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Moyen Orient et Afrique

« Un germe satanique »: l’État islamique selon les oulémas

La presse égyptienne a enregistré ces derniers temps les différentes positions exprimées par les oulémas sur l’État islamique. Il y a ceux qui le considèrent une expression de dissidence, d’autres une honte pour l’Islam, et même ceux selon qui il est à la solde d’Israël. Une manière pour de nombreuses autorités musulmanes de réaffirmer leur autorité.

L’État islamique ne laisse pas tranquille l’Égypte, déjà très inquiet. Le mois dernier, les journaux arabes ont relaté le débat né au sein de l’Islam sur la légitimité ou non de l’État islamique. En particulier le quotidien indépendant Al-Yaum al-Sâbi‘ a proposé un recueil systématique des déclarations des oulémas contre l’EI qui, selon eux, ne peut pas vraiment être défini comme « islamique » à cause de la spirale de violence qu’il a provoquée en Irak et en Syrie. Plus précisément, le grand mufti du Royaume d’Arabie Saoudite, shaykh ‘Abd al-‘Azîz Âl al-Shaykh, l’autorité religieuse suprême du pays, a défini les milices de l’EI des « groupes de dissidents », qui n’appartiennent pas à l’Islam ni aux ahl al-sunna. En l’occurrence, il les considère comme un appendice des Kharidjites, la première secte née dans l’Islam en 657, jugée hérétique. Une identification qui résonne comme une nette prise de distance du leadership religieux saoudite qui ne veut pas donner l’impression d’être complice de l’État islamique, malgré les accusations que lui ont lancées l’Occident et certains États arabes d’en avoir favorisé la création. « Germe satanique » c’est en ces mots que l’une des autorités musulmanes égyptiennes les plus importantes, le Grand Muftì Shawqî ‘Allâm, définit l’EI. Il estime aussi que le califat autoproclamé viole les valeurs islamiques, les principes de la sharî‘a et les valeurs universelles de l’homme. Le mufti a invité toutes les institutions islamiques à résister à l’EI : « Groupe sanguinaire et extrémiste, cette organisation représente un danger pour l’Islam et pour les musulmans, elle abîme son image, fait couler le sang, sème la corruption sur la terre, affaiblit les pays [arabes] et fournit l’occasion [à l’Occident] de nous détruire et de s’immiscer dans nos affaires sous prétexte de la guerre contre le terrorisme ».

 

 

Parmi les membres du Conseil suprême des oulémas de al-Azhar, organe directeur de la mosquée-université, l’idée est répandue que l’Islam ne demande pas du tout à l’homme contemporain de rétablir l’ancien califat, surtout si cela signifie usurper les biens sacrés d’autrui et agresser les personnes. Parce que, comme le soutient le Secrétaire général du Conseil suprême des oulémas ‘Abbâs Shumân, « le sunnisme ne permet pas les effusions de sang », et l’Islam garantit la liberté de culte aux chrétiens et aux autres minorités religieuses. Le chef des oulémas experts en hadîth, Ahmad Ma‘abad, rappelle la mise en garde du Coran : « Celui qui tue un croyant intentionnellement sera récompensé par la géhenne éternelle, la colère et la malédiction de Dieu seront sur lui, et un châtiment atroce lui sera préparé ».

 

 

Le ministre des Affaires religieuses égyptien, Muhammad Mukhtâr Jum‘a, s’est lui aussi exprimé contre l’EI, mais à partir d’arguments différents. Il soupçonne le calife Abû Bakr al-Baghdâdî d’agir dans l’intérêt d’Israël et d’utiliser ses forces dans une guerre non autorisée ni par la sharî‘a, ni par les coutumes, ni par le droit international. Selon le ministre, al-Baghdâdî aurait des origines juives, son véritable nom serait Eliot Shîmûn et il serait un agent du Mossad.

 

 

Le mufti de la République libanaise, shaykh ‘Abd al-Latîf Deriân, s’est aussi exprimé contre la violence commise au nom de Dieu durant le discours prononcé dans la mosquée Muhammad Amîn à Beyrouth à l’occasion de la fête du sacrifice. « Celui qui commet des atrocités au nom de la religion ne connaît pas vraiment la foi », a-t-il affirmé, souhaitant une réforme de la vie politique et sociale, des institutions et de la pensée religieuse et culturelle. Une réforme nécessaire, selon lui, non seulement pour résoudre les désaccords, mais aussi pour accueillir l’invitation d’Abraham à l’unité et à l’édification du bien.

 

 

Article publié sur Avvenire le 12 novembre 2014

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