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Religion et société

Trois thèses à propos de l’éducation et de l’histoire

Ce n’est pas facile de proposer une réflexion sur le thème de l’éducation qui échappe aux deux risques opposés d’être trop général ou trop limité. Pour cette raison, je proposerai ici non pas un discours articulé, mais plutôt quelques thèses que je commenterai brièvement et dans lesquelles le concept d’éducation sera considéré simultanément dans le sens latin de formation globale de la personne et anglo-saxon (education) d’instruction structurée : deux aspects qui, selon moi, sont inséparables.

 

 

1. Le problème éducatif contient autant la question morale que la question de l’identité d’une civilisation

 

 

Dans la culture occidentale de ces dernières décennies, il devient toujours plus fréquent de considérer l’éducation comme un problème essentiellement technique : l’attention se concentre donc sur les méthodologies et les instruments à mettre en oeuvre afin de transmettre certaines compétences et évaluer les résultats atteints. Il est évident que de cette manière on laisse toujours de côté la question fondamentale : quels doivent être les contenus et les finalités du processus éducatif. D’autre part, le processus par lequel le discours moral est devenu autonome des préoccupations pédagogiques est plus ancien et également plus problématique : l’éthique s’interroge ainsi abstraitement sur les valeurs positives et négatives, sur le bien et le mal, sur le juste et l’injuste, en faisant abstraction presque totalement du fait que la personne en rapport auquel tout cela prend sens peut seulement à travers un processus éducatif parvenir à faire mûrir sa conscience et sa capacité d’action ; bien entendu, un tel procédé est destiné à durer toute la vie. Mais, faire abstraction de tout cela signifie essentiellement baser le discours moral sur une fiction : celle d’avoir à faire à des êtres rationnels et libres (par exemple), où la rationalité et la liberté sont simplement des « présupposés » idéologiques, et non pas des finalités ardues. Mais, une fois que ce divorce réciproque est recomposé, le problème éducatif s’identifie au problème moral : il s’agit en effet dans les deux cas, peut-être seulement avec des nuances différentes, de considérer la manière selon laquelle les êtres humains peuvent développer et mûrir leur capacité de faire le bien : des êtres pour lesquels la naissance et la croissance (dans le corps, l’esprit et les sentiments) ne sont pas des accidents, mais bien la forme même qui, en eux, assume la vie.

 

 

 

Le problème éducatif est à son tour crucial pour chaque civilisation. C’est dans l’éducation à l’égard de ses propres enfants qu’une société projette son idée de moralité, et au fond, son identité. Dans ce concept de moralité prend place évidemment toute la formation culturelle, comme le savaient très bien les anciens grecs qui plaçaient les vertus intellectuelles au sommet de la vie morale : peut-être s’agissait-il d’une exagération intellectualiste, mais elle était, sans aucun doute, moins dangereuse de l’exagération contraire qui consiste aujourd’hui à effacer du discours moral la préoccupation pour la formation intellectuelle.

 

2. La santé d’une civilisation est directement corrélée à l’investissement qu’elle effectue dans le domaine de l’éducation

 

 

Si une civilisation peut durer plus que le temps d’une génération, c’est seulement parce qu’elle est capable de se ré-engendrer du point de vue avant tout biologique et puis moral. C’est la confirmation la plus forte du fait que le problème éducatif s’identifie avec celui de l’identité d’une civilisation. Une civilisation qui n’est plus capable (ou qui croit n’être plus capable) de transmettre ses contenus fondamentaux est une civilisation en déclin. L’énergie et les ressources qu’une civilisation place dans l’éducation représentent l’indice le plus certain de sa vitalité, et au contraire, le désintérêt à son égard est le signe le plus sûr du fait qu’elle ne croit plus, ou ne croit pas assez, en son futur.

 

 

 

Cela ne signifie pas automatiquement qu’une éducation en crise soit le signe d’un désintérêt par rapport au futur : par exemple, de nombreuses difficultés dans le processus éducatif peuvent naître de l’interférence réciproque de préoccupations toutes deux licites, comme la recherche de l’excellence et celle de la plus grande diffusion possible, ou comme l’attention aux contenus et aux méthodologies, ou encore la volonté de transmettre la richesse du passé et celle de susciter la créativité individuelle. Mais il reste vrai que les erreurs évidentes à ce propos et l’incapacité de poser avec honnêteté intellectuelle le problème du remède sont le signe d’un dysfonctionnement non pas du secteur éducatif, mais, au fond, de la civilisation qui l’exprime. De nombreuses réflexions qui s’effectuent à ce propos dans le monde occidental concernent cet aspect (par exemple, le taux d’analphabétisme qui a atteint en France 10 % des jeunes, le fait que dans les facultés scientifiques d’Amérique du Nord les étudiants en provenance d’Asie sont admis beaucoup plus facilement que les jeunes du même âge du lieu, l’arrivée dans les Universités italiennes de jeunes qui le plus souvent sont incapables d’écrire correctement, etc.)

 

 

 

3. Les conflits entre les modèles éducatifs doivent être affrontés avec une réflexion sur sa propre histoire

 

 

Si dans le domaine de l’éducation, chaque civilisation renvoie l’image de ce qu’elle pense d’elle même, le problème du conflit entre itinéraires éducatifs apparaît en même temps plus difficile et plus facile à affronter. Plus difficile parce qu’il ne se laisse pas résoudre, si non de manière illusoire, par de simples équilibres techniques ou des compromis pragmatiques, étant donné que le domaine éducatif n’est pas le simple instrument au service de quelque chose qui peut être décidé autre part et de manière indépendante. Plus facile parce que pour le résoudre, il suffit qu’une civilisation réfléchisse à ses valeurs, aux raisons de la cohabitation entre différentes composantes, en un mot à son histoire, et reflète cette histoire qui est la sienne (y compris ses facettes et ses partialités) dans un projet éducatif.

 

 

 

De ce point de vue, il y a un paradoxe curieux mais crucial à mettre au jour. Le fait que l’engagement éducatif est celui qui détermine le futur d’une civilisation ne signifie pas du tout qu’il doive être déterminé par une idée de ce futur. En réalité, ce sont uniquement les régimes totalitaires qui prétendent enseigner le futur, proposer une « humanité nouvelle » (que cela prenne l’aspect d’une utopie politico-économique, d’un retour aux origines réelles ou fantastiques, de l’apparition de « nouveaux droits », et ainsi de suite). Les civilisations créatives ne prétendent jamais enseigner le futur, mais seulement le passé.

 

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