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Chrétiens dans le monde musulman

Pourquoi étudier le syriaque à Kottayam, en Inde

Le témoignage du père Jacob Thekeparampil

« Ce fut au British Museum de Londres que mes yeux s'ouvrirent. Lorsque je vis tous ces volumes en syriaque contenant des textes jamais publiés ni traduits, je compris qu'il y avait encore un trésor à découvrir ». Le père Jakob Thekeparampil, courte barbe blanche soignée qui encadre le visage foncé typique des indiens du Kerala, est assis sur un fauteuil en osier dans la patio du SEERI, le Saint Ephrem Ecumenical Research Institute de Kottayam. Il raconte comme naquit cet institut de recherche sur le syriaque, qu'il fonda en 1985 et qui, aujourd'hui encore, est l'unique institution en Inde qui fournit une formation universitaire en langue et littérature syriaque.

 

 

« En Inde, existent sept églises qui sont nées de la tradition syriaque, mais à la fin des années soixante, même les prêtres n'étaient plus capables de lire et de traduire un texte en syriaque. Pour la liturgie, on utilisait les traductions en langue locale, le malayalam, de certains textes fondateurs pour les sacrements. L'Evangile était lu en syriaque, mais durant l'homélie le prêtre en donnait une traduction sommaire aux fidèles. La liturgie était donc en partie en syriaque et en malayalam. Cela se passait déjà ainsi avant le Concile Vatican II, étant donné que dans les églises syriaques, était déjà octroyée la liberté d'utiliser la langue locale. Mais dans les faits, les prêtres étaient en train de perdre progressivement la capacité de comprendre le syriaque. Et finalement aujourd'hui, la liturgie est essentiellement dans la langue locale ».

 

 

Jusqu'à la fin des années soixante, le syriaque était une matière scolaire dans les écoles publiques. Les enseignants étaient fournis par l'Eglise, tant qu'il fut possible de trouver un personnel qualifié. Et donc, progressivement, à cause de la disparition d'enseignants compétents, la matière disparut des programmes scolaires. La formation des prêtres, raconte encore le père Jacob, était menée sur le modèle de l'Eglise latine, avec des textes de théologie et d'ecclésiologie de tradition latine. « Moi, par exemple, j'ai étudié dans un séminaire de l'Eglise siro-malabare même si j'appartiens à l'Eglise siro-malankare. Ensuite j'ai poursuivi mes études à Rome mais les langues d'étude étaient l'italien, l'anglais et le latin. Aucune parole en syriaque. Toute la formation était calibrée sur le modèle latin : j'ai étudié saint Augustin, Tertullien, saint Thomas d'Aquin, etc., mais on ne disait rien concernant les pères de la tradition syriaque : des géants comme saint Ephrem et Jacques de Sarug. Leurs écrits sont en syriaque : ni les enseignants ni les étudiants des séminaires indiens étaient capables de puiser à leurs textes ». Le problème ne concernait pas seulement les Eglises catholiques siro-malabares et siro-malankares, mais aussi toutes les autres Eglises syriaques orthodoxes et protestantes. « On se rendit compte qu'il était nécessaire de créer les conditions pour que se développe une pensée théologique saine, ce qui se fonde aussi sur l'accès direct aux sources de notre propre tradition. En un mot, nous avions besoin d'experts en syriaque ». Au fond, rappelle le père Jacob, c'était un des appels du Concile Vatican II : retourner aux sources pour trouver de nouveaux modèles théologiques et liturgiques.

 

 

« En 1971, mon professeur de syriaque de Paris me conseilla fortement de me consacrer sérieusement aux études afin d'obtenir le doctorat et il m'envoya à Londres. Ainsi, non seulement, je maîtrisai la grammaire et le vocabulaire, mais j'appris aussi à chanter la liturgie syriaque et à lire les manuscrits originaux ». Arrivé à Londres pour terminer le doctorat sur certains manuscrits, le père Jacob prend conscience de l'immense trésor caché : des prières liturgiques, des textes monastiques, des commentaires bibliques, des livres de philosophie. « Ils étaient là à attendre d'être lus par des chercheurs contemporains qui puissent en tenir compte pour le bien de l'Eglise d'aujourd'hui ». L'idée de constituer un institut d'études syriaques en Inde prit corps durant le Symposium Syriacum de 1980, lorsque quelques évêques du Kerala demandèrent l'aide de la communauté scientifique internationale. A partir de ce moment, le père Jacob commença à parcourir l'Europe pour recueillir des textes pour la bibliothèque de l'institut naissant. « J'arrivai à l'aéroport de Cochin avec un container rempli de livres, je ne pense pas que dans l'histoire du Kerala, un étudiant soit rentré au pays avec autant de matériel ». Le SEERI voit le jour en 1985 et en 1994 débuta la collaboration avec l'université locale Mahatma Gandhi de Kottayam. Aujourd'hui, tous les séminaristes de la région doivent y passer pour suivre des cours de syriaque. Ils peuvent consulter des milliers de textes inédits et obtenir un Master et un Doctorat en langue et littérature syriaque. Tous les quatre ans, l'Institut organise un congrès mondial et publie semestriellement « The Harp », une revue internationale en anglais qui tire son nom de l'appellation que la tradition a attribué à saint Ephrem : la harpe de Dieu.

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