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Religion et société

Le soufisme expliqué par un prêtre

Je crois que parler de l’amour de Dieu à plus de 1000 soufis n’est pas une expérience commune pour un chrétien, et encore moins pour un prêtre. Et pourtant, c’est ce qui m’est arrivé il y a quelque temps, à la fin septembre.

 

 

L’invitation m’est arrivée de la part du sheikh Hussein, chef d’une confraternité soufi (tarȋqa en arabe) locale dont la base est dans un village d’Haute-Égypte, appelé Busayliyya, au nord d’Edfu, ville de la région célèbre pour son temple pharaonique encore presque intact, à l’occasion de la commémoration du fondateur de cette confraternité le sheikh al-Bayyumi (mort en 1938), raison pour laquelle la confraternité s’appelle Bayyumiyya. De telles festivités sont fréquentes dans les sanctuaires soufis, où reposent les restes de “saints” musulmans, vénérés par le peuple, surtout à la campagne, une pratique à laquelle s’opposent souvent les docteurs légalistes de l’Islam et surtout les nombreux mouvements de celui qu’on appelle l’Islam politique, attachés à une interprétation littérale des textes religieux de base.

 

Le travail que j’ai réalisé durant ces années d’études et mes publications sur le soufisme, surtout avec l’anthologie de textes soufis Manifestations spirituelles de l’Islam sont à l’origine de cette invitation.

 

 

Invités à ce congrès soufi de Busayliyya, mon collègue et étudiant Ahmed Hasan Anwar et moi nous avons pris part aux célébrations marquées par une grande participation non seulement de la population locale mais aussi de toutes les confraternités de la Haute-Égypte qui avaient été invitées. On a compté que durant la grande soirée, la soirée du jeudi 22 septembre, il y avait dans la place centrale et les rues adjacentes environ 2000 personnes. La célébration a continué durant toute la nuit, de 23 heures à 4 heures du matin. Un célèbre chanteur local, Amin al-Dishnawi, a chanté à pleine voix durant toute la manifestation, durant cinq heures, tandis que les personnes autour de la place exécutaient les danses typiques des soufis, avec des mouvements en crescendo qui conduisent à un certain état de transe, interprété comme une extase, c’est-à-dire la rencontre avec Dieu.

 

 

Ils nous avaient demandé d’illustrer au début de la cérémonie le véritable sens du soufisme à ces personnes simples qui le vivent surtout à un niveau émotif, de manière à répondre aux accusations qui proviennent des milieux juridico-légalistes, qui se basent sur une interprétation “littérale” des textes sacrés de l’Islam.

 

 

Durant ma conférence, j’ai souligné particulièrement deux aspects : le primat de la spiritualité sur la ritualité et l’amour pour Dieu et de Dieu. Il ne suffit pas d’accomplir des cérémonies extérieures sans une profonde et sérieuse conversion du cœur. C’est là un thème fondamental du soufisme, comme pour chaque spiritualité sérieuse. Et sur ce point il y a des textes de référence très importants pour s’orienter dans le cheminement spirituel. À propos du thème de l’amour pour Dieu et de Dieu, amour ouvert à toute l’humanité, surtout à tout le cosmos, toujours à travers une série de textes originaux, j’ai mis en évidence comment pour les plus grands soufis cet amour doit être considéré comme le sommet de la vie spirituelle. Grâce aux réactions que j’ai reçues à cette occasion, j’ai compris que ce thème a touché particulièrement le cœur du peuple présent. Mon étudiant et collègue Ahmed a clarifié lors de son intervention certaines questions concernant l’origine du soufisme, le sens du nom “sufi”, et sa position dans la tradition islamique.

 

 

Tout cela pour conclure que, contrairement à ce qu’on entend dire dans certains milieux islamiques ou autres, le soufisme n’est pas un mouvement marginal dans l’histoire du monde islamique, mais il en fait partie intégrante. L’éliminer signifierait priver l’histoire islamique de nombre de ses manifestations les plus importantes dans le domaine de la littérature, de l’art et de la poésie. Les soufis furent une source continuelle d’inspiration pour l’art et la pensée dans tous les domaines. De plus leurs confraternités ont réalisé un grand travail éducatif au sein de la communauté islamique à tous les niveaux. Parmi les soufis sont apparus de grands ‘éducateurs d’humanité’ et de religion, tout comme des grands penseurs, comme Ibn ‘Arabî (mort en 1240), dit “le Grand Maître Soufi”, un des auteurs les plus lus au niveau planétaire.

 

 

La surprise finale à Assouan : en nous promenant dans le marché (sûq) derrière notre église, nous avons été arrêtés par un homme qui portait dans ses bras un enfant, et en tenait un autre par la main : il s’est présenté en nous remerciant pour les paroles prononcées durant le congrès soufi, auquel il avait participé. C’était l’iman de la mosquée qui est au centre du marché, pas loin de notre église d’Assouan. Il nous a invités à lui rendre visite le jour suivant, ce que nous avons fait. Il m’a fait asseoir sur la ‘chaire’ des prédicateurs, et nous avons passé deux heures à parler de l’importance du soufisme, de la vie spirituelle et de l’amour, etc.

 

 

Je ne suis pas naïf au point de penser qu’il suffit d’une conférence pour changer le cœur et le comportement d’autant de personnes, mais je crois que le fait que les participants aient accepter ce message de la part d’un chrétien et de plus un prêtre, soit positif et que finalement le désir d’autres rencontres semblables demeure. Cela me renforce dans ma conviction que la spiritualité est un point de dialogue important entre les religions et particulièrement avec l’Islam. L’Esprit souffle où il veut. Je crois que c’est mieux de le laisser souffler : nous sommes les instruments de son action et nous prions afin qu’il pénètre en tous et qu’il augmente en tous la vie du Royaume de Dieu, une vie basée sur le commandement : Aime Dieu et aime ton prochain. In sha’ Allah

 

 

In sha’ Allah

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