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De l’« État de papier » à l’« État Islamique »

Un voyage dans l'histoire et l'ideologie de Daesh

Cet article a été publié dans Oasis 23. Lisez le sommaire

Dernière mise à jour: 04/06/2019 10:08:04

Compte rendu de William McCants, The Isis Apocalypse. The History, Strategy, and Doomsday Vision of the Islamic State, St. Martin’s Press, New York 2015

 

 

The Isis Apocalypse, l’un des meilleurs livres publiés à ce jour sur Daech, accompagne le lecteur dans un tour virtuel de l’État Islamique des origines à aujourd’hui, tout en scrutant les allusions obscures à l’histoire et à la théologie islamique que l’on trouve dans les écrits de ses idéologues.

 

 

C’est de l’histoire médiévale que s’est inspiré Abû Mus‘ab al-Zarqâwî, l’ancien leader impitoyable et sanguinaire de al-Qaïda en Irak, admirateur de Nûr al-Dîn Zengî (Norandine), le grand adversaire des croisés dans la Syrie du XIIe siècle. Après l’invasion américaine de 2003, Zarqâwî décide d’en répéter les gestes en lançant une campagne de terreur contre les « croisés » modernes et leurs alliés musulmans, qui crée les présupposés pour la naissance de l’État Islamique en Irak.

 

 

McCants documente admirablement la prudence du leadership de al-Qaïda, et en particulier d’Osama Bin Laden, face au projet de Zarqâwî. Fort de l’enseignement des échecs précédents, Bin Laden avertit à plusieurs reprises le groupe irakien du danger qu’impliquait la proclamation prématurée d’un véritable État djihadiste, qui, par sa nature même, se serait attiré immédiatement une riposte militaire internationale. L’« attraction fatale » pour l’État islamique, point d’aboutissement de toute l’utopie djihadiste, devait prévaloir sur la mise en garde de Bin Laden. Mais Zarqâwî fut tué avant d’avoir pu réaliser son projet. La proclamation de l’État Islamique échut donc à son successeur Abû Ayyûb al-Masrî, qui confia la direction de cette entité à peine née à Abû ‘Umar al-Baghdâdî : c’était le 15 octobre 2006. Quelques mois plus tard, on hissait pour la première fois les fameuses bannières noires qui, par leur facture et leur couleur, rappelaient celles qu’utilisaient le Prophète et les califes abbasides. Mais au début, la prophétie de Bin Laden sembla s’avérer : dépourvu d’une base populaire solide, et s’étant attiré l’hostilité des tribus sunnites, l’État Islamique perdit rapidement du terrain : les politologues – ainsi que les djihadistes restés proches de al-Qaïda – le liquidaient avec mépris, le traitant d’« État de papier ». Un jour la femme yéménite de al-Masrî alla jusqu’à lui demander, de façon polémique : « Où est donc ce fameux État Islamique dont tu parles ? Nous vivons dans le désert ! » (p. 42).

 

 

Le style autoritaire et arrogant de al-Masrî et al-Baghdâdî, leur brutalité et la ferveur apocalyptique qui les animait (en plusieurs occasions ils lancèrent l’ordre de bataille dans une situation de grande infériorité, dans la conviction que le Mahdî – le Messie musulman – serait intervenu pour les sauver) mirent rapidement fin à leur tentative. Tirant la leçon de la faillite de ses prédécesseurs et des conditions géopolitiques modifiées, Abû Bakr al-Baghdâdî transforma les ruines de l’« État de papier » en califat, proclamé le 29 juin 2014. Selon McCants, le nouveau leadership de Daech a progressivement mis au second plan dans ses discours la figure du Mahdî pour la remplacer par celle du calife. La dimension millénariste donc, tout en restant présente, a été renvoyée dans le temps, étant donné que, selon une tradition islamique, 12 califes justes se succèderont avant la fin du monde.

 

 

Le livre a le grand mérite d’illustrer les faits en partant de l’analyse des documents originaux –déclarations d’idéologues salafistes, échanges de lettres entre Bin Laden et les leader de al-Qaïda en Irak interceptées par les services secrets américains, diatribes nées sur des forums djihadistes et sur les social network – et de conversations avec des détenus ou des anciens détenus djihadistes. Ce qui manque malheureusement, c’est un approfondissement des rapports de l’État Islamique avec les musulmans non djihadistes, et une analyse du traitement réservé aux minorités religieuses, dont le livre ne dit mot.

 

 

En dépit de ces réserves, en une période où souvent la littérature sur l’État Islamique ne va guère au-delà des instant books, The Isis Apocalypse est un instrument fondamental pour comprendre l’action de Daech et l’idéologie qui l’anime. 

 

 

Les opinions exprimées dans cet article n’engagent que la responsabilité les auteurs et ne reflètent pas nécessairement la position de la Fondation Internationale Oasis

Pour citer cet article

 

Référence papier:

Oasis, « De l’« État de papier » à l’« État Islamique » », Oasis, année XII, n. 23, juillet 2016, pp. 136-137.

 

Référence électronique:

Oasis, « De l’« État de papier » à l’« État Islamique » », Oasis [En ligne], mis en ligne le 20 juillet 2016, URL: https://www.oasiscenter.eu/fr/de-l-etat-de-papier-l-etat-islamique.

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