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Religion et société

Regards sur l’Islam dans la société marocaine

Contribution du p. Marc Boucrot, Secrétaire général des Ecoles catholiques aux Maroc, à la recontre du Comité scientifique d'Oasis de 2012

 

 

Dans mon intervention j’aborderai trois points du débat en cours

 

 

1. L’enseignement de la religion musulmane dans le système scolaire au Maroc

 

 

Elle fait partie du programme scolaire jusqu’au baccalauréat où elle est matière à examen. Le programme est fixé par le Ministère de l’Education Nationale marocain mais il y a le choix entre plusieurs manuels (qui doivent être autorisés par le ministère avant la mise en vente sur le marché). On peut se poser la question de savoir ce qu’on enseigne dans cette instruction religieuse musulmane: s’agit-il de l’enseignement de la religion en tant que foi ou de la religion en tant que code juridique ? A vrai dire, et cela est vrai surtout au collège et au lycée, la plus grande place est consacrée aux questions juridiques, au détriment du sens : sens de la vie, sens de la personne, sens de Dieu…

 

Il semble bien qu’on ne fasse pas assez réfléchir les élèves sur ce qu’ils apprennent, car on leur fait réciter des textes appris par cœur. Je voudrais signaler ici, si vous me le permettez, une initiative assez originale dans nos établissements de l’Enseignement Catholique Au Maroc. Certains enseignants, en particulier ceux du bureau pédagogique se sont dit que cette matière devait comporter les mêmes méthodes actives que celles préconisées dans les autres matières. Et c’est bien ce qu’on essaie de faire : nous utilisons un manuel officiel mais en essayant de l’utiliser de la manière la plus active. Il ne s’agit plus tant d’apprendre du par cœur que de s’arrêter sur un texte pour le comprendre, pour se laisser interpelle par lui, pour réfléchir à son sens. Des formations à cette méthode active ont donc été proposées aux enseignants d’instruction religieuse musulmane par un ancien inspecteur de l’Education Nationale.

 

 

2. Le printemps arabe au Maroc

 

Il a démarré avec des manifestations de jeunes, un peu à l’image de ce qui s’est passé en Egypte : une alliance de jeunes plutôt de sensibilité de gauche avec des jeunes islamistes du mouvement Al Adl wa Al Ihsân (Justice et Bienfaisance) du Cheikh Ben Yassin – et non pas de jeunes du parti islamiste autorisé PJD. Ils se sont appelés eux-mêmes Mouvement du 20 février. Le roi a saisi l’occasion de ces manifestations (qui ont entraîné des morts à Al Hoceima, Marrakech et Tanger) pour proposer, dans un discours à la nation le 9 mars 2011, une réforme constitutionnelle qui a été approuvée début juillet avec presque 99% des voix.

 

 

Ensuite il y a eu des élections législatives en novembre et c’est le PJD (Parti de la Justice et du Développement) qui est arrivé en tête, mais sans obtenir la majorité absolue, ce qui l’oblige à gouverner avec 3 autres partis. Je ne crois pas d’ailleurs que c’est le printemps arabe qui a permis au PJD de remporter ces élections ; il les aurait remportées de toute façon puisque, pour une fois, elles se sont déroulées normalement, c’est-à-dire honnêtement, sans une intervention trop marquée de l’administration.

 

 

Le PJD, parti islamiste, porte le même nom que l’AKP turc. On les compare souvent mais, attention, comparaison n’est pas raison. En effet la Turquie reste un régime laïc malgré tout, alors que le Maroc est une monarchie dont le roi est Amir el Mou’minin (Commandeur des croyants) et exerce un double pouvoir religieux et politique.

 

Le Maroc n’a pas besoin, au sens strict, d’être « islamisé », il l’est déjà … D’ailleurs le roi ne peut accepter qu’à contrecœur que quelqu’un d’autre –en l’occurrence un parti politique- prétende occuper le terrain du champ religieux au Maroc … On parlait hier du problème du contrôle des mosquées en Tunisie ; au Maroc ce contrôle s’exerce « naturellement » puisque pour chaque vendredi l’imam reçoit du ministère des Habous et des affaires islamiques (ministère de souveraineté, donc directement contrôlé par le roi)le thème et le schéma de son prêche.

 

Il reste néanmoins que les causes de ce printemps arabe sont à chercher également dans des difficultés sociales et économiques. Au Maroc aussi la croissance économique dépend encore pour une grande part de l’agriculture et donc de la pluie. Cette année 2012 ne sera pas très bonne – 2% de croissance au lieu de 4% prévus- en raison d’un déficit pluviométrique cet automne et cet hiver.

 

 

3. La nouvelle constitution

 

 

Je voudrais revenir sur la nouvelle constitution de juillet 2011. Le roi Hassan II aimait répéter : « une nation : le Maroc, une religion : l’Islam, une langue : l’arabe ». Avec un tel slogan, il n’y a pas tellement de place pour le pluralisme ! Hier, à notre colloque, est revenue plusieurs fois la question de l’article 1 de la future constitution tunisienne. Au Maroc, pour ce qui est de la religion, la nouvelle constitution a repris sans le modifier l’article de la précédente : « L’Islam est la religion de l’état qui garantit à tous la liberté de culte ».

 

 

Mais, pour ce qui est de la langue, elle propose une innovation intéressante car, à côté de la langue officielle qui reste l’arabe, elle introduit deux langues nationales : le berbère et la hassania (au Sahara).

 

Arrêtons-nous sur la langue berbère car près de 60% de la population marocaine aujourd’hui est d’origine berbérophone. Depuis quelques années déjà (près de 5 ans) on a introduit l’enseignement de la langue berbère au primaire ; mais cette mesure tarde à être généralisée, contrairement à ce qui était prévu. Le mois dernier (mai 2012), au cours d’une session du parlement consacrée aux questions orales, une femme députée du Souss a posé sa question au ministre de l’éducation nationale en berbère. Stupéfaction dans l’hémicycle ! Ça c’est une vraie révolution… Je me demande si ce n’est pas par le biais de la reconnaissance des langues que le pluralisme – et donc la démocratie- va faire ses pas dans ce pays.

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