisation, parce que le terrorisme actuel voit que ses possibilités d'expansion et de succès sont exaltées grâce à de nouveaux facteurs. Tout d'abord, les nouvelles technologies (surtout quand les terroristes disposeront d'ADM) qui sont en mesure de donner à tout individu ou à de petits groupes une capacité destructrice que seuls les gouvernements possédaient autrefois.

 

Ensuite la vulnérabilité des sociétés et des économies modernes, due à la porosité croissante des frontières et à l'interconnexion entre les différents éléments qui composent les sociétés et les économies avancées, et qui sont les caractéristiques spécifiques de la mondialisation. Des attentats systématiques aux nœuds critiques de l'économie globalisée pourraient causer une récession mondiale. Les connexions et les interdépendances existantes constituent un facteur de force et de flexibilité de l'économie internationale, mais aussi une source de vulnérabilité. Elles pourraient en effet amplifier les dégâts des attentats et provoquer par un effet dominos le big-bang économique mondial que craignait Henry Kissinger (3). L'impact sera surtout indirect et dû essentiellement aux conséquences qu'auront sur la mondialisation les mesures de prévention antiterroriste. Il pourrait devenir direct dans le cas où les terroristes entreraient en possession d'armes de destruction de masse.

 

En outre, parmi les dégâts indirects du terrorisme, il faut aussi prendre en considération ceux qui sont produits par les mesures de sécurité, en termes de retards dus aux contrôles, de restrictions à la liberté de mouvement, etc. Par exemple, les pertes subies par l'économie mondiale à la suite d'une augmentation de 20 minutes du temps d'embarquement sur tous les avions s'élèveraient à 120-150 milliards de dollars par an, ce qui équivaut à 0,4-0,5% du PIL mondial.

 

Enfin l'information peut amplifier les dégâts. Dans les démocraties occidentales la liberté d'information est fondamentale. Elle est en même temps leur force et leur vulnérabilité. Les effets aussi bien psychologiques qu'économiques des attentats sont amplifiés par les médias toujours à la recherche de moyens pour augmenter leur audience et donc leur valeur de marché évoquant des sensations fortes et des images spectaculaires. La gestion de l'information institutionnelle finalisée à contenir la panique assume une importance au moins égale à celle que la public diplomacy a dans les relations internationales du XXIe siècle. Mais cette information ne pourra être efficace qu'en présence d'une solide culture de la sécurité.

 

Au-delà de l'incertitude de ne pas savoir où, comment et quand les terroristes frapperont (ce qui empêche une stratégie de force de dissuasion et de limitation), l'avantage stratégique du terrorisme consiste dans le fait que le rapport entre les

 

coûts de l'attaque et ceux de la défense sont énormément déséquilibrés en faveur de la première (4). L'attaque aux Twin Towers a eu un coût inférieur à 1 million de dollars et elle a provoqué des dommages immédiats pour 50 milliards de dollars, auxquels il faut ajouter non seulement les dommages indirects (transport aérien, etc.), mais aussi l'impact négatif de l'« économie de la peur » au niveau global (5). Celle-ci déforme la rationalité des choix, et déprime la consommation et les investissements. Ses effets sont aussi éclatants, car la perception de vulnérabilité de l'opinion publique est de loin plus grande face à un événement hautement improbable, mais spectaculaire et potentiellement catastrophique, par rapport à un accident quotidien dont la fréquence est élevée et qui a des effets cumulatifs bien supérieurs à ceux des attentats. Par exemple, il y a eu environ 3 mille victimes le 11 septembre par rapport aux 40 mille morts par an dues aux accidents de la route aux Etats-Unis. Entre l'incertitude de la menace terroriste et les coûts de la sécurité intérieure d'un état il y a un rapport de proportionnalité directe. Ou mieux, d'une proportionnalité fondamentalement exponentielle. En effet, à cause de l'augmentation de l'incertitude terroriste, l'état doit investir proportionnellement beaucoup plus dans la sécurité.

 

Il existe en outre une profonde asymétrie entre terrorisme et état. Tandis que pour les terroristes il suffit d' « avoir de la chance » une seule fois, les états doivent « avoir de la chance » tous les jours pour éventer les attentats. Cela a conduit à une « privatisation » du « bien sécurité» (6), qui demande une étroite collaboration entre public et privé. Face à la menace terroriste les états optent généralement pour une défense de leurs objectifs sensibles. Mais en protégeant un objectif on engendre l'effet externe négatif de rendre plus probable l'attaque d'autres objectifs (ou d'objectifs intérieurs moins protégés ou encore d'objectifs externes dans d'autres Etats). La sécurité est aujourd'hui un quasi-public good ou un local-public good. Le plus souvent l'impossibilité de tout protéger de façon complète fait en sorte que la défense la plus efficace est en réalité une défense offensive ou invasive à la base du terrorisme : de l'augmentation de l'instrument de l'intelligence, à la chasse aux terroristes et à la localisation de cellules terroristes, à l'attaque des bases et des réseaux, à la protection des frontières, en empêchant par exemple la formation de cellules ou leur radicalisation interne.

 

Les états disposent bien entendu de ressources pratiquement illimitées. Jusqu'à présent ils ont toujours eu le dessus par rapport au terrorisme. Au contraire, la reconstruction qui a suivi l'attaque a presque toujours été une occasion pour augmenter la productivité et stimuler la croissance économique.

 

De toute façon les états ne peuvent pas éviter de soutenir les frais de la forte demande de sécurité qui a énormément augmenté après le 11 septembre (7). En effet leur propre légitimité dépend de la capacité de fournir un niveau adéquat de sécurité aux citoyens. Une carence quelle qu'elle soit à ce sujet a des implications considérables. Le résultat des élections espagnoles à la suite de l'attentat terroriste à Madrid du 11 mars 2004 en est un clair exemple. Pour ce faire, les états introduiront non seulement d'ultérieures limitations aux libertés et aux droits civils y compris, comme l'a dit implicitement le 5 août dernier le premier britannique Tony Blair, des actions anti-terroristes extrajudiciaires mais ils tendront surtout à rétablir les réglementations, les contrôles et les limitations aux libertés de mouvement et de trafic qui pourraient mettre en crise la mondialisation. Ces mesures seraient en contraste avec la déréglementation et la libéralisation qui sont en même temps les prémisses et les conséquences de la mondialisation (8).

 

Pour contraster les dommages provoqués à l'économie par les attentats du 11 septembre, surtout les dommages indirects, et suppléer à l'augmentation de la demande de sécurité, les USA ont adopté des formes de politique fortement expansives : la FED a émis sur le marché de grandes quantités de monnaie et réduit les taux ; le gouvernement a réduit les impôts ; le bilan de la défense et celui de la sécurité interne ont augmenté considérablement, soutenant les industries de haute technologie ; le Président lui-même a exhorté les Américains à dépenser davantage. Il s'est agi de la plus extraordinaire manœuvre monétaire de l'histoire.

 

L'opération fut rendue possible grâce à l'extraordinaire mobilisation patriotique des Etats-Unis et à la position dominante du dollar.

 

En Europe une manœuvre monétaire semblable à celle qu'ont effectuée les Etats-Unis après le 11 septembre ne serait pas faisable. La FED américaine dispose d'un interlocuteur politique unique, qui manque au contraire à la BCE européenne. Des attentats d'une semblable gravité provoqueraient donc en Europe des dommages indirects peut-être irréversibles. C'est aussi pour cette raison qu'il ne faudrait pas attendre qu'ils arrivent pour adopter les mesures nécessaires.

 

Une action de stimulation de la part de l'Union européenne pour que les états renforcent la sécurité serait importante. On ne peut toutefois pas nourrir beaucoup d'optimisme à ce propos, vu la crise institutionnelle que l'Europe traverse à cause de la croissance des égoïsmes nationaux. La faillite des attentats de Londres du 7 et du 21 juillet a bien entendu prouvé qu'on peut battre le terrorisme et/ou qu'on peut en limiter les effets par le renforcement préventif des institutions et de l'intelligence et par une campagne médiatique ciblée. Une faillite de l'Union dans le secteur de la réaction contre une série d'attentats terroristes énormes ferait disparaître toute perspective, non seulement d'une Europe politique, mais aussi d'une Europe solidaire. Sans compter l'opportunité pour un nouveau contrat transatlantique.

 

L'autre inconnue est représentée par le fait que l'incidence directe du terrorisme sur l'économie augmenterait de façon dramatique dans le cas où les attentats ne seraient pas conventionnels, mais effectués avec des ADM. Dans un tel cas, les dommages directs ne seraient plus « ponctuels », c'est-à-dire relatifs à des zones restreintes, ayant la possibilité de concentrer les secours et les interventions de reconstruction, et d'adopter des mesures politiques spécifiques de prévention. Les dégâts seraient par zones et pourraient avoir des effets de longue durée. Cela arriverait aussi dans le cas de « bombes sales » qui, sans provoquer un nombre élevé de victimes, mais seulement de vastes contaminations, pourraient intéresser d'entiers centres urbains. Elles exigeraient l'évacuation de villes entières pour de longues périodes et la démolition d'un tiers des édifices des zones contaminées (9). La décontamination successive demanderait des temps très longs et des coûts énormes. Dans le cas où les tentatives de bloquer la prolifération d'ADM devraient échouer, le terrorisme transnational de souche islamique pourrait faire sa propre guerre, non seulement d'usure, mais aussi d'anéantissement contre les sociétés et les économies occidentales. Aucun système de prévention et de protection ne serait efficace. Ni la dissuasion ni même la limitation ne seraient possibles. L'unique défense possible serait l'emploi offensif de la force militaire, pour détruire la menace avant qu'elle ne puisse se manifester, et des opérations covert visant à neutraliser les réseaux ou pour le moins à concentrer sur leur propre survie la plus grande partie de leurs forces et de leurs ressources.

 

Le terrorisme islamique (ou djihadiste) est en train de perdre du terrain quant à sa force, sa pénétration et son appeal dans les masses islamiques. C'est la thèse du Professeur Gilles Kepel dans son dernier livre (10). Vers la fin de 2001, un document apparut sur Internet Knights under the Prophet's Banner. Celui-ci- attribué au médecin égyptien al-Zawahiri, du temps où il était lieutenant de Ben Laden peut être considéré comme une sorte de RTA (Revolution in Terrorist Affairs). Ce document est une attaque lucide à la stratégie du jihad dans les années quatre-vingt-dix, mise en place après la victoire des moudjahidin en Afghanistan contre l'Union soviétique. Cette victoire avait réveillé l'âme islamique et redonné de la vigueur à la lutte contre l'ennemi historique, Israël. On élabora une stratégie de mobilisation de l'histoire, de la religion et de la haine. On était tout à fait persuadés que la victoire contre Israël aurait libéré le monde de l'Islam de sa plaie historique et haussé les valeurs et la force de l'Islam. Cette stratégie djihadiste se révéla erronée, de même que son application en Tchétchénie, en Algérie et en Egypte dans les années quatre-vingt-dix. Il fallait reconvertir une stratégie qui s'était jusqu'alors révélée de faillite. La nouvelle se base sur un double filon. D'une part, un choix du « nouvel ennemi ». Plus seulement Israël Little Satan mais aussi les Etats-Unis Big Satan c'est-à-dire tout l'Occident. Non seulement. Il faut ajouter à cela la stratégie du nearby enemy. En somme, il ne fallait plus frapper Israël pour libérer le monde de l'Islam, mais aussi les états arabes autoritaires et corrompus compromis par leur relation amicale avec l'Occident. Une stratégie contre « les Juifs, les Croisés et les Apostats ».

 

D'autre part, la nouvelle stratégie présuppose un usage de la propagande et de la spectacularisation des attentats terroristes. L'utilisation de la technologie, comme internet et webcam pour enregistrer et diffuser des messages est un exemple de cette nouvelle stratégie. Ces messages ne sont pas seulement une attaque contre les ennemis, mais surtout des messages (plus ou moins codés) émis dans un but stratégique, destinés aux alliés terroristes pour en acquérir la confiance et le respect, pour en augmenter « l'esprit » islamique et pour s'assurer du recrutement et du financement (11).

 

A partir du 11 septembre et jusqu'à aujourd'hui, cette stratégie a subi de remarquables transformations et réorganisations. Les états surtout les états européens et américains qui ont été frappés ont choisi la « culture de la sécurité » comme antidote à la « panique » terroriste. On a passé aujourd'hui d'une stratégie de mobilisation tout court à une stratégie de mobilisation individuelle au réseau transnational, mais dont la connotation est nationaliste e/o régionaliste. Il ne s'agit plus d'utiliser la masse islamique, il s'agit d'opérations de martyre (martyrdom operations), par l'utilisation de terroristes suicides et de groupes sélectionnés bien entraînés, hautement éduqués et endoctrinés, en vue d'atteindre l'objectif stratégique des chefs des groupes terroristes.

 

Cette nouvelle stratégie est en train de se révéler ruineuse à tous les points de vue. Au lieu de poursuivre la trace des « succès » obtenus par les attentats contre l'Occident, les terroristes n'ont créé que chaos et destruction dans l'Islam. Ils ont donné naissance à une profonde crise interne, une fitna. Il ne s'agit plus d'une guerre mondiale transnationale, mais d'une guerre civile au cœur de l'Islam, faite par un ennemi invisible, une force centrifuge qui ne menace pas seulement la vie, mais aussi la conception sacrée de « fidèle », à travers une fragmentation, une désintégration et la ruine de la communauté islamique.

 

La présence des Etats-Unis dans la région du Moyen-Orient rend plus vifs les effets de la faillite du terrorisme djihadiste. En effet, même si, au cours de la première phase d'intervention, la politique américaine en Irak a été accompagnée d'erreurs, de persuasions ingénues et de croyances idéologiques telles qu'il aurait suffi de battre Saddam Hussein pour instaurer la démocratie en Irak ou bien que la stabilisation automatique de l'Irak aurait comporté une ultérieure chute automatique grâce à un « effet dominos » de la démocratie dans la région du Moyen-Orient cela n'a pas du tout signifié que la stratégie terroriste est en train de gagner. Au contraire. Les « guerriers saints » avec leur dérive stratégique de guerre civile qui les amène à tuer plus de « frères » que de « non croyants », n'ont rien fait d'autre que d'exaspérer les âmes de l'Islam et d'engendrer à l'intérieur le conflit et la discorde. La conséquence est que les régimes islamiques, au lieu de chevaucher la vague terroriste pour acquérir du pouvoir, sont en train de se détacher du terrorisme. Des états comme l'Afghanistan, l'Arabie saoudite, le Soudan, la Libye, le Maroc, l'Egypte, le Pakistan, le Kuweit, la Turquie, Dubaï et Oman sont en train de « couper l'eau au poisson terroriste » en choisissant les Etats-Unis comme leur « garantie » de sécurité. D'autres, comme l'Irak subissent l'occupation étrangère. En outre, bien qu'il y ait un fort anti-américanisme parmi les Irakiens, le sentiment anti-djihadiste est en train de faire rapidement son chemin.

 

Je dirai même plus. Les régimes « apostats » sont en train de se révéler extrêmement résistants aux chocs et conscients du danger qu'ils courent. Leur choix des Etats-Unis ne dérive pas seulement de la faillite en acte du terrorisme djihadiste, mais aussi d'un choix conscient, fondamentalement dans un but de protection et de croissance future.

 

La présence des Etats-Unis au Moyen-Orient représente pour ces états non seulement une garantie, mais aussi une « assurance sur la vie ». Comme toutes les assurances, celle-ci doit bien entendu être « payée ».

 

La guerre au terrorisme comme du reste n'importe quelle autre guerre ne peut pas avoir de solution militaire. Du moment que les objectifs sont politiques, la solution doit être nécessairement politique.

 

La « grande stratégie » américaine, décrite dans la NSS, approuvée par le Président Bush en septembre 2002, et énoncée successivement dans le discours d'installation du second mandat présidentiel et dans celui qui a été fait à la Nation en janvier 2005, est orientée sur l'exportation de la démocratie, de la liberté et du capitalisme libéral pour faire entrer l'Islam dans la modernisation et la mondialisation, dont beaucoup d'états islamiques se sont exclus d'eux-mêmes.

 

L'objectif à long terme de la guerre contre la terreur est d'isoler les terroristes de façon à en tarir le recrutement, le financementet (12)l'importance des partisans et des sympathisants. Dans le cas du terrorisme de souche islamique, l'objectif final de l'occident est celui de « conquérir les esprits et les cœurs » des populations musulmanes, au moyen des instruments de la démocratisation et de la modernisation. C'est-à-dire que l'occident doit les isoler de la population. Il doit provoquer les changements politiques, économiques et sociaux nécessaires pour en extirper les racines. Cet objectif contraste bien entendu avec l'intérêt des régimes autoritaires, même s'ils sont en faveur des Etats-Unis.

 

Dans ce sens la guerre contre le terrorisme est une guerre civile à l'intérieur de l'Islam, où l'Occident se trouve dans la condition difficile de devoir changer des régimes qui lui sont souvent favorables, eux aussi menacés par le terrorisme, et d'avoir des alliés très faibles, vu la faiblesse des mouvements libéraux et démocratiques du monde musulman.

 

Construire une démocratie sans démocratiques est une entreprise tout autre que facile. Mais c'est aussi la seule voie possible pour mettre en marge le terrorisme avant qu'il ne devienne trop dangereux.

 

 

(1) M. Trajtemberg, Defence R&D in the Anti-Terrorist Era, Tel Aviv University, NBER and CEPR, August 24, 2005. Présenté à la Conférence Investire in sicurezza. La nuova economia della difesa nell'era del terrorismo

 

à l'IMT de Lucques du 21 octobre 2005.

 

 

(2) Centro Studi di Geopolitica Economica (a cura di), Sicurezza: le nuove frontiere Cultura, economia, politiche, tecnologie, Ricerca per Finmeccanica, F. Angeli, Milano 2004, 45.

 

 

(3) H. Kissinger, Does America Need a Foreign Policy, Simon & Schuster, New York 2000.

 

 

(4) C. Jean, Terrorismo e catastrofi: l'impatto economico, Aspenia n. 30, 2005, 225-241.

 

 

(5) C. Jean, Terrorismo suicida, Sala del Cenacolo, Roma 2004.

 

 

(6) M. Trajtemberg, Defence R&D in the Anti-Terrorist Era, cit.

 

 

(7) C. Jean, Terrorismo e catastrofi, cit.

 

 

(8) P. Savona, Geopolitica Economica, Sperling & Kupfer, Milano 2004.

 

 

(9) P. D. Zimmerman, Dirty Bombs The Threats Revisited,Defense Horizons n. 38, National Defense University, Fort McNeir, Washington DC, January 2004.

 

 

(10) G. Kepel, The War for Muslim Minds: Islam and the West, Harvard University Press, 2004.

 

 

(11) En outre le terrorisme n'a pas besoin d'énormes fonds pour se soutenir financièrement. Ensuite il est difficile de les découvrir. En premier lieu parce que les terroristes se financent souvent eux-mêmes par la taxation directe des immigrés, souvent acheminée vers les écoles coraniques, ou bien par une cotisation sur les envois d'argent des émigrés ou, plus fréquemment, par l'intermédiaire des charities. Les mouvements d'argent ne se font plus comme avant le 11 septembre par système bancaire, mais en nature, en transportant les billets de banque.

 

 

(12) M. Fiocca, Mille rivoli, nessun fiume: come si finanzia il terrorismo, Aspenia n. 30, Roma 2005, 242-251.

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