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Religion et société

Sur les voies qui ont mené Oasis dans les Balkans*

Les deux journées de travail du Comité International d’Oasis à Sarajevo les 16 et 17 juin sur le thème : Tentation violence : religions entre guerre et réconciliation, ont radicalement démonté le lieu commun courant selon lequel les religions monothéistes contiendraient le germe de la violence qui fait couler tant de sang de nos jours. Les participants ont enquêté en profondeur sur la complexité du lien entre religion et violence sans faux-fuyants, révélant une complexité qui mérite d’être approfondie avec la contribution de tous. L’histoire du passé et la chronique d’aujourd’hui le requièrent.

Oasis est arrivée à Sarajevo par des voies diverses qui se dirigeaient, toutes, vers la ville de douleurs des Balkans, le vaisseau prise au piège de l’histoire.

 

Après les étapes de Milan, Tunis, Beyrouth, Amman, Le Caire, Venise, au fil des années précédentes, Oasis a trouvé en Sarajevo en effet le lieu idéal pour affronter le thème choisi pour cette session 2014, Tentation violence : religions entre guerre et réconciliation, une question qu’imposaient les événements dramatiques du Moyen-Orient, les nouvelles qui arrivent de la Syrie et de l’Iraq, et une étape cohérente avec les sessions précédentes consacrées à l’approfondissement ce qui est en jeu en Orient et en Occident, entre sécularisme et idéologie, des révoltes arabes à leurs retombées globales, et avant même celles-ci, à la liberté religieuse, à l’éducation, au témoignage.

 

 

L’histoire passée et récente conduisait à Sarajevo, histoire qui fait voir combien est changée la guerre et combien on peut justifier la violence en avançant comme prétexte la foi religieuse. Ici, sur le fleuve Miljacka, l’assassinat de l’archiduc François-Ferdinand, héritier du trône d’Autriche-Hongrie, déchaînait il y a juste cent ans la première guerre mondiale destinée à bouleverser les équilibres européens, mais aussi la physionomie du Moyen-Orient (il suffit de penser à la fin du Califat ottoman, à la naissance de l’Islam politique et du nationalisme arabe) ; et ici, il y a vingt ans à peine, le XXe siècle se terminait sur l’une des guerres les plus cruelles et fratricides : blessure qui saigne encore aujourd’hui dans la mémoire de ceux qui ont survécu.

 

Ce qui nous poussait aussi vers la cité des Balkans, c’était l’intention d’Oasis de saisir la leçon que peut offrir à de nombreux pays européens – toujours à la recherche de la quadrature pour organiser la vie en commun dans des sociétés plurielles – l’expérience de l’Islam en Bosnie, Islam organisé en une communauté institutionnalisée qui participe à la vie publique dans un contexte « laïque ».

 

 

Enfin, ce qui polarisait aussi l’intérêt pour la Bosnie-Herzégovine, c’est l’attention portée à la vie des chrétiens qui vivent dans des contextes à majorité musulmane : il s’agit là d’un aspect qui a dès l’origine caractérisé la Fondation et la revue voulues par le cardinal Scola quand il était patriarche de Venise : le nombre des catholiques qui vivent aujourd’hui dans la capitale bosniaque, diminué de moitié par rapport à la période antérieure à la guerre, témoigne à lui seul de la difficulté que cette communauté affronte d’ordinaire pour « survivre ».

 

 

Des personnalités du monde académique, des représentants de la société civile, des ecclésiastiques, venus d’Égypte, de Jordanie, du Maroc, de la France, de la Belgique, du Nigeria, de l’Inde, de l’Iran, du Canada, et des États-Unis, ont travaillé lundi 16 et mardi 17 juin avec des représentants de la réalité locale, et partagé des analyses approfondies et des expériences personnelles selon un programme particulièrement intense.

 

 

Le cardinal Angelo Scola, dans son intervention à l’ouverture des travaux, a évoqué l’histoire du Christ comme « un dépassement objectif de la logique de la violence et, en tant que tel, la mesure du passé et de l’avenir de l’histoire humaine » ; le cardinal a souligné la contribution que les chrétiens pouvaient apporter à la rencontre entre hommes de religions différentes : « L’adieu définitif à la logique de la violence que l’événement pascal porte en lui est également la principale contribution que, en tant que chrétiens, nous pensons pouvoir offrir aujourd’hui au dialogue interreligieux. Cela a été la grande intuition d’Assise et le message que le pape François vient à peine de répéter en Terre Sainte, en lançant de l’esplanade des Mosquées « un appel pressant à toutes les personnes et les communautés qui se reconnaissent en Abraham : respectons-nous et aimons-nous les uns les autres comme des frères et des sœurs ! Apprenons à comprendre la douleur de l’autre ! Que personne n’instrumentalise par la violence le nom de Dieu ! Travaillons ensemble pour la justice et pour la paix ! ». « Oasis, qui est née pour être proche des chrétiens d’Orient – a observé l’archevêque – ne peut ignorer leur cri de douleur et celui de peuples entiers, en Syrie, en Iraq, au Nigeria, au Pakistan, partout où le terrorisme fait rage ». Il n’existe pas de solution facile : les solutions, il faut les chercher avec les musulmans, a relevé le cardinal Scola : « Entre la souffrance pour le mal que l’on a subi et l’attente pleine d’espérance de la révélation des justes, il reste un travail immense à accomplir, notre tâche d’hommes de bonne volonté ». Une tâche, a conclu le président d’Oasis, fondée sur le témoignage qui a besoin du dialogue comme méthode, et du courage du pardon.

 

 

Le Reis-ul-ulema Husein Kavazović et l’archevêque de la ville ont introduit ensemble les travaux. Le chef de la communauté islamique de la Bosnie-Herzégovine a raconté Sarajevo entre passé et avenir, indiquant dans la capacité d’accueil des différences la qualité spécifique de sa ville aux composantes religieuses multiples, tandis que le cardinal Vinko Pulić n’a pas caché, avec l’espérance qui l’anime, toute la souffrance dont il porte le poids : la dernière guerre est toujours là, présente, on ne peut l’effacer de la mémoire, et les récentes, dramatiques inondations ont de nouveau frappé le pays, détruisant vingt de ses quarante paroisses.

 

La réflexion a ensuite porté sur le jihad, examiné aussi bien dans la tradition sunnite, avec Asma Afsaruddin, professeure de l’Indiana University, que dans la tradition shi’ite, avec Matthieu Terrier, de l’École Pratique des Hautes Études de Paris. De là, on a retracé le parcours de l’héritage au Moyen-Orient de l’événement de Sarajevo de 1914, avec Martino Diez, directeur scientifique d’Oasis, pour découvrir ensuite ce qu’est devenue la guerre après la chute du mur de Berlin, avec Henri Hude, professeur à l’Académie militaire de Saint-Cyr de Paris, et pour analyser la manière dont la guerre est en mesure de remodeler les identités, avec Ugo Vlaisavljevic, vice-recteur de l’Université de Sarajevo.

 

Cet itinéraire à travers la guerre a débouché sur la réflexion de René Girard, reproposée par Bernard Perret, vice-président de l’Association de Recherches Mimétiques de Paris, et sur une conclusion majeure avec le document de la Commission théologique internationale sur monothéisme et violence, illustré par Javier Prades, recteur de l’Université San Damaso de Madrid.

 

 

La seconde journée a été consacrée à l’étude de quelques cas précis : la guerre de Bosnie, avec le cardinal Pulić, archevêque de Sarajevo, les Bochniaques et les défis du temps présent avec Fikret Karćić, intellectuel de pointe dans la communauté islamique locale, les « Gandhi » musulmans avec Ramin Jahanbegloo, Iranien qui enseigne à la York University de Toronto, la non-violence et le fondamentalisme dans l’Inde contemporaine avec le cardinal George Alencherry, archevêque majeur de Ernakulam-Angamali, au Kerala, la menace de Boko Haram au Nigeria, avec Mgr Matthew Kukah, évêque de Sokoto, la violence religieuse et les relations intercommunautaires en Égypte après la révolution de 2011 avec Christian Cannuyer, directeur de la revue Solidarité-Orient de Bruxelles.

 

 

Comme toujours, l’un des moments-clé des Comités d’Oasis a été la discussion des papers, préparés précédemment par les participants, le partage des réactions aux contributions des spécialistes que l’on avait entendus ensemble et des témoignages plus personnels de ce que chacun vit dans son propre pays. L’ « utilité » de la méthode d’Oasis consiste en effet justement dans le fait de se penser et de se proposer, dès sa fondation en 2004, comme un sujet « communionnel ». Tewfik Aclimandos, politologue égyptien, l’a relevé pendant le débat : Oasis est un réseau d’amis désormais, qui mettent à la disposition les uns des autres, à partir de compétences dans des disciplines et provenances géographiques différentes, leur « savoir », parce qu’ils sont convaincus que le travail culturel est le lieu privilégié pour favoriser la rencontre entre chrétiens et musulmans. Une amitié qui ne peut s’abstraire d’une pénétration toujours plus courageuse au plus profond de la réalité. La ville, qui, dans le visage sévère de ses habitants, semble recéler un secret pour les étrangers, a été particulièrement accueillante pour Oasis. Avec son acribie dans sa volonté de toujours repartir lorsqu’elle est piétinée, elle lui a donné un nouvel élan.

 

Une grande partie des interventions du Comité sera publiée dans le prochain numéro de la revue plurilingue Oasis, bon nombre des interventions lors des débats seront diffusées sur les Newsletter online (www.fondazioneoasis.org).

 

 

*Cet article a été publié sur Tempi.

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