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Religion et société

Catholiques au Koweït : la liberté inachevée et le voisin encombrant

Yago de La Cierva

Les catholiques au Koweït forment une communauté en croissance d'environ 250.000 personnes, composée pour la plupart d'étrangers immigrés à la recherche d'un travail dans le troisième pays le plus riche du monde. Ils viennent d'Inde, des Philippines, du Sri Lanka, du Pakistan et d'autres pays d'Asie centrale ou orientale.

 

Il y a aussi, et ils ne sont pas peu nombreux, quelques catholiques arabes provenant d'Egypte, de Syrie, du Liban, de Jordanie et d'Irak, qui par leur ethnie et leur langue se sentent davantage à leur aise au Koweït qu'ailleurs.

 

A ces deux groupes s'ajoute une petite minorité de catholiques ayant la nationalité koweïtienne, un fait plus unique que rare dans la péninsule arabe. Mais malheureusement, cette minorité, à cause aussi d'un faible taux de natalité qui touche désormais les chrétiens arabes de toute la région du Moyen-Orient, est en voie d'extinction.

 

 

Les conditions économiques des immigrés ne sont pas roses, spécialement pour ceux qui sont sans qualification professionnelle, et qui effectuent donc les travaux les plus humbles dans l'extraction pétrolifère, dans les entreprises de nettoyage public, dans le bâtiment. Leur salaire moyen tourne autour de cent dollars américains par mois, logés et nourris, pour six jours de travail par semaine.

 

Si pour l'habitant d'un pays développé, ces circonstances semblent insupportables, pour celui qui a fui une situation de misère et de guerre, une telle condition est perçue sereinement.

 

Les catholiques du Koweït ne revendiquent pas de droits civils, mais ils sont une classe pacifique, ils supportent de façon résignée leur situation, certains que « la vie dans leur patrie est beaucoup plus difficile ». Le Koweït est pour eux un lieu difficile mais tranquille, où ils vivent en paix et épargnent le plus possible afin de pouvoir envoyer à leur famille le nécessaire pour survivre.

 

 

La provenance hétéroclite des fidèles, de plus de vingt-trois pays différents, fait du visage de l'Eglise catholique au Koweït un vrai entrelacement culturel. La simple liste des messes du vendredi (jour de repos national et donc aussi jour de précepte dominical) fait découvrir un arc-en-ciel de nations et de peuples.

 

 

De plus, il y a un autre facteur de richesse et de différenciation : ici sont présents tous les treize rites orientaux dont les maronites, coptes, syriaques, syro-malankars, etc.

 

La situation sociale et politique rend plus urgente l'unité pastorale des communautés. Pour cette raison, le Saint-Siège a décidé de faire une exception à la règle multiséculaire de la dépendance rituelle et a nommé l'évêque latin, le combonien vénitien Mgr. Camillo Ballin, supérieur de tous les rites présents dans le vicariat apostolique du Koweït.

 

 

Si cette expérimentation - qui n'est pas aisée - démontrait son efficacité, il n'est pas exclu qu'elle puisse être appliquée également à d'autres zones pour lesquelles la multiplicité rituelle n'a pas toujours rendu facile la pastorale du peuple chrétien.

 

 

Liberté de culte mais pas de conversion

 

 

Comme dans presque tous les pays de la péninsule arabe, les catholiques jouissent au Koweït d'une certaine forme de liberté de culte, considérée comme la possibilité de se réunir et de célébrer la liturgie chrétienne dans les lieux autorisés par les autorités gouvernementales.

 

 

Trois églises catholiques existent au Koweït : deux paroisses et la cathédrale de la Sainte Famille, au centre de la capitale, un temple construit sur un terrain cédé en 1967 par le premier émir du Koweït, six ans après l'indépendance du pays.

 

Dans ces lieux, les catholiques jouissent d'une liberté totale et les autorités n'interfèrent en rien dans les activités de prière, de catéchèses pour enfants, de cours d'études bibliques, etc. Ils font preuve d'une grande vitalité qui réjouit le cœur également de l'entrepreneur occidental arrivé dans cette ville pour ses affaires et qui trouve ici une communauté plus active que dans de nombreuses paroisses de « pays catholiques ».

 

 

Mais pour arriver à la pleine liberté religieuse, il y a encore une longue route à parcourir.

 

En premier lieu, il faudrait plus d'églises : non seulement les espaces manquent, mais surtout, il devient impossible pour les nombreux catholiques qui vivent dans les quartiers périphériques de se rendre à l'église à cause de l'insuffisance de transports publics le vendredi.

 

Il n'est pas étonnant que tant de catholiques qui habitent dans les trois districts qui actuellement n'ont pas d'église de référence, en absence d'un lieu catholique où prier, vont prier dans les églises protestantes et pentecôtistes. Et ainsi, certains finissent par abandonner l'Eglise qui les a vus naître et grandir, pas vraiment par conviction, mais à cause d'une simple proximité géographique.

 

 

De plus, les catholiques voudraient que leur religion soit enseignée à leurs enfants à l'école, comme c'est le cas pour l'enseignement de la religion islamique pour les jeunes musulmans. Mais cela n'est pas possible, ni dans les écoles chrétiennes ni dans les lycées étrangers : quand les musulmans suivent leurs leçons de religion, les autres étudiants participent à des leçons de « valeurs ». N'importe quel enseignement religieux non islamique est rigoureusement interdit hors de l'église : une violation de cette loi conduirait à la fermeture immédiate de l'école.

 

 

En troisième lieu, l'Eglise ne peut pas avoir de propriétés et il y a des limitations à l'importation de matériel religieux (livres et publications, images sacrées, etc.), des problèmes avec les visas des prêtres et une longue liste de difficultés bureaucratiques qui ne sont pas assez dramatiques pour que les médias en parlent, mais qui constituent autant d'obstacles réels pour la vie et l'action pastorale de tous les jours.

 

 

Enfin, il n'est pas possible de prêcher l'Evangile à qui n'est pas un étranger non musulman. Certainement, les églises sont ouvertes et tout un chacun peut entrer et écouter. Mais comme dans les autres pays de la région, le musulman qui se convertirait au Christianisme serait condamné à la peine de mort.

 

Si un musulman se rend dans une église et demande à devenir chrétien, la réponse qu'il reçoit est : « Nous devons respecter les lois de l'Etat, et donc nous ne pouvons pas t'accueillir, à moins que tu ne puisses partir vivre dans un autre pays ».

 

 

Les rapports avec le gouvernement : cordiaux, mais lents

 

 

La constitution du Koweït établit que l'Islam est la religion d'Etat et que la Shari'a est la principale source législative du pays. En même temps, elle garantit la liberté absolue de croyance et de pratique religieuse, en accord avec les traditions établies, si elle n'entre pas en conflit avec la morale et l'ordre public.

 

Mais dans la réalité, les choses sont différentes.

 

 

Les autorités sont toujours disponibles et courtoises et font preuve probablement d'un désir sincère de satisfaire les demandes de l'Eglise. Mais au fond, le gouvernement de l'Emir se retrouve coincé entre le désir de se conformer aux démocraties occidentales et donc de concéder les mêmes droits dont jouissent les musulmans en Europe, et la pression des extrémistes islamiques, qui pourraient créer des problèmes s'ils accusaient la famille royale d'être tiède dans la défense de l'Islam.

 

 

D'autre part, il ne faut pas oublier que la liberté sociale et politique n'est pas interprétée au Koweït de la même façon qu'en Occident. Par exemple, même pour les musulmans non sunnites, il est très difficile et parfois impossible d'obtenir l'autorisation d'ouvrir de nouveaux lieux de culte.

 

Par conséquent, les autorités écoutent les demandes de l'évêque catholique et répondent toujours de manière cordiale. Par exemple, avec Mgr. Ballin qui parle couramment l'arabe, le rapport est franc. Mgr. Ballin est apprécié de manière sincère par les autorités en matière religieuse, et spécialement par la sœur de l'Emir, très active dans le dialogue interreligieux entre musulmans et chrétiens.

 

 

Mais beaucoup de patience est demandée aux chrétiens. Ils doivent accepter aussi certains compromis, comme l'ouverture de lieux de culte non autorités « officiellement » mais tolérés, à condition que les fonctions ne dérangent pas les voisins et ne soient pas trop visible

 

La discrétion est sans aucun doute la première vertu à mettre en pratique pour les catholiques au Koweït.

 

 

De plus, il ne faut pas oublier que pour les fidèles du Bouddhisme ou de l'Hindouisme, la situation est encore plus difficile et l'interdiction du culte est presque totale.

 

 

Le voisin encombrant du Koweït

 

 

La politique des petits pas porte ses fruits. Mais le Koweït est seulement un petit pays, bien qu'il soit très riche, dans l'océan du monde arabe, où les tensions entre les différentes versions de l'Islam sont toujours plus fortes et où le conflit non résolu entre l'Occident « chrétien » et l'Orient « musulman » ne se dénoue pas.

 

 

Dans ce sens, en matière religieuse, le Koweït regarde attentivement son frère voisin, l'Arabie Saoudite, avec qui il partage 222 kilomètres de frontière.

 

Le régime saoudite, reconnu comme autorité morale dans le monde islamique, gardien des deux lieux les plus sacrés pour eux de la Mecque et de Médine, est sans aucun doute le plus restrictif en matière de liberté religieuse de la région et peut-être du monde.

 

Son exemple conditionne beaucoup ses voisins.

 

Mais la visite du roi Abdullah au pape Benoît XVI en 2008 pourrait apporter des améliorations à la situation de tous les chrétiens de la région.

 

En attendant, les catholiques au Koweït vivent dans la paix et espèrent que l'actuelle liberté de culte pourra bientôt se transformer en une authentique liberté religieuse.

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