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Religion et société

Le réalisme Ratzinger

Une leçon de réalisme. Voilà ce qu'ont été les huit jours du Pape Benoît XVI en Terre Sainte. Avec un courage intrépide, il a saisi les contradictions brûlantes de cette terre affligée, avec l'énergie obstinée de celui qui ne se résigne pas parce qu'il sait qu'il peut construire avec de nouvelles pierres. Il a risqué personnellement, sans calculs mondains de succès ou d'échecs. Son voyage était a priori "politiquement incorrect".

 

 

D'où vient ce réalisme? Benoît XVI s'est inséré dans la longue foule des pèlerins chrétiens aux lieux saints. Il a marché sur les pas du Fils de Dieu qui s'est incarné, est mort et ressuscité. Il a suivi les traces palpitant de souffrances des chrétiens qui habitent là.

 

 

Il a embrassé, au nom de toute l'Église catholique, les communautés chrétiennes de ce pan de terre du Moyen-Orient, « "bougies allumées" qui illuminent les lieux saints ». Mais cette étreinte - justement parce qu'il l'a accomplie au nom de Celui qui est la Voie vers la Vérité et la Vie - a impliqué, nécessairement bien qu'à différent titre, les frères juifs et musulmans qui vivent sur la terre donnée au père de tous, Abraham. C'est la prétention universelle du Christ qui conduit la foi chrétienne à la comparaison avec chaque religion, avec chaque vision de la réalité.

 

 

Voici en synthèse la manière dont je lis le voyage du pape Benoît XVI en Terre Sainte : pèlerin au courage humble et intelligent, il a voulu être un protagoniste pétrinien de toute l'Église. Immédiatement, à Yad Vashem, il a impliqué dans sa douleur « l'Église catholique, professant les enseignements de Jésus et attentive à imiter son amour pour tous les hommes, » qui « a une profonde compassion pour les victimes dont il est fait mémoire ici ». La force de son silence dans ce gouffre de douleur et son invocation déchirante afin que le nom d'aucune victime de l'abominable extermination naziste ne soit perdu n'a pas voulu être uniquement celle de Joseph Ratzinger, mais bien plus puissamment celle de tous les chrétiens appelés, au-delà de leurs limites, à la solidarité fraternelle avec le peuple élu. Je n'ai jamais oublié les paroles qu'il y a longtemps, en 1985, m'adressa le Cardinal Henri de Lubac : si le Christianisme doit s'inculturer, étant donné que nous nous enracinons dans le peuple juif, alors il doit s'inculturer dans l'histoire, encore en cours, de ce peuple.

 

 

Le lien particulier et privilégié qui unit le Christianisme au Judaïsme a trouvé une expression significative dans le commentaire que le Pape a offert à un passage du prophète Isaïe. Pour des raisons évidentes, le thème de la sécurité est particulièrement ressenti en Israël et il est continuellement évoqué dans le débat interne. Il s'agit donc d'un argument extrêmement politique, peut-être le thème de cette saison au Moyen-Orient, et le Saint Père a choisi de ne pas se soustraire à la réflexion. Mais il l'a fait en la structurant dans une perspective très particulière, celle des Écritures Saintes. Dans le langage de la Bible juive, sécurité et confiance - a-t-il rappelé au président Peres - sont étroitement liées. Pour l'Écriture, il n'y a pas de sécurité sans confiance. Pourrait-on imaginer leçon plus actuelle ? « Ses miséricordes ne sont pas épuisées » : Benoît XVI a tiré son invitation à l'espérance du Livre sans doute le plus tragique de la Bible, les Lamentations.

 

 

En Jordanie, dans les paroles que le prince Ghazi a adressées au Pape à la mosquée al-Hussein Ibn Talal, est apparu de manière évidente un engagement déterminé en faveur du dialogue. Au cœur du discours du prince, chose complètement surprenante pour nous occidentaux, une valeur fondamentale de la société du Moyen-Orient : cette hospitalité qui rappelle la nature essentiellement relationnelle de la société humaine.

 

 

Sur l'esplanade des Mosquées à Jérusalem, Benoît XVI a repris le thème du dialogue en faisant référence à la foi dans l'Unique Créateur et à la figure d'Abraham : « Le dôme du Rocher invite nos cœurs et nos esprits à réfléchir sur le mystère de la création et sur la foi d'Abraham. Ici, les chemins des trois grandes religions monothéistes du monde se rencontrent, nous rappelant ce qu'elles ont en commun. Chacune croit en un Dieu unique, créateur et régissant toute chose. Chacune reconnaît en Abraham un ancêtre, un homme de foi auquel Dieu accorda une bénédiction spéciale ».

 

 

Les points principaux avec lesquels le Pape a abordé la question brûlante du dialogue interreligieux sont au nombre de deux. Revenant sur le rapport entre raison et religion, Benoît XVI a fortement remarqué la nécessité pour chacun de se laisser purifier par l'autre. La religion doit se laisser interroger par la raison, pour ne pas tomber dans la superstition ou dans l'instrumentalisation de la part du pouvoir politique, mais la raison doit aussi pouvoir s'ouvrir à la dimension de l'Absolu. Une raison aveugle au divin : voilà le grand risque que dans le monde d'aujourd'hui les croyants sont appelés à éviter par leur témoignage commun.

 

 

En second lieu, Benoît XVI a répété que la contribution particulière des religions « à la recherche de la paix se trouve essentiellement dans une recherche de Dieu authentique, ardente et unifiée. Il nous revient de proclamer - et d'en être les témoins -, que le Tout-Puissant est présent, qu'Il peut être connu même s'il semble caché à notre regard ». Deux expressions de cette intervention m'ont touché particulièrement, pour leur capacité d'adhérer à la provocation de la réalité : la recherche de Dieu comme condition pour la paix et l'urgence du témoignage personnel et communautaire. C'est dans ce cadre que doit être insérée l'affirmation péremptoire du Saint-Père au Camp de réfugiés d'Aida : « Vos aspirations légitimes à un logement stable, à un État palestinien indépendant, demeurent non satisfaites. […]Dans un monde où les frontières sont de plus en plus ouvertes, il est tragique de voir des murs continuer à être construits ».

 

 

Mais, pour terminer, ce qui semble avoir laissé le plus grand signe durant tout l'itinéraire du Pape dans une terre où l'humanité a les nerfs à vif a été son soin chargé d'espérance pour les habitants de Terre Sainte : « Votre patrie - ce sont les paroles de Benoît XVI durant la Messe à Bethléem - n'a pas seulement besoin de structures économiques et politiques nouvelles, mais d'une manière bien plus importante, pourrions-nous dire, il lui faut une nouvelle infrastructure « spirituelle », capable de galvaniser les énergies de tous les hommes et de toutes les femmes de bonne volonté pour le service de l'éducation, du développement et de la promotion du bien commun. Vous avez chez vous les ressources humaines pour construire cette culture de paix et de respect mutuel qui pourra garantir un avenir meilleur à vos enfants. Voilà la noble entreprise qui vous attend. N'ayez pas peur ! ».

 

 

Le visage délicat et intense avec lequel le Pape, agenouillé devant les fissures où fut enfoncée la croix de Jésus, plus que conclure ce pèlerinage, ouvre à tous les hommes de bonne volonté une voie efficace pour dénouer le nœud du Moyen-Orient. Les simples sauront certainement la trouver. Les puissants de ce monde voudront-ils apprendre de la douce énergie constructive de Benoît XVI ?

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