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Religion et société

Un bon investissement pour l'espérance des hommes et des peuples

La charité dans la vérité est « une exigence de la raison économique elle-même » (CV, 36). Benoît XVI concrétise cette affirmation en parlant de « principe de gratuité » et de « logique du don comme expression de la fraternité» (CV, 36). Ainsi, simultanément, sont précisés deux fondements de la nouvelle conception du «développement intégral » proposé par l’Encyclique. Le premier fondement concerne la conception même de l’économie qui, comme on le répète en différents lieux en ce temps de crise, doit être repensée. Dans quelle direction ? Certainement dans celle de l’éthique dont l’économie a besoin pour fonctionner correctement. Mais Benoît XVI va plus loin : l’éthique est la condition nécessaire mais non suffisante pour une raison économique adéquate. Il parle même d’« un certain abus de l’adjectif “éthique” » (CV,45) utilisé souvent de façon tellement générique qu’il sert de couverture à des décisions contraires à la justice et au bien commun fondés sur une anthropologie adéquate. La dignité de la personne, la nécessité d’être en bonne relation avec soi-même, avec les autres et avec Dieu deviennent ainsi des dimensions constitutives de la sphère économique.

 

Nous sommes loin d’une vision totalisante de l’économie, corrigée tout au plus par le pouvoir politique qui ne serait en aucune façon capable d’en entamer les dynamismes structurels.

 

Évidemment des catégories comme marché, entreprise, autorité politique doivent être redéfinies. Elles pourront ainsi prendre en charge le processus de globalisation en cours, phénomène qui en soi n’est ni bon ni mauvais, à condition qu’il soit orienté par une pratique de vie bonne. Ainsi refait surface la valeur originelle et connaturelle à l’humain de l’économie elle-même : le gouvernement – selon l’étymologie – de la maison commune de la famille humaine.

 

Le second fondement de la nouveauté contenue dans l’Encyclique possède une force créatrice digne des changements radicaux exigés au cours de ce troisième millénaire. En effet, parler de « principe de gratuité », en consacrant tout un chapitre pour décrire le développement économique intégral en termes de fraternité, signifie non seulement critiquer la façon dont normalement on conçoit le rapport entre éthique et économie, mais aussi prévenir une référence trop générique à l’anthropologie. La « raison économique » ne pourra se déployer complètement – et on ne sortira pas de la crise -, si elle ne laissera pas la place à la logique du don. En quoi consiste cette dernière ? Elle apparaît dans le titre même de l’Encyclique : la charité dans la vérité.

 

Le don, comme expérience élémentaire propre de l’homme, réalise la demande de bonheur que chaque personne et chaque société portent en elles. La charité, le don de soi que le Fils de Dieu incarné accomplit pour nous sur la Croix rejoint tout homme. L’autonomie socio-économique n’est pas remise en question par cette référence explicite à Jésus-Christ. Il n’y a aucune volonté d’ingérence de la part de l’Église dans la sphère de l’économie et du social. Éventuellement, le magistère papal, en s’appuyant sur une longue tradition – pensons à saint Benoît et à saint François – et avec la vigueur requise par notre époque, invite les acteurs qui doivent nécessairement repenser l’économie et la société à vérifier la validité de cette proposition.

 

L’Encyclique en montre certains traits décisifs. Avant tout en étendant le domaine particulier à l’économie de gratuité et de fraternité de la société civile au marché et à l’État : « Aujourd’hui, nous pouvons dire que la vie économique doit être comprise comme une réalité à plusieurs dimensions : en chacune d’elles, à divers degrés et selon des modalités spécifiques, l’aspect de la réciprocité fraternelle doit être présent » (CV, 38).

 

Les trois fondements de la Doctrine Sociale – dignité de la personne, principe de solidarité et principe de subsidiarité – sont ainsi revisités à partir d’une forme concrète de démocratie économique. La gratuité ne doit pas être comprise comme un simple maquillage de la justice et du bien commun, sans lesquels, cependant, on ne peut parler ni de charité ni de vérité. Benoît XVI ne laisse pas d’alternative possible : « Aujourd’hui, il faut dire que sans la gratuité on ne parvient même pas à réaliser la justice » (CV, 38).

 

Les conséquences d’une telle vision sont exposées avec beaucoup de réalisme dans l’Encyclique. Nous en rappellerons deux ici : la conception adéquate du marché et la nécessité de mieux articuler la théorie et la pratique d’entreprise.

 

Le marché, et donc l’économie de marché, ne sont pas des réalités de la nature, mais de la culture. Dans cette optique, « Caritas in veritate » redimensionne le poids du capitalisme.

 

Quant à l’entreprise, elle postule un marché où sont à l’œuvre, avec des opportunités égales, non seulement les acteurs d’initiatives privées et publiques, mais aussi des organisations productives à des fins mutualistes et sociales.

 

Quarante ans après « Populorum progressio », Benoît XVI situe la question encore urgente du développement humain intégral dans le contexte de la civilisation de l’économie. Cela lui permet de traiter également de manière efficace les thèmes des droits et des devoirs, de la vie, de l’environnement, de la faim, du développement des peuples, de la collaboration humaine et de la technique.

 

« Caritas in veritate » représente un bon investissement pour l’espérance des hommes et des peuples.

 

 

Card. Angelo Scola

 

Patriarche de Venise

 

www.angeloscola.it

 

 

* Article publié le 9 juillet par le Sole 24 ore

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