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Religion et société

Liberté et citoyenneté selon al-Azhar

« Si le discours islamique sur la prise de distance du terrorisme reste encore apologétique, des pas importants ont été réalisés contre l’extrémisme »

Ces derniers mois, une des plus importantes institutions religieuses du monde sunnite a organisé des rencontres significatives. al-Azhar, en Égypte, accueillera également fin avril le Pape François. Au terme d’une conférence à la fin février, en collaboration avec le Conseil des sages musulmans (Majlis hukamā’ al-muslimīn), et avec le soutien du président égyptien Abdel Fattah al-Sisi, al-Azhar a condamné l’usage de la violence et demandé aux peuples de religions différentes de vivre ensemble dans le respect réciproque.

 

 

Une autre rencontre importante s’était tenue une semaine auparavant entre al-Azhar et le dicastère du Vatican pour le dialogue interreligieux. Le dialogue entre les deux institutions s’était interrompu en 2011 pour une série de raisons, principalement les paroles du Pape Benoît XVI à Ratisbonne en septembre 2006, que al-Azhar considéra offensives envers le monde musulman, et les événements turbulents qu’a connus l’Égypte ces dernières années.

 

 

C’est la deuxième fois que al-Azhar organise une conférence où sont invités de nombreux experts du monde entier. La première occasion remonte à décembre 2015 et avait pour thème « Terrorisme et fondamentalisme ». Et maintenant c’était au tour de ce dernier événement sur « Liberté, citoyenneté, diversité et intégration », auquel ont participé des sunnites du monde entier, y compris du Népal et du Pakistan, chiites, yézidis, protestants, orthodoxes et catholiques. Étaient présents au rendez-vous de nombreux patriarches orientaux : le Patriarche Mar Louis Raphaël I Sako pour les chaldéens, le Cardinal Béchara Boutros Raï pour les maronites, le Patriarche Grégoire III Laham pour l’Église catholique grecque-melkite, et le Patriarche copte-catholique Ibrahim Ishak. Il y avait aussi des personnalités comme Mgr Monib Younan, représentant des luthériens en Jordanie et en Terre Sainte, Mgr Boulos Matar, évêque maronite de Beyrouth, plusieurs représentants politiques égyptiens ainsi que des ministres, et S.S. le pape Tawadros II pour l’Église copte-orthodoxe.

 

 

La conférence s’est déroulée en quatre sessions : la première a évoqué la relation entre l’Islam et la citoyenneté, en particulier à travers le « Pacte de Médine » (un document qui réglementait la coexistence entre les différents groupes à l’époque de la première communauté musulmane, NdlR).

 

La seconde session s’est concentrée sur la liberté et la diversité, en mettant l’accent sur la liberté individuelle, sur les relations avec les autres religions et sur le devoir du gouvernement de protéger la liberté et la diversité. La troisième a traité les différentes initiatives dans les deux religions, les expériences et des défis. La quatrième concernait la participation aux initiatives chrétiennes et musulmanes, initiatives conjointes pour promouvoir la coexistence et le dialogue.

 

Mais l’attention des mass-médias s’est concentrée sur la session d’ouverture. Le grand imam de la mosquée, le Cheikh Ahmad al-Tayyeb a en effet prononcé un discours qui a suscité des critiques : il a affirmé le caractère incorrect de ceux qui disent que l’Islam promeut le terrorisme et la violence, étant donné que le Christianisme également a connu la violence avec les Croisades, tout comme le Judaïsme. Son vicaire a exprimé le même concept pour montrer que l’Islam et les musulmans ne sont pas les seuls à être violents, mais les autres religions le sont aussi, et il a fourni des exemples de groupes terroristes et d’individus non musulmans.

 

 

L’organisation de ces deux conférences, largement suivies par la presse locale, grâce aussi à l’engagement personnel du président Abdel Fattah al-Sisi, fut certainement une initiative positive. Bien qu’il existe la volonté au sein de al-Azhar de trouver un discours plus flexible, il manque encore un terrain solide et le discours islamique reste à mon avis apologétique dans ses prises de distance du terrorisme. Cependant, de telles initiatives peuvent conduire à long terme à transformer certaines mentalités fondamentalistes, en promouvant la coexistence entre musulmans et chrétiens.

 

 

À ce propos, les points principaux du document final, la « Déclaration de al-Azhar sur la coexistence islamo-chrétienne », sont intéressants.

 

 

  1. Le sujet de la citoyenneté (muwātana) dans la terminologie islamique, à partir du Pacte de Médine : le monde arabo-islamique a un héritage de coexistence.
  2. La citoyenneté, l’égalité et les droits sont fondés sur une société saine, où les droits des minorités sont respectés. Les intellectuels sont appelés à veiller à l’utilisation du terme « minorités » (mais sans que ne soit mentionné quel autre terme pourrait être utilisé).
  3. Les participants à cette conférence ont affirmé que toutes les religions sont innocentes concernant le terrorisme, et il faut cesser de relier le terrorisme à l’Islam.
  4. La protection des citoyens est maintenant du devoir des états nationaux et de leurs gouvernements.
  5. Les institutions, aussi bien musulmanes que chrétiennes, doivent revoir leurs positions face au renouvellement et au développement de leurs devoirs et de leurs pratiques. Dans le domaine de telles révisions, les institutions islamiques, dans le monde arabe et ailleurs, ont découvert la nécessité d’avoir des liens plus étroits avec le Vatican, Canterbury, le Conseil mondial des Églises et d’autres, pour coopérer principalement sur les sujets de la moralité et de la civilisation.
  6. L’objectif de cette conférence, pour al-Azhar et pour le Conseil des sages musulmans, était de renouveler la collaboration avec tous les citoyens arabes, musulmans et chrétiens.

 

 

[Traduction de l'italien]

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