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Religion et société

Régimes de nette séparation

« Le Golfe » est la façon appropriée de décrire une aire géographique qu'on se plaît à imaginer comme une entité avec sa propre identité ; toutefois, comme toutes les données cartographiques, cette expression possède aussi des limites définies qui se manifestent lorsque nous désirons décrire le caractère d'une aire vaste et variée, et encore davantage lorsque nous voulons analyser des phénomènes sociaux. Il est important de remarquer que ce terme comprend sept pays : Koweït, Arabie Saoudite, Yémen, Oman, Emirats Arabes Unis, Bahreïn et Qatar. Même si naturellement ceux-ci ont en commun des lignes générales à cause du climat et de la religion (et nous devons rappeler à ce propos que l'Islam n'exerce pas une influence monochrome et uniforme, parce que cette religion a divers accents et expressions) -, les histoires extrêmement différentes de ces pays ont laissé des traces évidentes dans leurs sociétés ; en tant que nations distinctes et souveraines au sens moderne du terme elles n'existent que depuis une centaine d'années, et dans le cas de certaines d'entre elles, depuis moins de quarante ans. Il s'agit donc seulement d'une façon générale et très hâtive de s'exprimer et on pourrait dire que le mot « Golfe » implique autant de variété parmi ses sociétés qu'en manifestent les termes Europe ou Amérique du Sud. C'est pourquoi, en observant ces sociétés pour extrapoler des attitudes et des situations qui se ressemblent, il nous faut oublier les nombreuses dissemblances qui existent et nous devrons donc éviter d'être trop pressés d'attribuer à une société une situation que nous avons observée dans une autre. L'exemple de Dubaï qui représente une des destinations touristiques les plus demandées (avec Mascate, Bahreïn et Qatar tout de suite après), alors que l'Arabie ne l'est pas du tout, peut indiquer peut-être que ces différences ne sont pas insignifiantes.

 

 

Pour répondre aux questions sur les populations migrantes, il faut en outre prendre une autre difficulté en considération, c'est-à-dire que les données sur la population ne sont pas facilement accessibles et, en fait, elles sont en grande partie le résultat de conjectures, sans doute intelligemment déductives, mais rarement basées sur des statistiques indiscutables, du moment que les gouvernements fournissent peu de données. Cela est peut-être dû à la crainte compréhensible de révéler une grande faiblesse, mais indiquer une raison ne rend pas la tâche plus facile à exécuter.

 

 

En ce qui concerne les immigrés, les pays du Golfe sont, semble-t-il, parmi les plus variés du monde. Il se peut qu'en ce qui concerne les habitants étrangers, ceux-ci ne soient pas plus diversifiés dans leur population qu'ils ne le sont dans d'autres pays vers lesquels se dirigent les personnes à la recherche d'une vie meilleure, mais il est important de rappeler qu'ici les immigrés peuvent constituer la majorité de la population totale d'un pays. Les états du Golfe peuvent par conséquent "se sentir" plus internationaux. Même s'il est certainement vrai que dans beaucoup de pays occidentaux existent ce qu'on peut appeler, avec seulement une légère extension du sens du terme, des "ghettos", ceux-ci sont néanmoins greffés sur une société locale dont le but est, finalement, de les absorber de façon organique. Cela en ayant conscience, et quelquefois une conscience bien acceptée, que la société qui accueille sera changée en quelque sorte, mais toujours sur la base peut-être infondée ? que la culture locale prévaudra. La question centrale est de savoir ce que signifie le terme "immigré".

 

 

Dans la plupart des pays du monde ce mot indique une personne qui provient d'un autre état, non seulement pour avoir une seconde résidence, mais pour s'y établir et acquérir la nationalité de ce pays. Dans les pays du Golfe cela n'est pas possible d'habitude. Tout d'abord le pays serait certainement nettoyé des populations locales. L'immigration agirait comme une vague de haute marée, car, si dans certains pays la population locale représente actuellement moins de 20 % du total, avec la motivation d'une autre nationalité possible, l'invasion deviendrait inexorable. Si nous voulons quelquefois critiquer les gouvernements du Golfe pour la politique d'immigration restrictive et même draconienne qu'ils adoptent, il faudrait que nous nous arrêtions et que nous nous demandions quelle serait l'attitude de certains pays européens si le nombre de leurs propres citoyens était dépassé dans un rapport de 5 à 1, ou même plus, par la population immigrée.

 

 

Un second facteur important est la religion. Même si certains non musulmans ont obtenu le passeport du pays qui les accueille, il s'agit d'exceptions. Il est difficile d'imaginer que de grands groupes de non musulmans puissent recevoir ce privilège dans des pays où le culte chrétien lui-même est ou bien interdit ou bien toléré, mais avec de sévères restrictions. L'Islam, comme le Christianisme, est une religion activement missionnaire, c'est pourquoi il est possible de changer. Mais seulement dans une direction ! En d'autre mots, les non musulmans peuvent devenir musulmans et cela conviendrait probablement à leur assimilation. La religion est si puissante toutefois que, même s'il est possible de changer de foi, la route ne peut être parcourue que par les non musulmans. Les musulmans ne peuvent pas. Ce fait devrait être pris en considération lorsqu'on met sur la balance l'importance de la religion par rapport à une population immigrante.

 

 

Dans certaines sociétés, par exemple en Arabie Saoudite, il existe certainement de grands préjugés (raciaux et religieux), mais ceux-ci sont de loin inférieurs dans d'autres, comme par exemple à Dubaï. Toutefois les choses ne sont uniformes dans aucune société du Golfe : les autorités et les personnes qui ont fait des études sont plutôt tolérantes, probablement aussi en Arabie Saoudite, si on fait bien attention à la valeur donnée au mot tolérant (c'est-à-dire, à condition de ne rien introduire qui puisse menacer la cohésion religieuse et culturelle de la société), mais la masse de la population l'est dans une mesure mineure. En ce moment, les actes et les buts du GCC (1) assurent graduellement une plus grande uniformité, en introduisant des règles qui standardisent les lois et les démarches, mais les conditions et les comportements locaux varient considérablement, comme il est évident, en rapport avec les nécessités de développement de pays différents.

 

 

Par conséquent les préjudices et le racisme sont répandus, mais s'ils le sont parfois seulement de façon latente. Les chrétiens et les autres non musulmans sont tolérés à des postes importants et même puissants s'ils savent se faire respecter grâce à leurs propres habilités personnelles et professionnelles. C'est une approche pragmatique qui domine ici. Plus le gradin occupé dans l'échelle sociale est bas, plus lourdement peuvent s'exercer les préjudices, parce que des personnes de ce genre sont facilement remplaçables. A la constante recherche de main-d'œuvre à bas prix, les Népalais sont très appréciés pour leur coût réduit. Ils peuvent naturellement être assumés ou licenciés à volonté. Une autre source de profits sans tenir compte des principes sera sans doute fournie par le nombre croissant de Chinois. Dans l'ensemble les Occidentaux sont appréciés pour leur habileté professionnelle et leur honnêteté (s'ils possèdent ces qualités) et beaucoup ont des postes bien rétribués. Mais il faut rappeler que ceux-ci ne peuvent pas être considérés comme membres permanents de la société et peuvent également, même si ce n'est pas si facile, être congédiés s'ils deviennent inutiles.

 

 

De toute façon il n'y a aucun doute que chacun, dans n'importe quelle partie du monde se sente plus à son aise en travaillant avec des personnes de la même culture. Et la culture, en faisant abstraction de ce qu'il plaît de penser aux Européens, est dans une large mesure basée sur la religion. Dans le bien et dans le mal, notre mémoire communautaire, notre identité et nos points de repère sont le produit des traditions qui dérivent de notre histoire religieuse. Beaucoup d'Européens peuvent avoir l'illusion que les droits de l'homme et la justice, pierres d'angle de leur idée d'une société idéale, soient simplement le résultat du fait d'être des hommes. Il n'en est pas ainsi. On peut facilement reconstruire l'histoire de ces concepts et leurs racines parlent d'elles-mêmes. Cela non pas pour revendiquer une supériorité de la civilisation européenne ou de n'importe quelle autre civilisation, en ce qu'elle possède ces caractéristiques, mais simplement pour affirmer que, là où les personnes se sentent chez elles, elles sont davantage à leur aise, et la confusion qui représente une menace constante au bien-être et à l'équilibre humains, peut être raisonnablement tenue en respect. Toute société pense de même sur ces arguments et le Golfe ne fait pas exception.

 

 

La situation s'est avivée à cause d'un phénomène récent : des groupes d'Arabes qui travaillaient en Occident, et spécialement aux Etats-Unis, sont arrivés dans les Emirats (et probablement aussi ailleurs) sur la vague de méfiance à leur égard qui a suivi le 11 septembre. Notre expérience avec quelques-uns d'entre eux est qu'ils sont très intransigeants et qu'ils adoptent une attitude musulmane plus extrémiste que les gens de l'endroit, étant déterminés à se débarrasser pour autant que possible des non musulmans, en particulier des chrétiens, sur les lieux de travail ; ils veulent enfin imposer des coutumes islamiques comme le voile pour toutes les femmes. Ces personnes sont toutefois des travailleurs migrants comme tous les autres. La chose la plus impondérable est celle d'évaluer aujourd'hui le degré d'influence qu'ils auront. Les Arabes locaux ne sont pas plus dépourvus que les autres, et ils sauront probablement distinguer ceux qui parient beaucoup sur l'Islam parce qu'il sert à leurs fins, de ceux dont la sincérité et l'histoire personnelle peuvent, sur une longue période, en faire des hôtes non désirés.

 

 

Marquer distinctions et différences

 

 

Les entreprises commerciales agissent exactement de la même façon que les gouvernements qui ne visent pas seulement un unique objectif pour tenter d'éviter la domination d'une race ou d'une nation dans une position stratégique (de commerce ou de pouvoir). Si pour élargir la base de pouvoir elles doivent employer des non musulmans, elles le feront, et probablement assez de bon gré, parce qu'il y a des lois qui permettent de se débarrasser des travailleurs étrangers avec le minimum de désagrément pour la société. La société en général reflète la même tendance à marquer les différences : toute communauté tend à être distincte. Qu'on note, par exemple, la liberté avec laquelle les personnes demandent dans les annonces un employé ou un locataire provenant seulement d'une race ou d'un pays particulier. Nos tableaux d'affichage à l'église sont parsemés d'offres de logement seulement pour célibataires ou familles d'origine bien spécifiée. Une approche de ce genre ne serait pas publiquement possible en Europe ou dans d'autres parties du monde.

 

 

Sous l'effet de l'explosion générale des communications dans la vie moderne, des périodes d'études à l'étranger et de l'arrivée de nombreux ouvriers étrangers, se sont évidemment présentées de plus grandes possibilités de trouver une femme d'une autre nation, souvent non arabe. Dans certains cas c'est même devenu une tendance. Les gouvernements sont conscients du danger, à tel point que les hommes dans les Emirats ont besoin de permissions spéciales pour épouser des femmes qui ne sont pas de l'endroit, qui peuvent recevoir ou pas la nationalité. Les femmes locales sont absolument désavantagées et il y a eu de vives et inefficaces protestations de la part de femmes ayant un mari étranger, dont les enfants doivent avoir des passeports étrangers.

 

 

Un danger semblable et insidieux est mis en évidence dans la pratique, presque universellement diffuse, d'assumer du personnel de service étranger. Des lettres aux journaux révèlent la peur que les domestiques, et en particulier les baby-sitters, puissent exercer une grande influence sur les enfants. On craint cela particulièrement dans le domaine de la religion.

 

Il ne s'agit pas ici simplement d'autres races qui ne se mélangent pas avec le Arabes purs. Les races ne se mélangent pas beaucoup en aucune circonstance, sauf au travail et, où cela se produit, cela ne se fait pas de façon très étendue. Cela me semble être ici une caractéristique remarquable de la société. Il est pourtant vrai que quelque mélange a lieu, mais il y a peu de mariages mixtes entre communautés, ou même une réelle socialisation sur large échelle. Par socialisation réelle j'entends ce genre de mélange qui est le résultat ou qui conduit à des amitiés ouvertes et désintéressées, et à l'échange d'opinions franches. L'Eglise est probablement le plus grand cas de mélange des races. Il faut toutefois tenir compte que cette difficulté n'est pas seulement un exemple de distance raciale et culturelle, mais qu'elle est due aussi au fait que les personnes ne peuvent pas prendre la nationalité du pays où elles travaillent et où elles élèvent leurs familles ; c'est pourquoi elles doivent prévoir de rentrer dans leur pays et dans leur société quand ce sera le moment de s'en aller. Le résultat est que les personnes restent liées à leur propre groupe et considèrent l'effort d'aller ailleurs comme non nécessaire.

 

 

Il y a aussi un sentiment diffus qu'une telle façon de procéder ne serait pas sage. Le manque de compréhension entre les cultures peut transformer toute rencontre, même un geste ou une approche amicale en un champ miné. Le soupçon et la peur sont largement répandus, non seulement parmi la population étrangère et la population indigène, mais même parmi les différents groupes d'expatriés. Avec le désir qui est souvent la conséquence de responsabilités que l'on sent sur soi, de trouver du travail pour des gens de sa propre famille ou nation ou religion, les travailleurs étrangers peuvent devenir de grands experts pour éliminer les concurrents. Dans tous les pays du Golfe il existe des droits fixés par la loi du travail, mais ils ne peuvent être appliqués et se révéler une aide qu'avec beaucoup de difficultés. Le résultat est inévitablement que les personnes, même après des années de service satisfaisant peuvent être licenciées sans préavis. Si on a une famille à entretenir et qu'on a passé une période suffisamment longue pour que les probabilités de trouver du travail dans sa patrie

 

se soient fortement réduites, alors on peut facilement comprendre que la peur et le manque de sécurité deviennent des émotions avec lesquelles les personnes doivent apprendre à vivre tous les jours. La sécurité se trouve dans ce qui est connu. On ne court pas vers d'autres races, d'autres religions et d'autres nationalités pour trouver la sécurité.

 

 

Monde d'incompréhensions

 

 

Les Arabes qui ne viennent pas du Golfe ne sont pas nécessairement privilégiés parmi les immigrés. Ils sont souvent considérés comme une plus grande menace à la cohésion de la société locale par rapport à quelqu'un qui est visiblement étranger et pour cela même souvent préféré. On peut faire une comparaison avec l'importation de la littérature. Il est permis d'introduire des bibles et de la littérature religieuse à certains endroits, mais ce matériel ne doit pas être en arabe. La tolérance envers les Arabes non indigènes dépend largement de leur position sociale et professionnelle et de leur situation financière. Beaucoup d'Arabes étrangers sont pauvres et pas du tout privilégiés. Les Arabes chrétiens vivent souvent mal parce que les Arabes musulmans qui ne connaissent pas l'histoire supposent que arabe et musulman sont naturellement synonymes ; les chrétiens arabes sont donc en quelque sorte des apostats. La question de l'élément arabe ouvre tout un monde d'incompréhensions. Vus, pour ainsi dire, du dehors, tous les peuples qui parlent arabe sont arabes, mais un Berbère, un Soudanais ou même un Libanais accepterait-il ce nom sans problème ? C'est ici que la question de la connaissance ou de l'ignorance de l'histoire est importante, en ce qu'elle exerce une influence modératrice sur les jugements et sur les expressions du jugement.

 

 

Quant à l'aspect religieux, il est facile de penser seulement en termes de musulmans et de chrétiens. Il y a toutefois aussi beaucoup d'hindous, de sikhs et, à cause du coût modeste de la main d'œuvre du Sri Lanka, aussi des bouddhistes.

 

 

Les hindous contribuent beaucoup à l'économie des sociétés du Golfe, à tous les niveaux, professions libérales, main d'œuvre qualifiée ou pas, mais, comme ils n'entrent pas dans l'ample catégorie des Gens du Livre qui comprend les musulmans, les chrétiens et les juifs, ils sont en théorie, même s'ils ne le sont pas toujours dans la pratique, regardés avec soupçon. Ils sont engagés avec la même rapidité que tous les autres, s'ils ont les habilités et les connaissances requises sur le moment. Ils ne passent toutefois pas le test religieux d'adorer un seul Dieu, avec le résultat qu'on leur concède un temple en un ou deux endroits, mais, la plupart d'entre eux n'ont pas de lieux de culte et lorsqu'ils meurent ils ne peuvent pas être incinérés selon leur tradition. On peut voir des musulmans qui frémissent de dégoût en entendant nommer un sikh, mais le fait reste que certains d'entre eux sont très qualifiés et s'il le faut ils seront assumés. Les bouddhistes sont au contraire une sorte d'énigme, car il vivent selon une philosophie plutôt que selon une religion, mais ici aussi, comme tous les expatriés, ils sont tolérés s'ils fournissent ce qui sert, quoiqu'ils soient moins qu'intéressants sur le plan religieux.

 

 

Il y a un tel entrelacement de racisme et religion qu'il est très difficile de distinguer les différents éléments. Les Asiatiques sont souvent considérés avec mépris et, par conséquent, ils en souffrent. Cela est partiellement le fruit du racisme, étroitement lié au fait que certaines ambassades ont les moyens et la volonté de protéger leurs citoyens (ceux des Philippines, par exemple), tandis que d'autres pays sont plus ou moins impuissants à les protéger. Le besoin que beaucoup de pays ont des versements effectués dans leur pays d'origine par les émigrés conditionne leur réaction à l'injustice ou à un traitement raciste de la part du pays où ces personnes travaillent. Le mépris est naturellement alimenté par la conscience que certaines personnes peuvent être mal traitées sans crainte de mauvaise publicité ou de revanche. Un cercle vicieux.

 

 

Sociétés bien ordonnées

 

 

Au sein de l'Islam les tensions entre sunnites et chiites sont dissimulées à cause de la grande prépondérance du sunnisme dans le Golfe. Des tensions de ce genre existent ouvertement au Bahreïn, dues à une population immigrée de plus vieille date, et peuvent exister au sein de la population locale de Dubaï, étant donné le nombre de familles iraniennes qui ont été nationalisées. Mais s'il en est ainsi, ces tensions ne sont pas visibles pour les étrangers.

 

 

Dans l'ensemble les sociétés du Golfe sont justes, pacifiques et bien ordonnées. L'Europe et les Etats-Unis ont suffisamment souffert de doutes sur eux-mêmes et de divergences d'opinion au sujet de l'immigration pour comprendre quelle menace celle-ci peut être ou peut sembler être. Il y a une différence, mentionnée ci-dessus, c'est-à-dire que les immigrants dans le Golfe ne viennent pas pour s'y établir définitivement, comme il est au contraire probable que cela arrive en Europe. Il ne faut pas beaucoup d'imagination pour voir comment les grandes masses, dont on a besoin pour alimenter les nécessités du développement d'une économie qui se base toujours plus sur le pétrole, peuvent représenter une menace terrible pour une société dont la fragilité peut se mesurer même seulement en chiffres. Toutes les sociétés désirent sauvegarder leur propre cohésion. La pierre de touche de la cohésion de ces sociétés est l'Islam qui est sans doute en train de traverser de profonds changements. Ces changements provoqueront-ils un malaise tel qu'il puisse amorcer une réaction violente?

 

 

En revenant au début de cet article, je dois de nouveau affirmer que les choses seront différentes d'un pays à l'autre. On ne peut pas penser à l'Oman, aux Emirats Arabes Unis et à l'Arabie Saoudite, en aucune façon et même pas pour la religion comme un ensemble absolument cohérent. Il existe toutefois des traits qui se rapprochent en quelque sorte de ce que j'ai tenté de décrire. Peut-être aurais-je dû prendre en plus grande considération le fait historique que les sociétés tribales dans la péninsule arabique, pour le commerce ou pour la guerre, ont été autant en contact avec l'Orient (l'Inde) qu'elles l'ont été avec l'Occident (la mer Méditerranée et l'Afrique du Nord-Est) à partir de l'époque où nous avons des nouvelles de leur histoire. Il y a aussi eu une longue histoire de relations avec la Grande-Bretagne, liée, dans le cas des Etats de la Trêve (aujourd'hui les Emirats Arabes unis), à un traité. En regardant certains visages on peut encore voir les traces de cette implication dans les courants de l'histoire, même si, dans la plupart des cas, ce ne fut sûrement pas le libre choix des personnes, mais la volonté de la partie la plus forte qui dicta la loi. Et toutefois : n'en est-il pas ainsi encore aujourd'hui ?

 

 


 

(1) Gulf Co-operation Council, communauté de coopération internationale qui unit les pays du Golfe (N.d.T)

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