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Religion et société

La prison à l’époque du pluralisme religieux

Photo Credit: Alter info

Dans les prisons italiennes, plus d’un détenu étranger sur trois est de religion musulmane. Il est donc urgent d’établir des parcours pour la formation d’imam-chapelains

Les transformations démographiques, qui caractérisent depuis plusieurs années le tissu social italien, ont inévitablement une influence sur la composition de la population carcérale : en effet, le pourcentage d’étrangers qui était légèrement supérieur à 15 % au début des années 90 est actuellement de 30 %. Sur la base des données du 30 novembre 2016, fournies par le Département de l’administration pénitentiaire (Bureau pour le développement et la gestion du système informatif automatisé – section statistique), sur un total national de 55 251 (dont 2 335 femmes), les étrangers sont 18 714 (dont 878 femmes). Ils constituent au total 142 nationalités, les plus représentées étant : Maroc (3 252), Roumanie (2 763), Albanie (2 474), Tunisie (2 012), Nigeria (870), Égypte (692), Sénégal (466) et Algérie (408). Et pour terminer, les régions avec le nombre le plus élevé de personnes étrangères dans leurs établissements pénitentiaires sont : Lombardie (3 640), Lazio (2 698), Piémont (1 774), Émilie-Romagne (1 602), Toscane (1 545), Sicile (1 343), Vénétie (1 194) et Campagne (916) (Source : www.giustizia.it). En ce qui concerne l’aspect religieux, parmi les détenus étrangers, si l’on prend en compte le pourcentage, l’appartenance à la religion islamique prédomine, en plus bien entendu de la présence de chrétiens, hindous, sikhs et bouddhistes. En particulier, la composante maghrébine déclare être, ou est vraisemblablement, musulmane. En prenant en considération d’autres détenus provenant d’Asie ou de pays d’Afrique subsaharienne, on peut dire que plus d’un détenu étranger sur trois est de religion musulmane. Droit carcérale, liberté religieuse et assistance religieuse L’article 26 de la loi 354/1975 stipule qu’« est garantie à tous les détenus et à tous les internés la pleine liberté de professer leur religion, de s’y instruire et de pratiquer ses rites ». Dans les établissements pénitentiaires, la célébration du culte catholique est assurée ainsi que la présence d’au moins un chapelain, tandis que les détenus appartenant à d’autres religions ont le droit de recevoir, sur demande, l’assistance des ministres de leur culte et de célébrer leurs rites, à condition qu’ils soient compatibles avec l’ordre et la sécurité et ne s’expriment pas en comportements malveillants pour la communauté ou contraires à la loi. La Cour constitutionnelle, par la sentence n. 26/1999, a mis en évidence que l’assujettissement à la restriction de la liberté personnelle ne peut comporter la méconnaissance des droits inviolables de l’homme parce que, même lorsqu’ils sont restreints, ils ne peuvent être supprimés totalement. Pour cette raison, dans une optique de pluralisme religieux, l’État garantit la totale liberté de recourir à l’assistance spirituelle, en permettant aux ministres des différentes religions d’exercer librement leur activité. Si la présence en prison de chapelains catholiques est garantie par des normes spécifiques qui institutionnalisent cette figure et sa fonction, pour les membres d’autres religions il faut distinguer parmi celles qui disposent d’une entente et celles qui sont réglementées par la loi sur les « cultes admis » de 1929. En ce qui concerne les confessions qui ont une entente avec l’État, les modalités qui réglementent l’exercice de l’assistance religieuse aux prisonniers qui en font la demande sont réglées en termes autonomes. Dans ce cas, l’entente est transposée dans les prévisions contenues dans la loi qui prévalent sur la loi des « cultes admis » de 1929 et sur la normative générale. Pour cette raison, la direction centrale des cultes du ministère de l’Intérieur n’exige pas de vérifications particulières pour l’entrée dans les établissements de détention des ministres des cultes de la confession. De plus, les autorités carcérales sont tenues à mettre à disposition des locaux adaptés à la célébration du culte. En revanche, en ce qui concerne les détenus appartenant aux confessions qui n’ont pas encore d’entente avec l’État, comme dans le cas de l’Islam, ceux-ci peuvent demander au directeur de la prison l’intervention d’un ministre de leur culte et la possibilité de célébrer leur rite religieux. Dans ces cas aussi, l’administration pénitentiaire met à disposition des locaux idoines. En outre, l’art. 58 de l’ordonnance pénitentiaire (DPR 230/2000) établit que les «ministres du culte sont indiqués» par le ministre de l’Intérieur, par l’expression d’un avis sur demande du département de l’administration pénitentiaire, après vérification de la part de la Préfecture territoriale compétente. En alternative, l’entrée des ministres de culte peut être autorisée sur base de l’art. 17 de cette même ordonnance pénitentiaire, parce que ces figures peuvent être comprises parmi les agents appartenant à la communauté extérne qui collaborent à l’action rééducative, en promouvant « le développement des contacts entre la communauté carcérale et la société libre ». Pour palier au manque d’une liste de ministres du culte islamique, les circulaires n. 5354554 du 6 mai 1997 et n. 508110 du 2 janvier 2002 ont identifié une procédure qui prévoit la communication à la Direction générale Détenus et Traitement et au ministère de l’Intérieur des généralités du ministre du culte, en plus de la mosquée ou de la communauté d’appartenance, pour l’obtention de l’avis sur l’autorisation à entrer dans la prison. Selon les données mises à jour le 31 octobre 2016, fournies par la direction générale des détenus et du traitement du département de l’Administration pénitentiaire, les ministres de culte autorisés à accéder aux instituts pénitentiaires sont au total 1.377, dont 47 musulmans (Source:www.giustizia.it). Cependant, à ceux qui sont explicitement autorisés s’ajoutent ceux qui exercent ce rôle dans les instituts, de manière spontanée et pas toujours avec des compétences démontrées, et ce dans un contexte caractérisé aussi par de nombreuses fragilités personnelles. Étant donné la situation, il résulte particulièrement urgent d’établir des parcours de formation pour les imams qui se rendront dans les prisons. Et dans cette direction, le Conseil pour les rapports avec l’Islam italien, un organisme érigé en janvier 2016 par l’ancien ministre de l’Intérieur, Angelino Alfano, avec des fonctions consultatives concernant l’intégration de la population de culture et de religion musulmane en Italie, a élaboré un premier Rapport (Rôle public, reconnaissance et formation des imams, avril 2016) dans lequel il est déclaré : « En considération de l’importance du rôle que les communautés musulmanes ainsi que la société civile reconnaissent aux imams dans l’espace public national, le Conseil retient de son devoir d’indiquer comme axe stratégique des relations avec l’Islam italien la formation et la valorisation de guides spirituels “italiens”. Par cette formule synthétique, nous entendons faire référence à des guides spirituels enracinés et intégrés en Italie, qui connaissent les principes constitutionnels au fondement de la République, conscients de son histoire et des dynamiques sociales fondamentales qui la traversent, respectueuses des traditions cultuelles et religieuses et engagées à promouvoir la cohabitation, le bien commun et le respect de la légalité ». Prisons, musulmans et formation des opérateurs Suite aux événements particulièrement tragiques qui ont touché la communauté internationale et ont rendu tout le monde conscient de la fragilité de la paix, et de la nécessité de construire une culture de dialogue et de coopération, dans les pays de vieille et de récente expérience migratoire, une attention particulière s’est fixée ces dernières années sur les minorités musulmanes, jusqu’à devenir un des éléments principaux de la réflexion sur les modèles et sur les pratiques d’intégration. Parmi les différents éléments examinés, on constate la condition dans les prisons de personne de foi musulmane, étant donné que leur présence importante est un des aspects qui interpellent le plus les agents qui à différent titre ont des contacts dans les contextes pénitentiaires. Il n’est pas rare que cet élément évoque des craintes de prosélytisme et de radicalisme (James, Joly, Khosrokhavar, 2005), dans un milieu caractérisé par la privation de liberté, la rigidité bureaucratique et de nombreuses contraintes ainsi que le manque de ressources (Rhazzali, 2014, 2010). En plus du rôle de figures formées et autorisées, comme les ministres du culte, la fonction des médiateurs culturels devient particulièrement cruciale, une figure professionnelle qui doit être conçue, évidemment, dans un travail de réseau avec les autres professionnels présents dans les établissements pénitentiaires, dans l’objectif de développer une série de nouvelles compétences capables de répondre aux différents besoins et malaises (Cuciniello, 2016). Dans l’espace pénitentiaire, une formation spécifique centrée sur l’histoire, la culture, les traditions des groupes ethniques les plus représentés, pourra prévenir des situations de négation et de séparation qui risquent d’alimenter le terrain fertile pour le développement de l’intégrisme comme une réponse de fermeture ultérieure (Romanelli, 2012; Institut Supérieur d’Études Pénitentiaires, 2012). De ce point de vue, le Cours de formation sur la radicalisation violente et le prosélytisme au sein des instituts pénitentiaires proposé au personnel de la Police pénitentiaire et aux opérateurs du domaine psycho-social dans différentes écoles de formation du personnel pénitentiaire est une réponse concrète de la part du ministère de l’Intérieur aux scénarios et aux stratégies ébauchés à l’initiative de l’Union Européenne, afin de porter attention à la prévention du phénomène de la radicalisation à l’intérieur des instituts pénitentiaires. En même temps, parmi les objectifs prioritaires du parcours de formation se trouve la connaissance correcte de la culture islamique, visant une retombée positive dans la gestion et dans le rapport avec les détenus de religion musulmane et le dépassement de stéréotypes et de préjugés. Une réponse tout aussi intéressante, qui se présente comme une best practice et qui a vu l’implication active des détenus, est le documentaire du metteur en scène Marco Santarelli, Dustur (2016), « constitution » en arabe. Construit comme un voyage entre « dedans » et « dehors », le documentaire suit l’histoire des détenus musulmans de la Dozza [prison de Bologne] engagés dans un cours du frère dossétien Ignazio De Francesco sur la Constitution italienne et celle de Samad, un jeune Marocain ex-détenu de l’institut pénitentiaire de Bologne. Cuciniello, A. (2016). L’Islam nelle carceri italiane, Fondazione ISMU, Milano http://www.ismu.org/2016/10/lislam-nelle-carceri-italiane/ Istituto Superiore di Studi Penitenziari (2012). La radicalizzazione del terrorismo islamico. Elementi per uno studio del fenomeno del proselitismo in carcere, in «Quaderni ISSP» https://www.giustizia.it/resources/cms/documents/radicalizzazione__ del__terrorismo_islamico.pdf James, B., Joly, D., Khosrokhavar, F. (2005). Muslims in prison: Challenge and change in Britain and France, Palgrave Macmillan, New York. Rhazzali, M.K. (2014). I musulmani e i loro cappellani. Soggettività, organizzazione della preghiera e assistenza religiosa nelle carceri italiane, in Angelucci, A., Bombardieri, M., Tacchini, D. (a cura di), Islam e integrazione in Italia, Marsilio, Venezia. Rhazzali, M.K. (2010). L’Islam in carcere. L’esperienza religiosa dei giovani musulmani nelle prigioni italiane, FrancoAngeli, Milano. Romanelli, R. (2012). The Jihadist Threat in jail: Islam and the processes of radicalization in European prisons, in «Archivio penale», n. 2, http://www.archiviopenale.it/apw/wp-content/uploads/2013/06/2012_-_ROMANELLI_ The_Jihadist_Threat_in_jail_Romanelli.pdf

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