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Chrétiens dans le monde musulman

Niger: une sœur et un sultan pour les derniers

Le Niger, un des pays les plus pauvres de la planète, nous offre quelques témoignages de musulmans et de chrétiens qui luttent contre toute forme d’intégrisme, une entente bouleversante pour ceux qui croient que musulmans et chrétiens peuvent tout au plus se tolérer.

 

 

La fondation par Mère Marie-Catherine Persévérance de la première communauté du Niger de sœurs, la « Fraternité des Servantes du Christ », est une synthèse de cette réalité qui rapproche quant à ce qui est essentiel musulmans et chrétiens. C’est en effet cette femme sénégalaise expérimentée et ancienne religieuse d’une importante congrégation qui, il y a six ans, a initié une nouvelle mission dans une des régions les plus hostiles du pays, celle de Maradi, et qui, grâce au soutien du sultan Balla Marafa, peut aujourd’hui développer différents projets visant à valoriser la dignité des plus faibles parmi les pauvres: les femmes et les enfants.

 

 

Se déplacer à l’intérieur de cet immense pays, qui fait quatre fois la superficie de l’Italie, signifie supporter la chaleur de 40 degrés et même plus de 50 degrés en avril et mai, signifie accepter les dangers des routes qui souvent sont des sentiers tracés par des femmes et des hommes qui parcourent des dizaines de kilomètres à pied chaque jour pour trouver quelque chose pour nourrir leur propre famille. En visitant quatre villages sur les 120 qui bénéficient des services de la « Fraternité des Servantes du Christ », on rencontre les grands défis qui sont lancés à une grande partie des 15 millions d’habitants du pays, où les chrétiens représentent à peine le 1% de la population contre 90% de musulmans.

 

 

La crise alimentaire et l’analphabétisme sont les plus graves calamités auxquelles il faut trouver une solution de manière urgente. A cela s’ajoutent des fléaux qui semblent d’une autre époque et qui pourtant sont bien enracinés dans les mœurs des habitants, comme les mariages précoces qui contraignent des fillettes de 11 ans à se marier. Souvent avec des hommes d’un certain âge et qui dans leur foyer comptent déjà la présence de deux ou trois femmes et de plusieurs enfants. C’est l’histoire de centaines de filles d’un quartier de la ville Maradi où vivent celles qui ont pu échapper à leur mari et qui maintenant se prostituent pour survivre.

 

 

Pourtant la pauvreté incite le 70% des familles dans les villages à se débarrasser des filles en les offrant en mariage pour alléger ainsi la charge financière. La misère des familles doit depuis quelques mois compter avec le retour de ces milliers de Nigériens qui ont perdu leur travail à l’étranger, en Lybie ou au Mali. A la détresse s’ajoute l’insécurité qui déstabilise les petites activités commerciales et les échanges avec le nord du Nigéria. Nos déplacements ont dû se faire sous escorte militaire. Les humanitaires ont réduit drastiquement leurs programmes dans une région qui, en effet, intéresse peu et comporte trop de hauts risques pour le personnel expatrié. Ainsi les dépôts du Programme Alimentaire Mondial sont aujourd’hui vides, et ils vont le rester pour longtemps encore. Et les sœurs, qui deux fois par semaine distribuent de la nourriture et des médicaments à plus de 800 personnes depuis leur dispensaire à Saé Saboua, dans la brousse, risquent aussi de mettre un terme à leurs activités si elles ne trouvent de financements.

 

 

Ainsi des groupes criminels, dont certains sont associés à Boko Haram ou à al Qaïda, trouvent dans la détresse un terrain de recrutement propice et favorable à la diffusion d’un islam extrémiste qui se veut surtout agressif envers la petite communauté chrétienne. Des défis nouveaux pour l’Eglise du Niger qui, il y a encore deux ans, n’avait jamais dû être confrontée à la persécution physique. Cette montée de l’islamisme a déjà causé la destruction d’églises et l’attaque d’écoles catholiques dans différentes villes du pays, comme dans la ville de Zinder, où des enfants ont pris à coup de pierre l’école catholique, juste après la prière du vendredi.

 

 

Pourtant la présence chrétienne dans le pays n’est pas nouvelle ; elle se compose surtout d’africains des pays limitrophes qui, tout en résidant dans le pays depuis plusieurs générations, n’ont jamais obtenu la citoyenneté nigérienne. Le Nigérien chrétien est essentiellement un converti qui subit inévitablement le rejet de sa famille et de son entourage. Mais, depuis quelques mois, le converti risque sa vie. Nous avons rencontré plusieurs de ces héros, certains sont mêmes devenus religieux ou religieuses. Si les musulmans les plus durs voient dans la conversion au christianisme une apostasie, ce n’est pas toujours le changement de religion qui heurte les parents. C’est le renoncement au mariage d’un enfant qui devient religieuse, prêtre ou laïc consacré, qui est incompréhensible pour eux, dans une société où les hommes sont souvent mariés avec 4 femmes. Ossena et Ibrahim sont devenus chrétiens et ont rejoint des ordres religieux ; leur trajectoire de conversion se développe par la découverte personnelle de l’évangile. Une foi chrétienne qui apparaît comme pur cadeau de Dieu. Une découverte du Christ directe qui a pris consistance dans la rencontre providentielle avec des chrétiens engagés, comme Mère Marie-Catherine qui a quitté le Sénégal pour témoigner le l’amour du Christ par des actes concrets de charité, faits au nom du Christ. Le projet de la sœur de servir avant tout les femmes et les enfants se fait toujours dans le respect des autorités locales, toujours avec leur accord et en les impliquant. Cela étonne dans une réalité qui frappe par le discours dur et de fermeture des marabouts, qui sont en fait les imams locaux.

 

 

Cependant cette volonté d’impliquer les chefs locaux dans tout projet a permis à la sœur de dévoiler ce que les Nigériens désirent le plus pour sortir de la misère : lutter contre l’ignorance et soutenir les femmes dans leurs projets de se former. Une exhortation qu’un homme comme le sultan Balla Marafa a bien ressentie au sein de la population de sa province. C’est ainsi que s’explique le succès des sessions de sensibilisation organisées par les sœurs sur les dangers des mariages précoces et qui attirent chaque fois pas moins de 200 femmes. Ou des sessions sur d’autres thèmes tels que l’hygiène, la famille et l’éducation des enfants.

 

 

Depuis trois ans, les provinces du Niger sont devenues des sultanats. La ville de Tibiri, pas loin de Maradi, constitue le siège de sa majesté le sultan Balla Marafa. La rencontre avec le sultan suscite une certaine appréhension, peut-être parce que le titre inspire l’imaginaire, par l’historique du sultanat qui s’affiche à l’entrée de son palais. Le sultan Balla Marafa est le 480e sultan du Gobir, une dynastie qui remonte à plus de 5'000 ans selon un document bien visible dans la grande salle. Le sultan du Gobir est un homme de dialogue qui, malgré la cour suggestive que l’entoure, se soucie de mettre à l’aise ses interlocuteurs, que ce soit un homme et une femme qui demandent audience pour régler des problèmes de couples, ou le musulman qui est en dispute avec un chrétien pour des questions de propriété, ou encore nous qui venons d’Europe pour soutenir des projets de l’Eglise catholique. Fier de l’histoire plurimillénaire de la dynastie de son sultanat, le sultan souligne le lien de sa descendance avec le Prophète. Le nom « Gobir » vient de « Birnin Goubour », le nom d’une ville de l’Arabie Saoudite d’où à l’époque du prophète, des membres de sa famille seraient partis pour traverser la Mer Rouge et l’Egypte et arriver dans les zones actuelles pour proposer l’islam aux autochtones. Un sunnisme qui se veut respectueux de la liberté religieuse, qui est selon ses mots l’expression d’un Dieu « d’amour et charité ». Son discours pourrait sembler être un discours de convenance, mais les faits montrent l’authenticité de ses propos.

 

 

Dans la famille du sultan, il y a plusieurs parents qui sont chrétiens, un de ses cousins est même pasteur. La jeune communauté des sœurs de « Fraternité des Servantes du Christ » a trouvé le terrain pour construire sa maison dans la province du sultan, grâce à son soutien. « J’ai accueilli la sœur parce qu’elle avait un projet et était animée par un amour pour Dieu, pour aider mon peuple ».

 

 

Ainsi aujourd’hui la communauté est active dans le sultanat du Gobir, au Niger, avec différents projets : des dispensaires, des écoles, des programmes de promotion pour la femme, etc.… Combattre l’ignorance et donner espérance est le projet commun d’un sultan et d’une sœur. Cette espérance que dans un pays en détresse comme le Niger est la seule richesse à laquelle les islamistes peuvent encore porter atteinte.

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