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Chrétiens dans le monde musulman

L’interpellation réciproque des croyants

Les contenus et les destinataires de l’exhortation apostolique Ecclesia in Medio Oriente.

« Certains libanais imaginent que le Pape a une baguette magique » expliquait il y a quelques jours Mgr. Rouhana, élu depuis peu évêque de Sarba, au nord de Beyrouth. « Mais ce n’est pas d’une intervention miraculeuse dont nous avons vraiment besoin ; il nous faut améliorer la qualité de notre témoignage chrétien ».

 

 

L’exhortation apostolique Ecclesia in Medio Oriente que Benoît XVI a signé le 14 septembre passé dans la Basilique Saint-Paul à Harissa, fournit des indications précieuses à ce propos, sans craindre d’entrer dans les détails lorsque cela est nécessaire.

 

 

L’invitation à trouver un accord sur une traduction commune du Notre-Père en arabe est un exemple de ce caractère concret. Des différences subtiles, un mot ou deux, séparent les différentes églises catholiques, mais de l’extérieur le résultat des célébrations communes produit une dissonance peu encourageante, comme cela avait déjà été remarqué durant le Synode. Les indications sont très claires, toujours inspirées des propositiones synodales, afin de poursuivre une gestion plus rigoureuse et transparente des biens ecclésiaux ou une application équitable du droit canonique, dans un contexte où les femmes sont souvent désavantagées.

 

 

Les chrétiens du Moyen-Orient pourront faire face aux défis qui les attendent en s’appuyant sur ces prises de position très précises et d’abord sur une communion qui, comme le rappelle avec autorité le document, précède les traditions particulières. Sur ce second versant, l’affirmation de certains principes généraux prévaut dans l’exhortation. Et il est naturel qu’il en soit ainsi, étant donné que l’instabilité gagne toujours davantage la région : Qui aurait imaginé en octobre 2010 que quelques mois plus tard seulement les révolutions arabes débuteraient ? Et qui pouvait s’attendre à l’apparition du film offensant envers Muhammad qui a enflammé d’un coup le monde islamique, touchant aussi le Liban ?

 

 

Il serait donc très risqué (et probablement aussi sans rapport avec la finalité de l’exhortation) de se prononcer sur l’actualité, tissée de signaux positifs mais aussi de faits très préoccupants comme les attaques de ces jours-ci contre les ambassades américaines. L’exhortation rappelle plutôt certains principes : la relance de l’œcuménisme, le dialogue interreligieux et la nécessité d’une saine laïcité, thèmes qui dépassent les frontières de la région (du reste le Pape a déclaré que l’exhortation est adressée à toute l’Église). On réaffirme l’importance du lien avec le judaïsme, chose jamais acquise dans le contexte du Moyen-Orient, tout en insistant sur la nécessité d’un rapport positif avec les croyants musulmans. Dans un des passages les plus forts, le Pape affirme que les chrétiens orientaux « se sont laissés interpeller par la religiosité des musulmans ». Cette idée précisément de l’interpellation réciproque pourrait être une clé pour structurer d’une nouvelle manière les rapports avec l’autre croyant, selon l’expression employée par le document. Mais, pour ce faire, il faut éliminer la violence du terrain, « en libérant la religion du poids de la politique », en protégeant les droits fondamentaux de tous, en agissant de manière déterminée pour la liberté religieuse. Des objectifs ambitieux, mais essentiels, si l’on veut arrêter l’hémorragie continue des croyants qui menace le futur des églises orientales.

 

 

Le message de l’exhortation exigera sans doute beaucoup de temps pour être reçu. Mais il y a une parole que les libanais ont très bien comprise dès le première moment : « Je vous laisse ma paix ». C’est le slogan du voyage. Il est proposé avec des variations infinies sur les affiches qui tapissent les rues de Beyrouth et des alentours, également dans les quartiers chiites autour de l’aéroport. C’est le désir profond de tellement de personnes. Quelqu’un pensait que cela n’avait aucun sens que le Pape monte jusqu’à la Vierge de Harissa pour remettre l’exhortation apostolique. Trop risqué. Plusieurs médias avaient même prévu l’annulation du voyage au dernier moment. Mais Benoît XVI a choisi de ne pas faire marche arrière. Sa présence au Liban, dans un moment si délicat, est le premier signe dont non seulement les chrétiens ont besoin, mais aussi tous les hommes de bonne volonté, dans ce pays et dans toute cette région. Par ce geste, le Pape a montré qu’il croit jusqu’au bout en la possibilité d’une coexistence pacifique et enrichissante à laquelle est consacrée une grande partie de l’exhortation apostolique. Le premier message de Benoît XVI a été sa présence.