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Moyen Orient et Afrique

Syrie : un patrimoine millénaire victime de la guerre

Parmi les dommages causés par les bombardements et les attaques, par les vols et les fouilles illégales, figure aussi la destruction des sites et des monuments les plus importants dans le pays. Dans le chaos général les communautés locales tentent de défendre leur passé, mais aussi leur avenir économique avec le tourisme.

C’est un patrimoine immense, victime oubliée du massacre syrien: 10.000 monuments, sites, musées, un concentré de l’histoire de l’humanité – 10 millénaires –, 8 sites UNESCO dont 5 endommagés, exposés quotidiennement à une guerre aveugle, aux bombes, roquettes, pillages, vols, fouilles clandestines et trafics tous azimuts. Un appel international pour tenter de sauver ce passé qui s’effrite dans l’indifférence générale a été lancé de Rome par Paolo Matthiae, l’archéologue italien qui découvrit en 1964 la cité-état d’Ebla (2500 ans av. j.c.) près d’Alep avec ses milliers de tablettes cunéiformes, et par l’ancien ministre de la culture italien Francesco Rutelli.

 

 

Quelle est l’ampleur des dégâts?

 

 

Paolo Matthiae: Il y a ceux que l’on voit et dont on parle, qui frappent les monuments les plus importants et symboliques: le minaret de la mosquée des Omeyyades et la cité médiévale d’Alep, les mosaïques de la grande mosquée des Omeyyades à Damas, le Krak des Chevaliers près d’Homs, le village chrétien de Maaloula, où l’on parle encore araméen, la langue du Christ, etc...Mais il y a aussi ceux que l’on voit moins, et qui sont tout aussi dramatiques sinon davantage : le ravage, le pullulement des fouilles clandestines, qui dévastent les sites antiques célèbres comme Mari, ou Doura Europos, ou encore Apamée, comme labourée par les pilleurs. Il y a, plus grave, le risque de voir les fouilles clandestines passer de l’initiative plus ou moins individuelle à une exploitation industrielle, avec l’emploi de moyens lourds, de bulldozers qui écrasent tout, comme en Irak et en Afghanistan. Il y a aussi les vols, surtout dans les musées régionaux, parfais menés par des bandes armées organisée. Les trafics prospèrent. L’UNESCO a alerté les pays frontaliers en mai 2013, un chargement d’antiquités a été saisi à la frontière libanaise. Mais les frontières sont longues et désertiques. Dernier point inquiétant: il semble que l’on ait fait sauter à l’explosif une mosaïque antique dans la région de Raqqa. Jusqu’ici, les destructions des sites étaient une conséquence du conflit, elles risque d’en devenir un objectif de la part de groupes religieux intolérants, parfois étrangers, comme les Buddha de Bamiyan.

 

 

Que représente dans l’histoire de l’homme ce patrimoine otage de la guerre?

 

 

Paolo Matthiae : Un patrimoine unique: car ce n’est pas seulement la mémoire de la Syrie, mais celle de l’humanité même et de son évolution. C’est là que sont nés les premiers villages sur les rives de l’Euphrate, 10.000 ans av. J.C., c’est là que surgit, au IIIe millénaire, le premier modèle de cité loin d’une vallée fluviale, comme Ebla, c’est là que l’on invente l’alphabet – chaque signe correspondant à un son –, qui va révolutionner l’écriture autour du XIIIe s. Les civilisations s’y succèdent, c’est un syrien, Apollodore de Damas, qui vient construire à Rome le forum de Trajan. La Syrie, c’est aussi l’aube du Christianisme, la présence byzantine, l’héritage perse, le califat des Omeyades, et, pendant des siècles, un pont entre l’Orient musulman et l’Occident chrétien sous le signe de la tolérance. C’était l’un des pays les plus ouverts aux chercheurs : 70 missions étrangères, y compris une mission d’archéologues juifs américains qui y furent accueillis sans problèmes.

 

 

Quelle parade, quelle stratégie possible?

 

 

Paolo Matthiae : Tout d’abord, mobiliser l’opinion mondiale, avec une grande exposition itinérante sur la Syrie qui partira de Rome, dotée d’un comité scientifique international, et un prix international pour toute initiative destinée à protéger ce patrimoine. Ensuite, stimuler les initiatives amorcées par l’UNESCO, assurer la surveillance des sites avec des gardiens permanents payés. Mais aussi impliquer les populations locales. Certains sites, abandonnés, ont été pillés, les locaux des missions saccagés. À Ebla, en revanche, il y a eu des tentatives de fouilles clandestines, aussitôt bloquées par les habitants du village. C’est là un point important: dans le chaos général, les populations locales tentent d’organiser un minimum d’autodéfense. Elles ont compris que défendre leur passé, c’est défendre non seulement leur identité, mais aussi leur avenir économique grâce au tourisme futur. Enfin, sur le plan international, organiser immédiatement une collaboration, notamment au niveau européen, pour préparer et coordonner les interventions de restauration dès que la situation le permettra: préparer dès à présent la renaissance du patrimoine syrien.

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